29.01.2008
Les cavaliers du vortex
Lancés à mes trousses au grand-galop, les cavaliers du vortex chevauchent avec fureur. Dans l'absolue pénombre, j'entends le fracas des sabots crépitants de leurs montures emballées qui me cernent de tous côtés. Traque affolante qui ne me laisse que le répit de mes frayeurs. L'écho d'une cavalcade me rabat dans le martèlement d'une autre. Ils m'encerclent, utilisent mes peurs pour me désorienter.
A leur tête, le Grand Crique, dandy dantesque dans sa cape à la froideur cryptique. Il m'a promis de nourrir mes rêves contre ma mort ; les terreurs cesseront si je lui remets ma vie et mon amour durera, éternel dans le néant. Bien-sûr, je pressens le leurre mais mes peurs sont grandes et m'incitent à me livrer.
Je voudrais mourir la passion dans le sang, saoul de mes sentiments empoisonnés, dans la douleur qui les entretient. Ô chaleur de ma belle dulcinée, tu m'embrases le coeur et mes forces s'évanouissent. J'agonise, ne pouvant plus résister à ces souffrances que tu m'infliges.
Si je m'abandonne, les cavaliers du seigneur des enfers me jetteront dans le vortex : les ténèbres abyssales pour jamais et toujours.
A quoi bon lutter quand il suffit de se laisser aller pour mettre un terme à tous ses tourments ? Pour survivre je dois t'abandonner mon premier amour, ainsi que nos bonheurs avortés et tous mes espoirs. Ils me retardent trop et ce ne sont plus que des cadavres.
Les cavaliers qui me poursuivent pistent mon coeur mort, ils le veulent comme trophée. Ma bien-aimée je vais t'oublier. Ces adieux je te les fais dans l'espoir de te retrouver, toi que j'ai aimé comme jamais. Je coupe nos liens pour les ressusciter. Je te promets de tout faire pour t'inonder à nouveau de toutes mes libations. Pardonne ma défaite. Ma passion doit tarir et percer ailleurs, plus forte encore pour ressurgir. Adieu.
Je plante ma lame d'acier dans mon thorax et j'en extrait mon coeur putréfié. Je le lance le plus loin possible où il rebondit mollement. Alors que je m'enfuis, les cris du festin des cavaliers voraces me percent les tympans.
Ainsi commence mon errance de pantin morne et léthargique. Toutes mes volitions envolées, me voilà aussi amorphe qu'un épouvantail, tout aussi apathique.
Mais je me meus toujours car dans mon élan je ne m'arrête plus. Une seule idée m'engourdit l'esprit : liberté !
00:56 Publié dans Ephéméride | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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