03.02.2008
Détails
Martinelli sait parler de « Détails » qu'il met en scène au théâtre des Amandiers ces jours-ci. Quelle critique pertinente et subtile il nous donne à lire dans le prospectus de la pièce ! Quelle éloquence aiguë et délicate dans ses paroles... Ses propos émeuvent tant ils cernent et nous délivrent adroitement l'essentiel et principal contenu de la pièce. Les histoires imbriquées de couples (deux) qui se font et se défont. Oui, ils s'attirent puis fuient lâchement ou pire, se repoussent. Oui, ils tournent en rond, poursuivis par le fantôme de leurs relations passées. Oui, leur jeu de l'Amour est dangereux et vicieux.
Le thème de la pièce aborde en effet les mécanismes de la vie à deux, les difficultés d'entretenir les inclinations originelles et de construire sur du frivole, du fugace : l'Amour. Le message de Lars Noréen se résume à ça : l'Amour volatil. Dans « Détails, » les sentiments – hautement instables - des personnages s'attardent, se fixent mais dès qu'on essaye de les entretenir, de les retenir, les voilà qui s'envolent. Donnez leur de l'ampleur, de l'importance : ils en profitent pour s'évaporer.
La réflexion de l'auteur nous interroge sur le responsable de cette dissipation des passions : celui qui pour s'en détourner ne s'occupe que de détails ou celle qui tente tout pour raviver la flamme ? Celui qui se détache de ses expériences précédentes ou celle qui s'y raccroche avec l'énergie du désespoir ? Une réplique d'Erik nous sert la réponse sur un plateau : trop, lorsqu'on en fait trop, les choses se brisent et se perdent ; revoilà les amants en déroute !
En fin de compte, si Stefan s'offre un nouveau présent tandis que Ann en vient à se contenter de son fils sans savoir que ce n'est même pas le sien, cela s'explique par le simple fait qu'il laisse l'Amour s'exprimer, sans jamais rien lui imposer ni chercher à le comprendre, à le parquer ici ou là. Stefan n'anticipe pas, il ne calcule rien. Il ne s'occupe que de détails : qu'allons nous boire ce soir ? Que souhaites-tu manger ? Et élude ainsi les questions qui tournent autour de son précédent mariage, faisant fi de ses potentiels démons. Chez lui, les choses de l'Amour s'accomplissent comme elles le doivent et rien ne les entrave.
Au contraire, chez Ann, c'est le passé qui resurgit toujours ou alors l'impératif de perfection qu'elle se fixe qui l'empêche tout bonnement de profiter.
Voilà ce qui manque à cette superbe critique de Martinelli : un sens à la pièce ; mais sûrement a-t-il préféré laisser le soin aux spectateurs de percevoir la pièce comme ils l'entendent : intention louable. Mais comment ne pas sous-estimer cette pièce en l'amputant du message qu'elle transmet. Carpe diem disent certains, Lars Noréen lui nous conseille (en Amour en tout cas) de ne nous occuper que des détails et de nous contenter de les vivre car le reste nous dépasse.
01:30 Publié dans Chronique, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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