05.02.2008

La ronde des damnés

Puissent ceux qui se trouvent au ban de la vie m'entendre. Mon message, je le leur délivre.

Mes semblables, nous sommes frères. Que vos bouches s'animent du souffle qui ne vente que trop peu souvent les voilures de vos embarcations, qu'elles relayent l'espoir que je vais vous insuffler. Dans la suie de cet océan étal mais funeste, et sur lequel dérivent vos frêles esquifs, expectorez vos gosiers. Nous nous frôlons sans cesse, compagnons d'infortunes, sans jamais nous frayer. C'est que notre mort nous a rendu trop orgueilleux. Trop infatués de notre triste sort, nous redoutons qu'il perde sa majesté et achève de nous ôter toute fierté. Mais la fierté ne résiste pas à cette solitude qui nous crève, qui nous expose toujours plus au premier écueil venu. Alors avant que ne survienne le trépas, cette solitude défions là et hélons-nous : « Ohé du navire, n'y a-t-il pas âme qui vive à votre bord ? »

Je m'adresse à tous ceux largués par la célérité de l'existence. A tous ceux qui se brisent sur toutes les vicissitudes comme sur les falaises rocailleuses d'un abrupt rivage. A tous ceux qui voudraient crier : « stop, tuez moi je n'en puis plus de vous suivre... » mais qui n'en ont plus la force. A tous ceux que les événements dépassent. A tous ceux qu'on abandonne sur le bas côté parce qu'on les juge trop futiles. A tous ceux qui encaissent les coups sans broncher car le cran leur manque pour les parer. Aux cons et aux moches et qui en sont conscients mais qui, malgré tout, continuent de rêver les langueurs d'un monde où se prélasser.

Retrouvons-nous dans le trou du cul du monde où l'on nous condamne. Nos rêves nouent nos destins. Que notre solitude nous réunisse. Ne craignons plus de perdre notre honneur en apposant nos croix les unes aux autres. Les peines doivent lier les coeurs et non les détruire. Les souffrances les plus profondes recèlent plus de richesses que le plus orné des palais n'en a jamais caché. Ensemble déterrons les. Embrasons les lourds fardeaux de nos infortunes et autour d'un immense feu de joie, entrons dans la ronde des damnés.

Le SOS est jeté.

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