11.02.2008

Le corps rebutant [bof]

Est-il possible que le plus repoussant de mes sujets m'évince aussi facilement ? Qu'il retourne contre moi le dégoût et le mépris que je lui faisais subir, restant sourd à son amour et à sa souffrance ? Que le démon qui m'a possédé pendant ces sombres jours où, indifférent, je rejetais la couronne qui si longtemps célébra mon union et la découverte du bonheur, se montre. Que ses maléfices finalement conjurés soient révélés, qu'il soit prouvé que jamais ma dulcinée ne prit réellement l'apparence du monstre que j'ai repoussé. Comme j'aimerais m'être déjoué de cet écueil, de ce fatum, afin de ne pas aller dans cette géhenne.

Mais ma pauvre bien-aimée, contre elle, les sentiments qu'elle me portait se sont révoltés. Voilà qu'inassouvis, ils fouaillent son coeur, impitoyables et terrifiants. Dans la douleur et dans la peur, elle finit par me faire payer ce pour quoi elle me croit responsable. Blessée, dans un dernier sursaut elle m'atteint mortellement et ainsi, sauve sa propre vie. Dans mon agonie, j'ai ressenti les milles maux qu'elle-même a subit, et milles autres plus insoutenables encore. Je moeurs aujourd'hui. J'entends le démon de ma vie rire en moi. Je voudrais frapper pour apaiser ma rage. Seulement le seul responsable de cette injustice c'est moi et je tremble de devoir me poignarder. Maudit démon, plus jamais tu ne te moqueras de moi. J'en fais le serment.

En attendant de pouvoir me venger, je gémis. Je gémis de m'être laissé prendre au piège. D'avoir pu croire en l'ignominie de celle que j'aimais. Comment aussi affreuse créature pouvait-elle prendre vie dans une si belle enveloppe ? Néanmoins, quand le corps incommode, on finit toujours par voir en lui l'épouvantail de notre vie. Dès lors, il me fut impossible d'atteindre l'objet de mon amour, dont je ne soupçonnais même pas qu'il subsiste encore sous les couches de barbelés. Je me savais trompé et je l'aimais encore sans pour autant que faiblisse ma répugnance. Je me disais : que cesse cette vulgaire imposture qui hante ma chère et tendre, que je puisse l'étreindre et la baigner dans ma passion. Et toujours je devais affronter cette chose innommable, abjecte, qui me repoussait et me rejetait loin de mon inclination. Mon démon me faisait prisonnier de ma condition : je savais que je pouvais l'aimer, qu'elle m'attendait, mais il m'était impossible de l'atteindre.

Harassé de lutter contre moi-même, contre mes désirs révoltés et mes penchants détournés, je me détruisais lentement. Plus je me battais, plus je m'éloignais d'elle. Jusqu'à ce qu'elle s'extirpe elle même de la gangue immonde qui la recouvrait et qu'elle m'achève dans mon impuissance.

Aujourd'hui, je rampe misérablement, complètement anéanti par cette bataille qui m'a tout pris.

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