20.02.2008

étiudissA à l'envers

Ma fac m'a alloué quelques jours de vacances que j'ai passé à m'exténuer sur la piste de danse. Lâchant ma frustration, j'y exprimais ma rage, je libérais mon corps de son carcan social. Je luttais contre les entraves de ma volonté, contre la tétanie de mes muscles trop longtemps sous l'emprise de mes appréhensions. Voilà que mes membres, délivrés de tout blocage, se congestionnent de manière aléatoire et drastique. Les voilà qui prennent conscience de leurs possibilités de mouvement et cette – grotesque – mise en scène me soustrait à toutes mes contraintes (ou presque), pour un temps du moins. Je force les barrières de mon esprit par la force, j'enfonce les portes et les verrous sautent. Les vieilles articulations rouillées se dévissent, pivotent et s'activent, huilées par l'entrain ambiant de la foule mouvante et dégingandée.

J'aime cette liberté, cette insouciance, l'éventualité d'une prise de contrôle totale de mon être, paradoxalement dans l'abandon de mes sens. Mon instinct se contredit, me retient et m'incite en même temps à briser les barrages qui retiennent mon énergie vive, ce vers quoi penche ma raison. Je rassemble mes forces et répands les flux impétueux dans toutes mes chairs. J'apprivoise ce courant tandis qu'il s'exalte, l'oriente à mon avantage contre mes chaînes. Certaines cèdent bien que la plupart résistent. Je gagne quelques degrés de liberté et j'entrevois la transcendance ultime, dernier rempart avant la possession complète de tous mes moyens.

Le monde me galvanise et je me gargarise des silhouettes lissées par l'obscurité, dont les déhanchements lèchent les formes. Au premier soir, j'expérimente les leçons d'Ovide, effleurant du dos de la main une frêle beauté. Au deuxième soir, je me délecte des grâces d'une demoiselle au sourire enjôleur qui, avec assurance, exhale son désir. Blonde au carré émoussé, elle ondule et propage en moi une tension électrique. Autour, on m'embrasse. Au troisième soir, du coin de l'oeil je provoque une nymphe sublime. Dans son chemisier blanc bouffant et son jean serré, elle relève mon défi. Alors enfin, un feu s'attise dans mon poitrail et je me consume dans l'obscurité.

Mon être se dissout dans le néant, affranchi et ubique. Extase éphémère, mon coeur s'est envolé.

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