26.02.2008

Foutue génération ?

Que nous apprennent les lieux de débauche où la jeunesse se démène et festoie ?

L'élégance y sert de laisser-passer, de billet d'entrée pour gaudrioler, pour la cocagne. De quoi faire de nous des êtres de lumière, en occultant nos bassesses charnelles, nos fonctions primaires, notre prosaïque nature humaine. Et le désir sublimé anime nos corps supérieurs.

Au début du raout, l'alcool coule à flot et l'ivresse délivre du superflu. Les esprits se libèrent et se louvoient gracieusement, se mêlent et se brassent en vagues répétées. Ils se défont de leurs apprêts culturels, des codes et des manières qui les retiennent. Rien à déclarer, tout à éprouver.

Haro ! Haro sur ces lupanars indécents et honteux. L'opprobre sur ces endroits maudits d'incommunicabilité, de formatage des goûts : dont les mélopées surannées traduisent la dépersonnalisation de chacun. A-bas cette abîme de médiocrité, cette bestialisation immonde de l'Homme privé de sa nature humaine. Sans culture, sans individualité, il s'ébroue comme un animal au milieu de son troupeau ; rabaissé, le groin dans la boue. Haro ! Haro !

Mais si après cette déchéance morbide il ne restait que l'essentiel. Que la volonté de partager, de rencontrer autrui, de se trouver les uns les autres. De vivre notre nature humaine, notre besoin de complétude, sans entraves. Au diable (du moins temporairement) les richesses personnelles qui fondent notre identité et qui trop souvent nous éloignent de nos semblables. Nous éprouvons les mêmes choses, c'est cela qu'il nous faut partager : l'amour du prochain, l'amour de l'amour. Alors au diable notre individualité, elle suivra après car elle se pliera alors aux exigences de nos sentiments. Les sentiments, voilà l'essence qui doit guider nos vies et pas nos préférences qui contraignent nos affects. Ressentons la passion quand le besoin nous en prend, pas seulement quand nos goûts l'autorisent.

Une telle régression favorise les occasions de s'éprendre et de s'épancher. Plus facilement que dans toutes autres conditions. Pourquoi s'en priver ? Peut-être qu'ainsi nous apprendrons à nous défaire de nos préjugés et ainsi à aimer l'autre dans son essence, dans son existence ou sa nature d'être ; dans sa personnalité : au-delà de nos différences.

Peut-être...

20.02.2008

étiudissA à l'envers

Ma fac m'a alloué quelques jours de vacances que j'ai passé à m'exténuer sur la piste de danse. Lâchant ma frustration, j'y exprimais ma rage, je libérais mon corps de son carcan social. Je luttais contre les entraves de ma volonté, contre la tétanie de mes muscles trop longtemps sous l'emprise de mes appréhensions. Voilà que mes membres, délivrés de tout blocage, se congestionnent de manière aléatoire et drastique. Les voilà qui prennent conscience de leurs possibilités de mouvement et cette – grotesque – mise en scène me soustrait à toutes mes contraintes (ou presque), pour un temps du moins. Je force les barrières de mon esprit par la force, j'enfonce les portes et les verrous sautent. Les vieilles articulations rouillées se dévissent, pivotent et s'activent, huilées par l'entrain ambiant de la foule mouvante et dégingandée.

J'aime cette liberté, cette insouciance, l'éventualité d'une prise de contrôle totale de mon être, paradoxalement dans l'abandon de mes sens. Mon instinct se contredit, me retient et m'incite en même temps à briser les barrages qui retiennent mon énergie vive, ce vers quoi penche ma raison. Je rassemble mes forces et répands les flux impétueux dans toutes mes chairs. J'apprivoise ce courant tandis qu'il s'exalte, l'oriente à mon avantage contre mes chaînes. Certaines cèdent bien que la plupart résistent. Je gagne quelques degrés de liberté et j'entrevois la transcendance ultime, dernier rempart avant la possession complète de tous mes moyens.

Le monde me galvanise et je me gargarise des silhouettes lissées par l'obscurité, dont les déhanchements lèchent les formes. Au premier soir, j'expérimente les leçons d'Ovide, effleurant du dos de la main une frêle beauté. Au deuxième soir, je me délecte des grâces d'une demoiselle au sourire enjôleur qui, avec assurance, exhale son désir. Blonde au carré émoussé, elle ondule et propage en moi une tension électrique. Autour, on m'embrasse. Au troisième soir, du coin de l'oeil je provoque une nymphe sublime. Dans son chemisier blanc bouffant et son jean serré, elle relève mon défi. Alors enfin, un feu s'attise dans mon poitrail et je me consume dans l'obscurité.

Mon être se dissout dans le néant, affranchi et ubique. Extase éphémère, mon coeur s'est envolé.

17.02.2008

Pour un esthétisme subjectif

A ceux qui restent sceptiques quant à la nécessité d'une réflexion de fond sur l'esthétisme, je pense couper court à leurs interrogations par le présent billet. Aux autres, déjà acquis à cette cause, je souhaite apporter ma contribution au débat en leur livrant mon point de vue en ce qui concerne ses tenants et ses aboutissants.

Linéaments : comment nos goûts se dessinent-ils ? Inutile de reprendre le discours selon lequel ils résultent de nos expériences passées et de l'influence sociale qui s'exerce constamment sur nous et nous pousse à la conformité (par exemple : une ligne svelte, que les magazines arborent sur leurs couvertures, nous séduit bien plus que des courbes nettement plus larges) ; si celui-ci est parfaitement accepté dans le sens commun, les causes qu'il étaye relèvent de ses propres limites explicatives. En effet, comment rendre compte de l'orientation que prennent les pressions uniformisantes de notre culture ? D'autre part, le seul angle de nos antécédents n'est-il pas honteusement réducteur face à la complexité de notre nature humaine ?

Pour le premier point, je voudrais supposer un postulat biologique. Selon lequel nos choix en matière d'esthétisme s'effectueraient selon nos prédispositions génétiques. Ainsi, pour que nous percevions un son comme appréciable, il faut qu'il se constitue des fréquences auxquelles notre organisme est le plus réceptif. Par ailleurs, en ce qui concerne la direction dans laquelle la masse nous entraîne, notamment en matière de préférences que nous diront humaines, je suppose que le même postulat biologique le conditionne. D'après les théories de l'évolution, notre choix de partenaire se portera sur l'individu le plus amène de nous offrir une descendance viable et pérenne. De fait, les critères de beauté des lignes éditoriales de la presse concordent avec ces modalités de sélection. Une silhouette aux formes légères correspondant à un état de santé plus sain que l'amas de renflements adipeux. Bien-sûr, nous n'avons pas conscience de ses déterminismes que nous partageons presque tous car les individus les plus fertiles, ayant donc la plus importante descendance, se révèlent être ceux qui répondent à ces critères. Ainsi, les influences sociales ne font que renforcer ces déterminismes.

On voit que ce dessine un épineux problème : comment quantifier la part de ces présupposés liés à notre constitution et celle qui ressort de notre vécu ? Il est clair que nos expériences fondent notre jugement esthétique. Or, si un événement positif renforce une tendance, il paraît tout aussi logique que nos goûts statuent autant sur l'aspect, agréable ou pas, d'une situation. Par exemple, si des sentiments naissent en fonction de nos penchants, ils influencent aussi réciproquement ces derniers en les accordant avec toutes les caractéristiques de l'objet aimé. De plus, très souvent, nos goûts appartiennent à notre statut social, ici, c'est notre classe qui les dirigent ; lorsqu'on se définit tel, on doit partager tels préférences. Il me semble utile de démêler ces effets rétroactifs tout d'abord pour préciser l'étendue de notre liberté d'être humain, de même que nos possibilités morphogéniques sur notre nature humaine.

Dans tous les cas ceci prouve la malléabilité de nos penchants. Ces derniers, labiles, se fixent sur des objets selon les différents processus récapitulées ci-dessus et il semble que certaines conditions s'avèrent favorables à leur inflexion. Par facilité nous nous attardons trop sur la nature de l'objet qui lorsque nous la pensons trop éloignée de notre état (1) nous prive de satisfaction que pourtant d'autres que nous saurons éprouver. Si l'on s'attelle à minimiser nos préjugés, de nombreux objets se trouveraient soudainement à notre portée. Dans la contemplation le sujet doit avoir un rôle actif, celui de créer une situation qui le rende apte à ressentir les richesses de l'objet en jeu. On en arrive à l'idée de transcendance d'où l'utilité de ce verbeux discours pour tenter de trouver le moyen de s'extraire de nos carcans esthétiques. Le manque à gagner dépasse notre entendement tant nous nous cantonnons à la restriction de nos possibilités. Nous devons prendre conscience des mécanismes qui gouvernent nos inclinations afin de pouvoir les diriger selon notre bon vouloir et nous offrir les opportunités qui chaque jour nous glissent entre les doigts. Plutôt que vos goûts déterminent votre perception des événements, imaginez l'inverse. Manions nos goûts, façonnons les pour qu'ils nous permettre de jouir entièrement des émois qu'ils nous réservent.

En ayant conscience de tout ceci, je crois que nous gardons en nous le pouvoir de modifier nos préférences. Il ne nous reste qu'à savoir ce qui se joue lors de nos inclinations. Brièvement, si nous parvenons à porter sur les choses un regard neutre, tout en cherchant à les saisir dans leur ensemble, dans leur essence, à les comprendre, il nous sera possible de tisser avec toutes des liens pour nous unir. Il nous faut chercher le souffle de vie en elles, l'authenticité, qui donne envie de les étreindre. Simplement garder en tête les potentialités qu'un objet recèle peut suffire à transcender nos goûts qui, sous la poussée de ce bonheur espéré, se plieront à nos intentions et nous permettront alors de construire avec lui la relation la plus gratifiante.

Ces principes s'appliquent à tous les objets vivants. En ce qui concerne les objets inanimés, j'entends par là, les oeuvres d'art, un discernement à propos de la nature de l'objet doit d'abord se faire. Cache-t-il dans sa constitution le souffle de vie qui a guidé son créateur ? Ou n'est-il né que d'orgueil et de vanité, de fausseté et d'imposture (même bien intentionnés) ? Peut-on lire en lui l'authenticité qui caractérise les êtres vivants ? Telles sont les questions que nous devons nous poser dans le cas d'une production artistique puisque a priori elle reproduit un morceau de la réalité (nous discuterons de ce point plus tard). Seulement il n'y a que le véritable esthète qui dispose des capacités pour admettre ou pas l'authenticité et donc la beauté d'une chose.

(1) Un autre facteur qui agit sur nos goûts donc : notre constitution et ce que nous pensons être.

11.02.2008

Le corps rebutant [bof]

Est-il possible que le plus repoussant de mes sujets m'évince aussi facilement ? Qu'il retourne contre moi le dégoût et le mépris que je lui faisais subir, restant sourd à son amour et à sa souffrance ? Que le démon qui m'a possédé pendant ces sombres jours où, indifférent, je rejetais la couronne qui si longtemps célébra mon union et la découverte du bonheur, se montre. Que ses maléfices finalement conjurés soient révélés, qu'il soit prouvé que jamais ma dulcinée ne prit réellement l'apparence du monstre que j'ai repoussé. Comme j'aimerais m'être déjoué de cet écueil, de ce fatum, afin de ne pas aller dans cette géhenne.

Mais ma pauvre bien-aimée, contre elle, les sentiments qu'elle me portait se sont révoltés. Voilà qu'inassouvis, ils fouaillent son coeur, impitoyables et terrifiants. Dans la douleur et dans la peur, elle finit par me faire payer ce pour quoi elle me croit responsable. Blessée, dans un dernier sursaut elle m'atteint mortellement et ainsi, sauve sa propre vie. Dans mon agonie, j'ai ressenti les milles maux qu'elle-même a subit, et milles autres plus insoutenables encore. Je moeurs aujourd'hui. J'entends le démon de ma vie rire en moi. Je voudrais frapper pour apaiser ma rage. Seulement le seul responsable de cette injustice c'est moi et je tremble de devoir me poignarder. Maudit démon, plus jamais tu ne te moqueras de moi. J'en fais le serment.

En attendant de pouvoir me venger, je gémis. Je gémis de m'être laissé prendre au piège. D'avoir pu croire en l'ignominie de celle que j'aimais. Comment aussi affreuse créature pouvait-elle prendre vie dans une si belle enveloppe ? Néanmoins, quand le corps incommode, on finit toujours par voir en lui l'épouvantail de notre vie. Dès lors, il me fut impossible d'atteindre l'objet de mon amour, dont je ne soupçonnais même pas qu'il subsiste encore sous les couches de barbelés. Je me savais trompé et je l'aimais encore sans pour autant que faiblisse ma répugnance. Je me disais : que cesse cette vulgaire imposture qui hante ma chère et tendre, que je puisse l'étreindre et la baigner dans ma passion. Et toujours je devais affronter cette chose innommable, abjecte, qui me repoussait et me rejetait loin de mon inclination. Mon démon me faisait prisonnier de ma condition : je savais que je pouvais l'aimer, qu'elle m'attendait, mais il m'était impossible de l'atteindre.

Harassé de lutter contre moi-même, contre mes désirs révoltés et mes penchants détournés, je me détruisais lentement. Plus je me battais, plus je m'éloignais d'elle. Jusqu'à ce qu'elle s'extirpe elle même de la gangue immonde qui la recouvrait et qu'elle m'achève dans mon impuissance.

Aujourd'hui, je rampe misérablement, complètement anéanti par cette bataille qui m'a tout pris.

07.02.2008

Mon nom est personne

Elle m'a pris mon coeur, mon corps et jusqu'à mon nom, ne m'a rien laissé. Après l'affront final, j'ai déposé toutes mes armes à ses pieds. Je vais maintenant l'âme écorchée et les flancs lardés, ombre errante parmi les spectres qui vivaient pourtant hier encore. Dans les ténèbres je louvoie sans but, ombre informe, indistincte parmi les ombres. Je ne suis plus rien, je ne suis personne. Le flétrissement de mes chairs et l'étiolement de mon âme ne m'importent plus. Ni la trajectoire du Monde et pas même les richesses qu'il recèle ; de l'iris des vertus qui le franchissent de mont en mont, des sources chaudes où l'amour se prélasse, de ses reflets moirés et sublimes dans le levant à l'espoir qui revigore et qui anime : tout ça ne m'habite plus. Me voici aussi insensible qu'une coquille de noix desséchée, une écorce vide et broyée par le tronc même qui l'a faite tomber.

Me voilà cafard abject, rampant dans ses fèces qui s'étalent en fange mouvante. Les silhouettes passent mais jamais ne s'arrêtent, toujours elles me dépassent. Que leur chaut une enveloppe aussi inerte, aussi insignifiante que le creux dans laquelle raisonne son impuissance ? En somme, une tombe qui s'effondre sur elle-même et s'effrite sous le vent.

Quand le corps meurt, chaque battement de coeur, pour l'âme, est une douleur insurmontable.

05.02.2008

La ronde des damnés

Puissent ceux qui se trouvent au ban de la vie m'entendre. Mon message, je le leur délivre.

Mes semblables, nous sommes frères. Que vos bouches s'animent du souffle qui ne vente que trop peu souvent les voilures de vos embarcations, qu'elles relayent l'espoir que je vais vous insuffler. Dans la suie de cet océan étal mais funeste, et sur lequel dérivent vos frêles esquifs, expectorez vos gosiers. Nous nous frôlons sans cesse, compagnons d'infortunes, sans jamais nous frayer. C'est que notre mort nous a rendu trop orgueilleux. Trop infatués de notre triste sort, nous redoutons qu'il perde sa majesté et achève de nous ôter toute fierté. Mais la fierté ne résiste pas à cette solitude qui nous crève, qui nous expose toujours plus au premier écueil venu. Alors avant que ne survienne le trépas, cette solitude défions là et hélons-nous : « Ohé du navire, n'y a-t-il pas âme qui vive à votre bord ? »

Je m'adresse à tous ceux largués par la célérité de l'existence. A tous ceux qui se brisent sur toutes les vicissitudes comme sur les falaises rocailleuses d'un abrupt rivage. A tous ceux qui voudraient crier : « stop, tuez moi je n'en puis plus de vous suivre... » mais qui n'en ont plus la force. A tous ceux que les événements dépassent. A tous ceux qu'on abandonne sur le bas côté parce qu'on les juge trop futiles. A tous ceux qui encaissent les coups sans broncher car le cran leur manque pour les parer. Aux cons et aux moches et qui en sont conscients mais qui, malgré tout, continuent de rêver les langueurs d'un monde où se prélasser.

Retrouvons-nous dans le trou du cul du monde où l'on nous condamne. Nos rêves nouent nos destins. Que notre solitude nous réunisse. Ne craignons plus de perdre notre honneur en apposant nos croix les unes aux autres. Les peines doivent lier les coeurs et non les détruire. Les souffrances les plus profondes recèlent plus de richesses que le plus orné des palais n'en a jamais caché. Ensemble déterrons les. Embrasons les lourds fardeaux de nos infortunes et autour d'un immense feu de joie, entrons dans la ronde des damnés.

Le SOS est jeté.

03.02.2008

Détails

Martinelli sait parler de « Détails » qu'il met en scène au théâtre des Amandiers ces jours-ci. Quelle critique pertinente et subtile il nous donne à lire dans le prospectus de la pièce ! Quelle éloquence aiguë et délicate dans ses paroles... Ses propos émeuvent tant ils cernent et nous délivrent adroitement l'essentiel et principal contenu de la pièce. Les histoires imbriquées de couples (deux) qui se font et se défont. Oui, ils s'attirent puis fuient lâchement ou pire, se repoussent. Oui, ils tournent en rond, poursuivis par le fantôme de leurs relations passées. Oui, leur jeu de l'Amour est dangereux et vicieux.

Le thème de la pièce aborde en effet les mécanismes de la vie à deux, les difficultés d'entretenir les inclinations originelles et de construire sur du frivole, du fugace : l'Amour. Le message de Lars Noréen se résume à ça : l'Amour volatil. Dans « Détails, » les sentiments – hautement instables - des personnages s'attardent, se fixent mais dès qu'on essaye de les entretenir, de les retenir, les voilà qui s'envolent. Donnez leur de l'ampleur, de l'importance : ils en profitent pour s'évaporer.

La réflexion de l'auteur nous interroge sur le responsable de cette dissipation des passions : celui qui pour s'en détourner ne s'occupe que de détails ou celle qui tente tout pour raviver la flamme ? Celui qui se détache de ses expériences précédentes ou celle qui s'y raccroche avec l'énergie du désespoir ? Une réplique d'Erik nous sert la réponse sur un plateau : trop, lorsqu'on en fait trop, les choses se brisent et se perdent ; revoilà les amants en déroute !

En fin de compte, si Stefan s'offre un nouveau présent tandis que Ann en vient à se contenter de son fils sans savoir que ce n'est même pas le sien, cela s'explique par le simple fait qu'il laisse l'Amour s'exprimer, sans jamais rien lui imposer ni chercher à le comprendre, à le parquer ici ou là. Stefan n'anticipe pas, il ne calcule rien. Il ne s'occupe que de détails : qu'allons nous boire ce soir ? Que souhaites-tu manger ? Et élude ainsi les questions qui tournent autour de son précédent mariage, faisant fi de ses potentiels démons. Chez lui, les choses de l'Amour s'accomplissent comme elles le doivent et rien ne les entrave.

Au contraire, chez Ann, c'est le passé qui resurgit toujours ou alors l'impératif de perfection qu'elle se fixe qui l'empêche tout bonnement de profiter.

Voilà ce qui manque à cette superbe critique de Martinelli : un sens à la pièce ; mais sûrement a-t-il préféré laisser le soin aux spectateurs de percevoir la pièce comme ils l'entendent : intention louable. Mais comment ne pas sous-estimer cette pièce en l'amputant du message qu'elle transmet. Carpe diem disent certains, Lars Noréen lui nous conseille (en Amour en tout cas) de ne nous occuper que des détails et de nous contenter de les vivre car le reste nous dépasse.

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