13.03.2008
Désindividuation
Et quelle plaie que ces drogues qui te condamnent à errer. Elles encastrent et compriment ta peine. Elles la maintiennent solide comme un roc insensible aux intempéries. Impropre à en éprouver les douceurs et les duretés, tu n'en traverses pas moins un monde qui t'indiffère.
Tu rues dans les brancards. Malhabile, tes impairs véhéments malmènent les faibles liens qui t'unissent à tes semblables. Trop remuant, trop truculent, tu te détaches de la toile sociale et chus dans les abîmes.
Même si tu t'ébroues et frétilles, tu déchires tout sur ton passage, tes fragiles filets qui se démaillent, inefficaces pour retenir tes proies. Tu te débats trop brusquement, trop énergiquement. Tu manques cruellement de précision, de confiance en toi et tes échecs ne t'apportent que haine de soi(, de toi). Les autres te dénigrent et indifférents refusent tout contrat.
Mais toujours tu t'acharnes, jusqu'à la folie. Plutôt que de te laisser dépérir, tu as choisi de mourir de tes propres forces, si un jour toutes se retournent contre toi. Et c'est bien. En vrac, tu travestis les concepts d'Alain, du génie universel, et de Nietzsche de la volonté de puissance et du faire absolu. Ils justifient ta lutte, ta quête de transcendance ultime, de la maîtrise absolue de ton destin qu'enfin tu deviennes le produit unique de ta volonté, malléable à souhait. Peut-être alors le bonheur sera le bouton du fleurissement de tes capacités.
Tout d'abord, commence donc par faire en sorte que s'épanouissent chez toi l'esthétisme, l'homilétique et la sociabilisation, et que ton désir impétueux leur serve de sève et leur conjure la pleine vitalité, celle qu'étreint la vie.
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