21.03.2008

Voyage au bout de la nuit, à la va-vite

Combien la critique est difficile. Juste quelques lignes pour décrire brièvement un pavé de plus de 600 pages dont la composition minérale devrait relever, pour son exhaustivité, d'un traité spécifique. Déjà, avant l'ouverture de ce livre, il faut avoir en tête qu'il ne prend son ampleur que dans son intégralité ; on pourrait être déçu suite à l'annonce prometteuse du titre en ne s'immergeant que dans les premières pages ; la partie sur la guerre qui finalement vient prendre sa véritable signification lorsque l'on comprend enfin la visée du livre. Enfin. La présente critique se propose de présenter succinctement ce récit ainsi que le témoignage qu'il contient et de s'attarder plus particulièrement sur l'authenticité de ses dires.

Tout d'abord donc, Céline nous livre ici une simili-biographie, un roman qui s'inspire de nombreux aspects de sa vie personnelle ; il s'inspire de moult anecdotes pour faire pléthore de digression qui contiennent ses propres réflexions et par là l'intérêt du livre. Dans un langage parlé, il y critique nombre de valeurs qu'il juge absurdes ; faisant preuve notamment d'antimilitarisme, d'anticolonialisme et d'anticapitalisme. Mais, si cet aspect de l'oeuvre reste fort intéressant, il est plus fascinant encore – et ceci caractérise au mieux Voyage au bout de la nuit – de remarquer la cosmogonie personnelle de Ferdinand Bardamu.

En effet, Céline nous dépeint un personnage qui nous apparaît tout d'abord comme naïf pour finalement se révéler comme un individu complètement désabusé, désillusionné. Le regard que ce dernier porte sur le Monde peut donc être qualifié d'hyper-lucide. La crudité qui se dégage, de sa vision encaustiquée, peut déranger. Effectivement, elle met en doute le sens que nous donnons habituellement à la vie, dénigrant la nature humaine, son désir auquel elle est asservi et l'absurdité de sa cause. Derrière le nihilisme de cette peinture, transparaît, après l'hyper-lucidité, un hyper-pragmatisme, un hyper-matérialisme dont le principal protagoniste porte le fanion.

Les phrases contondantes de Céline, pleine de sarcasmes, attaquent dans leur âcreté corrosive les fondements de notre essence. Et si l'auteur ne nous livre pas d'alternative au modèle qu'il détruit, il permet néanmoins de prendre du recul sur les intrications auxquelles nous sommes mêlées. Et c'est parce que Bardamu se retrouve dans la nudité la plus absolue, que son malheur le prive de tout, que son tragique destin lui permet de tirer les conclusions qu'il partage avec le lecteur. Son Voyage au bout de la nuit, il le vit comme une quête de vérité et cette dernière vient redoubler son malheur. Dans son errance, la vie perd son sens. La vérité est à ce prix.

Voilà à quoi l'on peut résumer le message du livre : l'absolue négation du sens de la vie, qui en fait ne se constitue que de celui que nous dénions bien lui donner. Et parce que ce faisant, Céline explore les linéaments de la nature humaine avec une croyable acuité, à ce titre, Voyage au bout de la nuit mérite bien d'être reconnu comme un chef d'oeuvre.

Ecrire un commentaire