24.03.2008
« Tu ne veux pas rester sage »
« Le mal est ta couleur. » Il profite de tes écoutilles enfoncées pour s'insinuer et s'enrouler autour de ta colonne. Il te tenaille les vertèbres qu'il disloque une à une. La douleur est viscérale. Elle t'accable ; la vie t'écrase sous son rouleau compresseur.
Trop vite. Trop haut. Sous tes actions tout se dérobe. Ta gaucherie t'écarte des merveilles trop fragiles que tu risquerais de réduire en miette par ton envie trop grande de les posséder. Trop. Tout est trop.
Tes impairs te lacèrent les chairs et tu ploies au zénith de ta souffrance. Dissolu dans ta fragilité, tu te décomposes dans ta trop – encore – grande sensibilité qui couronne les plus piètres maux. Tu vis chaque règne comme un faste calvaire. « Ô précieuse douleur, tu me fais vivre, t'exclames-tu avant d'enchaîner sur : Je t'en supplie, libère moi de ton entrave. » Mais tes paroles sont vaines, la douleur n'a pas d'oreilles. Te voilà martyr de ton plein gré, pris à ta propre vanité.
Dans cette géhenne, il est insensé que de te croire capable de t'édifier la carrure d'un monarque qui, inébranlable, obtiendrait la sujétion de ses semblables comme le seigneur la foi de ses fidèles. Ta terre s'avère meule et se débine sous le soc de la charrue. Ta personnalité, hautement instable, change sans cesse et tu t'y perds dans tous ses costumes qui t'étourdissent dans leur ronde frénétique.
Les élixirs de jouissance sont devenus te seuls liens au pays promis. Au départ, tu les voyais comme des opales d'espérance mais avec le temps, tu t'aperçois que s'ils miroitent, ils résonnent plus encore de toute leur vacuité. Tu étais mort, ils t'ont ressuscité et fait de toi un zombie. Si ces drogues médicamenteuses te maintiennent en vie, leur prix te coûte ta liberté. Dépendant, tu te trouves prisonnier de leur carcan qui te préserve de toute passion.
Et pourtant le revoilà lui ! L'impertinent, l'insolent, le fourbe qui revient au galop pour achever de te terrasser. Pourtant tu le renies, cet être entièrement indésirable car si peu recommandable. Mais il frappe à ta porte et tous les murs de ta demeure en tremblent. Il entre par effraction et se joue de toi. Son rire enivrant t'écoeure et tu te sens faiblir. Tu plonges dans le marasme et dans ta prostration tu éprouves pleinement les coups que l'Amour porte à ton thorax. C'est ta deuxième dépendance et même si elle t'anéantit, elle te lénifie tout autant l'existence et tu l'appelles de tes propres voeux à venir prendre ton coeur.
S'il faut périr, autant que ce soit pour l'Amour de la beauté.
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