26.03.2008
Vivre avec la douleur
Ô toi, il ne te reste plus qu'à mourir noyé. Mal fichu, défectueux et indigent, inadapté, ils te rejettent, t'évincent, t'ostracisent implaquables. Immonde créature replète de trop de maux, il n'y a que ton calvaire pour te servir de demeure.
Pour ta décharge, tu ne reflètes que leur laideur. Leurs travers et leurs torts, tu les leur brandis comme un couteau sous la gorge. Te nommerais-tu Jésus, dans tes langes ils te haïraient déjà. Tu ne leur apportes rien d'autre que ta nature d'homme et tu ne leur rapportes rien moins que leur genre humain, leur maudit genre humain. Eux-mêmes se détestent tellement qu'ils croient devoir aimer leur prochain. C'est là ta chimère, car ils en souffriraient bien trop alors que leur petite fatuité les conforte déjà amplement dans leurs bassesses.
Bref, ta douleur c'est ta vie. Irrémédiablement. A l'étreindre tant et tant tu as fini par l'accueillir à bras ouverts. Tu sens même l'inanité dans tous tes membres quand ta douleur s'estompe l'espace de quelques heures de joies insensées. Et jusqu'au bout de tes doigts tu te recroquevilles sous la tension qui te ploie comme on concasserait une vieille souche. Si fébrile que seules d'insensibles contractions sèches parviennent encore à te faire te convulser lorsqu'un rayon de bonheur – sûrement illusoire – vient brûler tes paupières.
Tu ne serais sûrement plus là depuis longtemps, si derrière cette douleur, si derrière ta douleur que tu chéries tant ne se cachait pas toute ton espérance que par vanité tu refuses toujours de voir. Seulement à trop jouer avec le feu, mort risque de s'ensuivre.
Alea jacta est.
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