28.03.2008

Silence social

Que de cocagne, de grivoiserie, de soûlerie et d'ennui autour de moi. En goguette, les choupettes, imbibées par l'alcool, et les chérubins, déchus, animalisés par leurs pulsions relâchées ! Tous « super gravos » ces illuminés de la nuit qui s'entêtent dans leur errance. Ceux qui cherchent leur salut dans la jouissance se fourvoient depuis longtemps déjà. Loin de moi les sermons catholiques bien pensants. Je dis oui aux extases éphémères quand ils viennent se poser sur notre coeur. Mais quand on les saisit à tour de bras, s'empiffrant des ailes délicates de joies indigestes à satiété, non, car évidement cela pèse sur l'être plus qu'il ne l'élève à ses côtés. Cette forme de boulimie devient maladive dès lors que l'ingurgitation des plaisirs prend la forme d'une quête sans fin, d'une ordonnance péremptoire qui asservit et avilit.

Je ne charge pas à hue et à dia contre les bars, les boîtes et tout lieu de débauche seulement contre le consumérisme qu'on en fait. Plutôt que la bouteille et l'immédiateté des émois volatils dans la futilité, je choisis comme armoiries l'amour de l'Art et la passion. Paradoxalement, la volonté de s'oublier paraît incroyablement tenace au regard de l'égotisme ambiant qui règne la journée. On enchaîne monologue sur monologue et on ne s'entend même plus se raconter soi-même. On n'écoute plus, l'autre devient un fantôme lointain chez qui nos paroles n'ont pas raisonné depuis très longtemps. Ceci m'effraie car il sonne le glas de l'humanité. Voici l'heure de la déshérence pour les terriens et leur culture sociétale. La déshumanisation, la bestialisation dans le jouir ici et maintenant. En cela que l'homme lambda se recentre sur lui-même et qu'il ne considère plus ses semblables que comme de possibles objets de jouissance. D'où vient ce manque crucial de considération pour autrui ? Le capitalisme peut-être, l'ennemi universel, le libéralisme et autres monstruosités sont les premiers suspects dans cette affaire. Nous détenons la preuve que plus personne ne s'attarde plus sur personne, que chacun nous nous enfermons dans nos individualités en oubliant à notre insu que l'être humain est un animal sociable et que seul l'autre peut lui offrir le bonheur qu'il recherche si activement.

S'il est vrai que l'existence humaine n'a pas de sens sous ce qu'on appelle communément et pompeusement l'Humanité et que nos vies n'en ont pas non plus en dehors du plaisir personnel que l'on peut en escompter, et c'est la le paradigme, pour être heureux, nous devons néanmoins nous tourner vers autrui et ce très rapidement. Maintenant égarements ou déshumanisation globale de la société ? Je garde l'impression que la jeunesse se cherche inlassablement, nuit après nuit. Alors enfants de la lune revenaient sous les étoiles car à cette heure, vous me faites l'effet d'épaves rouillées rentrant au port dans un brouillard de bistre.

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