31.03.2008
Économie psychique à Cold Mountain
Oui, Retour à Cold Mountain est un film médiocre qui s'emmêle dans le méli-mélo de son pathos grossier. Son caractère forcé en ferait d'ailleurs une farce abjecte si rarement aussi belle, Nicole Kidman ne sublimait les ratés de ce succédané de drame.
Mais nous n'allons pas ici déplorer les défauts d'un film déplacé ni encore nous gargariser des charmes envoûtants d'une actrice hollywoodienne. Mon propos sera tout autre. Je voudrais galvauder un concept psychanalytique – celui d'économie psychique – pour, à l'appui du scénario de Retour à Cold Mountain, illustrer mon modèle du fonctionnement libidinal en ce qui concerne l'état amoureux.
Pour commencer, permettez-moi de constater combien l'attitude des deux tourtereaux du film peut sembler soit étrange, soit si évidente et si admirable que cela en devient étrange. Plusieurs questions se posent alors à notre analyse. Comment deux individus qui ne se frayent que quelques jours en viennent à se vouer une passion aussi inébranlable qu'elle survit à la guerre alors qu'elle n'a pourtant été qu'hypothétique ? Pourquoi la si belle Nicole Kidman reste entichée de son Apollon qui depuis longtemps a soupé de manger des pissenlits par la racine ?
Point premier. Si nos deux amants intempestifs ne cessent de roucouler (oniriquement ?) et qu'ils ne se décident pas à tourner la page, il s'avère que l'explication ne se trouve pas dans ce que le film – première critique - tente de faire plus ou moins discrètement passer pour leur destinée mais dans la situation. En effet, dans l'indigence qui leur échoit aucune alternative plus rentable ne s'offre à eux pour leur investissement psychique. Ainsi, même défectueux, j'en déduis que le lien qui les unit malgré la peine – deuxième critique – placée en évidence dans la mise en scène leur apporte plus de contentement qu'il ne leur cause de mal ou qu'il en causerait s'il fallait en venir à le rompre.
Je passe sur les retrouvailles, point sur lequel je ne vois rien à redire puisqu'elles montrent très bien (ou presque, restons modérés) les conséquences de leurs économies libidinales en blanc qui les a éloigné de la réalité. Toute leur histoire commune a été imaginée par chacun et ils leur faut le temps nécessaire pour rectifier l'inadéquation qui les tient à l'écart du vrai.
Mais, point second, si j'adhère totalement à l'image moirée de romance et de poésie de cet amour sublime, je ne cautionne absolument pas la factice et implicite raison qu'on nous présente comme le pourquoi du fait qu'ils se rejoignent finalement aux mêmes latitudes. Et paradoxalement, cette même fausse-explication se maintient comme cause de l'éternel et funeste fidélité que Nicole Kidman va vouer à son rogaton le restant de son printemps, jusqu'à ce que la pauvre fleur s'étiole. Or – troisième critique – ce dénouement repose bien autrement sur les mêmes processus que décrits ci-dessus. En fait, si la belle Nicole ne se défait pas du lien l'astreint à la chasteté (quel dommage !) c'est que le négation de sa passion serait pour elle un drame bien plus insoutenable que sa préservation. De là découle une certaine fixité de la libido qui semble en étroite relation avec la situation et non avec les inclinations vaguement divine de chacun qu'on nous prône à hue et à dia.
Cet article je l'écris pour tordre le cou à ces rêves de romantiques, d'adolescents inachevés que la désillusion de ce Monde poussent à sacraliser le sein maternel et la symbiose originelle. De Retour à Cold Mountain, on peut en tirer plusieurs enseignements. Tout d'abord que dans certaines configurations le retrait des sentiments est plus coûteux que leur abandon. Ensuite et surtout, que la rencontre entre deux personnes relève principalement de la situation qui les intrique ainsi que de leur disposition à des propensions communes ; et beaucoup moins de leurs prédispositions personnelles comme les traits de caractères ou autre. Enfin, qu'un film peut se saisir d'un sujet fort judicieux et pourtant passer à côté.
Sus aux mythes et aux chimères !!!
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28.03.2008
Silence social
Je ne charge pas à hue et à dia contre les bars, les boîtes et tout lieu de débauche seulement contre le consumérisme qu'on en fait. Plutôt que la bouteille et l'immédiateté des émois volatils dans la futilité, je choisis comme armoiries l'amour de l'Art et la passion. Paradoxalement, la volonté de s'oublier paraît incroyablement tenace au regard de l'égotisme ambiant qui règne la journée. On enchaîne monologue sur monologue et on ne s'entend même plus se raconter soi-même. On n'écoute plus, l'autre devient un fantôme lointain chez qui nos paroles n'ont pas raisonné depuis très longtemps. Ceci m'effraie car il sonne le glas de l'humanité. Voici l'heure de la déshérence pour les terriens et leur culture sociétale. La déshumanisation, la bestialisation dans le jouir ici et maintenant. En cela que l'homme lambda se recentre sur lui-même et qu'il ne considère plus ses semblables que comme de possibles objets de jouissance. D'où vient ce manque crucial de considération pour autrui ? Le capitalisme peut-être, l'ennemi universel, le libéralisme et autres monstruosités sont les premiers suspects dans cette affaire. Nous détenons la preuve que plus personne ne s'attarde plus sur personne, que chacun nous nous enfermons dans nos individualités en oubliant à notre insu que l'être humain est un animal sociable et que seul l'autre peut lui offrir le bonheur qu'il recherche si activement.
S'il est vrai que l'existence humaine n'a pas de sens sous ce qu'on appelle communément et pompeusement l'Humanité et que nos vies n'en ont pas non plus en dehors du plaisir personnel que l'on peut en escompter, et c'est la le paradigme, pour être heureux, nous devons néanmoins nous tourner vers autrui et ce très rapidement. Maintenant égarements ou déshumanisation globale de la société ? Je garde l'impression que la jeunesse se cherche inlassablement, nuit après nuit. Alors enfants de la lune revenaient sous les étoiles car à cette heure, vous me faites l'effet d'épaves rouillées rentrant au port dans un brouillard de bistre.
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26.03.2008
Vivre avec la douleur
Ô toi, il ne te reste plus qu'à mourir noyé. Mal fichu, défectueux et indigent, inadapté, ils te rejettent, t'évincent, t'ostracisent implaquables. Immonde créature replète de trop de maux, il n'y a que ton calvaire pour te servir de demeure.
Pour ta décharge, tu ne reflètes que leur laideur. Leurs travers et leurs torts, tu les leur brandis comme un couteau sous la gorge. Te nommerais-tu Jésus, dans tes langes ils te haïraient déjà. Tu ne leur apportes rien d'autre que ta nature d'homme et tu ne leur rapportes rien moins que leur genre humain, leur maudit genre humain. Eux-mêmes se détestent tellement qu'ils croient devoir aimer leur prochain. C'est là ta chimère, car ils en souffriraient bien trop alors que leur petite fatuité les conforte déjà amplement dans leurs bassesses.
Bref, ta douleur c'est ta vie. Irrémédiablement. A l'étreindre tant et tant tu as fini par l'accueillir à bras ouverts. Tu sens même l'inanité dans tous tes membres quand ta douleur s'estompe l'espace de quelques heures de joies insensées. Et jusqu'au bout de tes doigts tu te recroquevilles sous la tension qui te ploie comme on concasserait une vieille souche. Si fébrile que seules d'insensibles contractions sèches parviennent encore à te faire te convulser lorsqu'un rayon de bonheur – sûrement illusoire – vient brûler tes paupières.
Tu ne serais sûrement plus là depuis longtemps, si derrière cette douleur, si derrière ta douleur que tu chéries tant ne se cachait pas toute ton espérance que par vanité tu refuses toujours de voir. Seulement à trop jouer avec le feu, mort risque de s'ensuivre.
Alea jacta est.
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24.03.2008
« Tu ne veux pas rester sage »
« Le mal est ta couleur. » Il profite de tes écoutilles enfoncées pour s'insinuer et s'enrouler autour de ta colonne. Il te tenaille les vertèbres qu'il disloque une à une. La douleur est viscérale. Elle t'accable ; la vie t'écrase sous son rouleau compresseur.
Trop vite. Trop haut. Sous tes actions tout se dérobe. Ta gaucherie t'écarte des merveilles trop fragiles que tu risquerais de réduire en miette par ton envie trop grande de les posséder. Trop. Tout est trop.
Tes impairs te lacèrent les chairs et tu ploies au zénith de ta souffrance. Dissolu dans ta fragilité, tu te décomposes dans ta trop – encore – grande sensibilité qui couronne les plus piètres maux. Tu vis chaque règne comme un faste calvaire. « Ô précieuse douleur, tu me fais vivre, t'exclames-tu avant d'enchaîner sur : Je t'en supplie, libère moi de ton entrave. » Mais tes paroles sont vaines, la douleur n'a pas d'oreilles. Te voilà martyr de ton plein gré, pris à ta propre vanité.
Dans cette géhenne, il est insensé que de te croire capable de t'édifier la carrure d'un monarque qui, inébranlable, obtiendrait la sujétion de ses semblables comme le seigneur la foi de ses fidèles. Ta terre s'avère meule et se débine sous le soc de la charrue. Ta personnalité, hautement instable, change sans cesse et tu t'y perds dans tous ses costumes qui t'étourdissent dans leur ronde frénétique.
Les élixirs de jouissance sont devenus te seuls liens au pays promis. Au départ, tu les voyais comme des opales d'espérance mais avec le temps, tu t'aperçois que s'ils miroitent, ils résonnent plus encore de toute leur vacuité. Tu étais mort, ils t'ont ressuscité et fait de toi un zombie. Si ces drogues médicamenteuses te maintiennent en vie, leur prix te coûte ta liberté. Dépendant, tu te trouves prisonnier de leur carcan qui te préserve de toute passion.
Et pourtant le revoilà lui ! L'impertinent, l'insolent, le fourbe qui revient au galop pour achever de te terrasser. Pourtant tu le renies, cet être entièrement indésirable car si peu recommandable. Mais il frappe à ta porte et tous les murs de ta demeure en tremblent. Il entre par effraction et se joue de toi. Son rire enivrant t'écoeure et tu te sens faiblir. Tu plonges dans le marasme et dans ta prostration tu éprouves pleinement les coups que l'Amour porte à ton thorax. C'est ta deuxième dépendance et même si elle t'anéantit, elle te lénifie tout autant l'existence et tu l'appelles de tes propres voeux à venir prendre ton coeur.
S'il faut périr, autant que ce soit pour l'Amour de la beauté.
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21.03.2008
Voyage au bout de la nuit, à la va-vite
Tout d'abord donc, Céline nous livre ici une simili-biographie, un roman qui s'inspire de nombreux aspects de sa vie personnelle ; il s'inspire de moult anecdotes pour faire pléthore de digression qui contiennent ses propres réflexions et par là l'intérêt du livre. Dans un langage parlé, il y critique nombre de valeurs qu'il juge absurdes ; faisant preuve notamment d'antimilitarisme, d'anticolonialisme et d'anticapitalisme. Mais, si cet aspect de l'oeuvre reste fort intéressant, il est plus fascinant encore – et ceci caractérise au mieux Voyage au bout de la nuit – de remarquer la cosmogonie personnelle de Ferdinand Bardamu.
En effet, Céline nous dépeint un personnage qui nous apparaît tout d'abord comme naïf pour finalement se révéler comme un individu complètement désabusé, désillusionné. Le regard que ce dernier porte sur le Monde peut donc être qualifié d'hyper-lucide. La crudité qui se dégage, de sa vision encaustiquée, peut déranger. Effectivement, elle met en doute le sens que nous donnons habituellement à la vie, dénigrant la nature humaine, son désir auquel elle est asservi et l'absurdité de sa cause. Derrière le nihilisme de cette peinture, transparaît, après l'hyper-lucidité, un hyper-pragmatisme, un hyper-matérialisme dont le principal protagoniste porte le fanion.
Les phrases contondantes de Céline, pleine de sarcasmes, attaquent dans leur âcreté corrosive les fondements de notre essence. Et si l'auteur ne nous livre pas d'alternative au modèle qu'il détruit, il permet néanmoins de prendre du recul sur les intrications auxquelles nous sommes mêlées. Et c'est parce que Bardamu se retrouve dans la nudité la plus absolue, que son malheur le prive de tout, que son tragique destin lui permet de tirer les conclusions qu'il partage avec le lecteur. Son Voyage au bout de la nuit, il le vit comme une quête de vérité et cette dernière vient redoubler son malheur. Dans son errance, la vie perd son sens. La vérité est à ce prix.
Voilà à quoi l'on peut résumer le message du livre : l'absolue négation du sens de la vie, qui en fait ne se constitue que de celui que nous dénions bien lui donner. Et parce que ce faisant, Céline explore les linéaments de la nature humaine avec une croyable acuité, à ce titre, Voyage au bout de la nuit mérite bien d'être reconnu comme un chef d'oeuvre.
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19.03.2008
Cerbère intérieur
Ce mal qui te ronge, ce cerbère inébranlable te pétrifie, te tétanise et quand surgit le raz-de-marée, il te bloque le droit chemin. Alors à tes pieds ne restent qu'à fouler l'aride désert de ton désespoir. Tu te louvoies, fébrile, entre les cactus de tes peines avec ces besoins qui te suinte par tous les pores de la peau, celui d'un ombrage, et peut-être même de l'ondée d'une oasis.
Les cavaliers fougueux ont fui au grand galop et dans la tempête tu as perdu leurs traces. Ce sale cerbère qui t'emprisonne, qui te maintient l'âme en peine, le courage te manques pour le terrasser. En attendant il te tenaille jusqu'à ce que l'un de vous deux meurt.
Tu n'étreins que des spectres et le doute te submerge. Une peur plus grande encore se dresse derrière tes épaules. Claudicant, tu tentes de t'enfouir sans te retourner. Et la vague qui va t'emmener à la fosse te rattrape.
Prends du répit en observant les maîtres. Ton désir, ta force, contrôle là. A corps perdu, libère là ! Qu'elle éclate en torrent. Qu'elle te transmute en Apollon téméraire. Que le courage ne vienne plus jamais à te manquer. Qu'en palabres tu t'étendes. Que tes simples mots émoustillent, transforment la haine en amitié, qu'ils éclairent l'obscurité tels une étoile égarée dans l'espace. Qu'ils laissent miroiter les fantasmes les plus fous. Que dans leur carapace accueillante, ils appellent l'inclination d'autrui. Qu'ils fassent ta richesse. Qu'enfin, de ton carquois ils jaillissent comme l'éclair et sur ta corde s'élancent au fond des âmes.
Contrôle la force et prends les rennes de ta vie aux mains du destin. Il est bien trop tôt pour épouser la faucheuse.
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13.03.2008
Désindividuation
Et quelle plaie que ces drogues qui te condamnent à errer. Elles encastrent et compriment ta peine. Elles la maintiennent solide comme un roc insensible aux intempéries. Impropre à en éprouver les douceurs et les duretés, tu n'en traverses pas moins un monde qui t'indiffère.
Tu rues dans les brancards. Malhabile, tes impairs véhéments malmènent les faibles liens qui t'unissent à tes semblables. Trop remuant, trop truculent, tu te détaches de la toile sociale et chus dans les abîmes.
Même si tu t'ébroues et frétilles, tu déchires tout sur ton passage, tes fragiles filets qui se démaillent, inefficaces pour retenir tes proies. Tu te débats trop brusquement, trop énergiquement. Tu manques cruellement de précision, de confiance en toi et tes échecs ne t'apportent que haine de soi(, de toi). Les autres te dénigrent et indifférents refusent tout contrat.
Mais toujours tu t'acharnes, jusqu'à la folie. Plutôt que de te laisser dépérir, tu as choisi de mourir de tes propres forces, si un jour toutes se retournent contre toi. Et c'est bien. En vrac, tu travestis les concepts d'Alain, du génie universel, et de Nietzsche de la volonté de puissance et du faire absolu. Ils justifient ta lutte, ta quête de transcendance ultime, de la maîtrise absolue de ton destin qu'enfin tu deviennes le produit unique de ta volonté, malléable à souhait. Peut-être alors le bonheur sera le bouton du fleurissement de tes capacités.
Tout d'abord, commence donc par faire en sorte que s'épanouissent chez toi l'esthétisme, l'homilétique et la sociabilisation, et que ton désir impétueux leur serve de sève et leur conjure la pleine vitalité, celle qu'étreint la vie.
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10.03.2008
Wall of suicide : premières pierres
22:52 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.03.2008
Alberto express
Le sujet du film concerne ce passage capital dans l'existence où l'on transmet la vie. Alberto semble fuir autant son futur que craindre que son passé ne le rattrape. Il tente à la vitesse du TGV de lui échapper, d'amasser la somme qu'il doit à son père afin de tirer un trait sur son passé et pouvoir s'élancer dans la nouvelle vie qui l'attend. Cette course folle tourne comme un mélange d'enterrement de vie de garçon, de reniement du passé et d'échappatoire à l'avenir. Alberto, à ce carrefour, se trouve en prise avec son passé, son présent et son futur, sans vraiment savoir vers lequel se diriger.
D'ailleurs la mise en scène surréaliste du film montre bien que plus que d'essayer de se trouver en adéquation avec la réalité, c'est d'abord l'accord avec lui-même que recherche Alberto. Le personnage d'ailleurs se révèle haut en couleurs, tantôt fantasque, tantôt touchant, on a l'impression d'aborder chaque facette de sa personnalité et de mettre le doigt sur son authenticité qui fait de lui une personne fort sympathique.
Pendant son périple, le voilà embarqué dans plusieurs situations plus ou moins loufoques, de la lointaine camaraderie aux relations avec les ancêtres, en passant par la vieille amante tentatrice à l'appât du gain. En fait, on nous donne à voir la construction de l'identité d'Alberto, dont la volonté d'exister dans cette comédie repose sur la dimension tragique de l'éventuelle perte d'un pan de sa vie, qu'il s'agisse de son passé ou de son futur. Et voilà en quoi Alberto donne à nous émouvoir. D'autant qu'on découvre à chaque instant ses fantasmes et ses peurs.
Au final, on éprouve néanmoins une profonde déception de penser quel dommage que si peu de film possèdent les qualités d'Alberto Express. Arthur Joffé nous livre ici une production créative, drôle, émouvante, intelligente, originale et j'en passe... Le résultat : une superbe fable qui nous décrit peut-être le passage le plus important dans la vie d'un Homme et par conséquent le plus difficile mais aussi le plus important.
Un chef d'oeuvre.
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08.03.2008
Comment l'espoir me fait mourir
S'il ne se tenait prêt à nous décapsuler le gland, nous déciderions l'heure de notre salut. Mais pauvres indigents, nous voilà qui rampons, cadavres larvés, pour la plus insignifiante once de plaisir. L'espoir est un titan inattaquable comparé aux bribes de satisfaction dont il nous sustente. Seulement à trop rester dans son ombre, on finit par geler et tomber.
Il aspire mon souffle dans celui du vent glacé. Je tremblote, parcouru de faibles ondes de chaleur, celles de désirs avortés, convulsé et fiévreux.
Maudit sois-tu démon sournois. Tu fais croire tant et tant et donne si peu. Me voilà désabusé. Quand la somme des douleurs dépassera celle des bonheurs, je demanderais pour qui sonne le glas, enfin.
Mais peut-être suis-je trop orgueilleux. Si prétentieux que je rejette ce dont il me permet de profiter. Je voudrais que tout soit rose. Que ces maux qui m'insupportent disparaissent dans le tourbillon de mon phrasé. Que la pointe de ma plume, chauffée à blanc, ouvre mes veines et extrait le poison de mon sang. Ce mal qui me laisse amorphe devant la plus propice, bien que trop souvent infructueuse, embellie. Car je ne possède rien que du vent qui m'irrite, que des fantômes à embrasser et des abysses à enlacer. Et je doute de disposer de l'étoffe du corsaire qui s'empare des trésors qu'il convoite.
Voilà, la faim me tiraille et me met un peu plus au supplice. Elle m'oblige à croire plus dur encore aux nombreuses illusions auxquelles je sers de jouet. Et quel supplice de Tantale que de s'imaginer les joies à portée de main, qu'on dirait si faciles à rafler ! Mais impossible de se prémunir contre ces pensées tortionnaires. Ces bourreaux du coeur qui me consume à feu doux, obturant l'une après l'autre chacune de mes artères. Je me sens mourir anémié. Tandis que, la bouche béante, je cherche en vain l'inspiration qui m'apporte l'oxygène dont j'ai besoin. Combien d'instants tiendrais-je encore en apnée ?
Quelle torture que ces bouffées d'espoir qui m'agressent sans cesse. Peut-être un mal nécessaire, mais pas forcément prolifique, auquel cas il devient plus que mortifère.
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