11.04.2008

Le savoir de l'ignorance

Sartre écrivait que l'expérience de l'universel devait déterminer le sens de notre vie. Intuitivement, ces propos évoquent pour moi la nécessité d'agencer ses actes par rapport à la sociabilité de l'Homme. Il faut que nous nous frayons sous les meilleurs auspices possibles. L'expérience de l'universel doit donc conduire à envisager le sens de la vie d'un point de vue humaniste, en plaçant les êtres humains et leurs rapports au centre de cette conception – puisqu'il n'existe a priori pas d'alternative à cette unique possibilité pour tous d'être heureux (ensembles).

Ce point mériterait plus large développement mais le sujet qui m'intéresse s'il s'y apparente ne se confond pas avec lui.

L'expérience de l'universel donc, conduit à s'améliorer sur l'optimum de la qualité des interactions sociales. Puisque cela résume le sens de notre vie – prouvant du même coup la nature sociale de l'Homme, si toutefois un doute persistait, - on peut appeler sagesse les connaissances qui nous permettent d'atteindre le but de notre existence : l'épanouissement dans nos rapports à autrui.

Or, si l'on dévide un peu plus la bobine de ce raisonnement, on en arrive à la conclusion que l'essentiel dans la cohabitation avec nos semblables relève de l'échange, qu'importe sa nature. Tout ce fil philosophique pour en arriver là. Bien prétentieux que j'ai (nous ?) été de croire que la connaissance raffermirait mes liens relationnels. Quelle gageure ! Toutes ces acquisitions en croyant qu'elles me permettraient d'offrir aux autres la lumière sur ce Monde. Finalement l'avènement de ma sagesse annonce son propre suicide. Elle m'apprend qu'elle n'importe pas, que seul compte le désir d'embrasser mes congénères, qu'importe le reste.

Ainsi soit-il. Perdons-nous dans la médiocrité, les bassesses, le futile, le volatil... Traçons des croix sur le subtil, l'intelligent, le réfléchi... Seul compte ce qui s'éprouve, la forme se révélant subséquemment superflue. Cette sagesse indique clairement qu'il faut l'ignorer pour la mettre en pratique. Elle enseigne le savoir de l'ignorance.

Je crois que trop souvent la vie se résume à ce genre de pérégrination. Si l'on n'emprunte pas la route qui nous ramène à notre point de départ, même si l'on sait pertinemment qu'elle fait une boucle, on aura encore et toujours le besoin irrépressible de s'y engager tête baissée. Ce qu'on ne peut vérifier, malgré son évidence incontestable ne nous apparaît pas digne de foi. Il semble que les dispositions de Saint-Mathieu qui ne prétendait croire que ce qu'il voyait soient plus universelles qu'on ne le pensait. Seul l'expérience nous apporte la certitude absolue. En cela le savoir s'apparente bien à de la pure ignorance.

Ecrire un commentaire