17.04.2008
Humus malin
Lisez plutôt sur les contorsions de son visage la repentance de ses impairs. Lâche que je suis, j'ose demander pitié. Mon séjour dans cette géhenne m'inculque, jusque dans le vif de ma chair, les convenances de la bienséance. Ce mal que j'ai dégobillé sur ce monde immonde, je le réingurgite quitte à m'en étrangler. Mais ne me lâchez pas. Je lis bien dans mes aveux toute la vanité indéfectible qui me crotte l'âme. Aimez moi de votre amour filial vampirique, lacérez moi dans vos étreintes et redoublez mon supplice. Bien qu'ayant la conscience claire, l'orgueil me ronge toujours les entrailles comme les ronces les jardins. Je mérite la double peine capitale. A ce prix seul, j'achèterais mon expiation, celui des souffrances de la perte et des souffrances des souffrances.
Dans mon humus malin, dans la pétaudière de mon esprit, grandissent de maléfiques marmots : les enfants de Satan, mes chers adoptés. Dans mon humus malin, l'ange est devenu démon. Des mois de torture où l'une après l'autre je lui arrachais lentement ses ailes, plume par plume avec un plaisir sadique certain. Puis, je le traînais, cet ange, dans les immondices de ma vilenie. Insensible, dans ma folie, à sa douleur insupportable. Mon ange je t'aimais tant.
Je ne mérite pas ton pardon. Un beau jour, tu as vomi sur moi ta bile et planté tes cornes fraîchement soufrées et mon corps s'est brisé sous ses larmes. A ton tour d'être impitoyable, si impitoyable que tes quinquets sans fond se sont fermés et du même coup, l'accès aux abysses de mes langueurs. Tu as retourné la chicote contre moi et t'es enfui avec mon organe génital. Je croyais cette punition indigne mais encore une fois la folie parlait en moi. Je me laissais manipuler, aussi faible qu'une marotte peut l'être. Ma faiblesse mérite cette punition.
Quel pêché plus suprême que la perversion d'un ange ? Sa beauté s'enfonçait au-delà des lignes d'horizon et moi je ne regardais que les exploits de mes pieds qui le battaient. Pauvre ange torturé duquel naquit un démon. Il n'y a pas de dénomination assez infamante pour le lâche que j'ai été. Aujourd'hui il sévit sur toutes les scènes, aussi abject et ignoble que son ascendant. Ses méfaits empuantissent l'air de frustration, il reste sourd à toute forme de raison. Le voilà qui se gausse, hilare même, des impairs d'autrui. Inapte à toute compassion, méfiant comme un loup et honteux comme le lépreux. Il lutte contre le tourment qui le harasse jour et nuit, contre cette injustice que je lui ai faite à tort.
Moi je lutte contre lui, contre sa méchanceté qui, incessante, me brime. Et je paye pour les fautes qu'il commet pour lesquelles je suis seul responsable. Dans cette infortune, mon humus malin putréfie et je dois jour et nuit arracher les racines qui tentent d'envahir mon jardin. Chaque soir la mort me tente et je préfère de loin ses bras glacés à ceux du démon que j'ai crée.
Ma rédemption, je la déroberais à l'usure de mes forces.
22:00 Publié dans Ephéméride | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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