13.04.2008
La vie d'artiste
Cette phrase résonne dans mon crâne assommé. Sa scansion sonne comme une malédiction. Un anathème ! Une prédication ! L'écrivain et l'artiste, Hemingway les présentent comme des voyageurs exilés du monde extérieur comme de leur monde intérieur. Bannis ! Maudits ! Les noms des poètes reviennent me hanter. Apollinaire ! Baudelaire ! Rimbaud ! Une nuée d'albatros qui me mettent en garde et me menacent des pires châtiments.
Ma folie m'oblige à l'incartade, à la sortie de piste. Je pèche pour les merveilles que recèlent ce Monde fangeux et la sentence je la connais d'avance. Ma sentence c'est l'errance. Il pèse sur le ban de l'ostracisme une opprobre qu'inflige inconsciemment le commun des mortels. On croyait qu'Icare fut puni par les dieux, seulement ses ailes ne fondirent que par le feu jaloux des hommes. Leurs yeux mornes jettent le haro sur tous ceux qui entrent dans la légende. Ils hurlent aux ouvreurs de route de ne jamais faire un seul pas en arrière.
Je sais leur passion double. Noble mais masquée, leur première virulence relève de la même ardeur que les explorateurs d'horizon. Ils poussent ces derniers à donner toujours plus d'allant, à tendre la grand voile pour prendre toujours plus de vent, quitte à déchirer la misaine. Seulement les simples mortels répriment cette impulsion naturelle, ils la réprouvent parce qu'elle les frustre et que le courage leur manque pour l'étreindre à corps perdu. Ainsi, en même temps ils ressentent une terrible aversion pour tous les artistes qu'ils excluent sans pitié de leurs cités.
Ceci condamne la témérité de l'artiste qui déjà lui inflige les pires souffrances. Lui qui ne s'épanouit qu'en face de l'absolue beauté, en acceptant de se laisser guider s'expose à vivre d'atroces frustrations. Ses privations et son nomadisme peuvent durer des années, toute une vie. Partout où il arrive, il n'est pas le bienvenu. Son coeur ne peut s'établir nulle part car il ne dispose pas de place pour lui-même.
Sa seule délivrance réside dans la beauté absolue, dans l'être absolu – sur les traces de Platon. Je prend le même départ que tous ces anges déchus qui ont périt dans leur quête du Graal. Je paye mon tribu à la vie : adieu les jouissances simples et multiples. Leur espoir fait vivre mais il ne rend pas heureux. Je reste persuadé que seul l'esthétisme suprême comble l'Homme de tout son saoul. Cette mortification que j'espère temporelle je lui souris. La vérité est à ce prix. La vie dans la mort. Si j'accepte ce trépas intempestif, c'est pour renaître de plus belle.
Afflictions, peines, tourments enchaînez moi en martyr. Que mon supplice me décortique, écorche ma vieille peau usée de fieffé vaniteux. Que j'accouche dans l'agonie et dans la sueur du surhomme. Zarathoustra et vous poètes maudits, déployez vos ailes.
22:00 Publié dans Ephéméride, Théorie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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