21.04.2008

Dans une giboulée de mars

Des trombes comme des bombes plombent la terre meule. Au-dessus des têtes la voûte rageusement tracée au fusain inquiète. Les visages anthracites, aux lignes brisées, se terrent dans les recoins quand ils ne disparaissent pas sous l'averse. Les ombres jouent un chassé-croisé silencieux, s'éclipsant l'une après l'autre de la zone dépeuplée.1218729588.jpg

Je suis né dans cette grisaille en même temps que des milliers de gouttes. Mes premiers cris se perdirent dans la fondrière insalubre où rien ne leur faisaient écho, pas même les yeux mornes et dépités de mes parents. Seuls quelques spectres qui erraient là me froissèrent l'échine de leur souffle glacé dans ma nuque.

Mes larmes se fondirent dans la pluie, aussi froides et austères que le coeur vide d'un bébé peut l'être. Par peur de ce déluge effrayant, je tremblais, transi. Une douleur lourde me pesait dans les membres qui, s'éraillant, me forçaient à m'égosiller. Puis, ma venue au Monde me plongea dans une torpeur insurmontable.

Depuis ce jour là, je me débats pour sortir de cette inertie initiale, pour me défaire de cette tétanisation originelle. Seulement le souvenir traumatisant de ma giboulée de mars m'obsède inlassablement. Je résiste contre ce cauchemar d'enfant, cette saucée diluvienne que je ressasse sans cesse avec peine. Chaque matin je me réveille comme à l'aube de ma vie, à l'orée du néant.

L'effroi de la désolation a gardé toute sa virulence. Il revient toujours aussi implacable et violent pour m'acculer au sol, me mettre dos au mur. L'angoisse terrible qui me pétrifia alors me saisit à nouveau et maintenant devient aussi désert qu'hier. Je souffre l'abandon. Je me retrouve là par hasard dans une quête de sens si absurde qu'elle s'avère infinie.

Je m'échine à le repeupler mon monde, mais toujours les couleurs que j'y mets déteignent et derechef le passé m'aspire dans son camaïeu funèbre.

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