23.04.2008
Et Dieu créa l'Art...
Ainsi je bâtis les questions : Pourquoi l'Art ? Comment l'Art ? (Je tenterais aussi dans la suite du texte d'adopter un style foncièrement moins hyperbolique.)
S'il est vrai que nous prenons littéralement notre pied devant les tableaux des maîtres-peintres, que nous suintons l'ivresse mélodiques des sonates hypnotiques, que nous jubilons devant les images moirées, mouvantes et instables du cinématographe, pourquoi tant d'intempérance, de débauche ? Pour esquisser ma réponse je soumettrais au lectorat une autre question : l'Art ne nous apporte-t-il pas une satisfaction proche de celle que nous prodigue la réalité ? Muons cette hypothèse en assertion ; tant elle paraît intuitive je ne juge pas nécessaire de m'y étendre plus longuement. D'une part donc, l'Art nous offre ce que la réalité nous refuse. Il permet aux miséreux de parjurer le mal de vivre, de leur donner un nouveau souffle. Il est de ce fait fort probable que les processus contemplatifs dans ce domaine ne se déroulent que dans la plomberie de l'empathie ; ce qui permet d'expliquer pourquoi se préserve, malgré le plaisir éprouvé esthétiquement, le besoin de réalité. D'autre part et dans la continuité de ce qui vient d'être dit, l'Art nous offre une expérience communielle avec l'artiste, une transmission d'expérience qui nous rapproche autant du créateur que de nous-même. Se faisant, on approfondit notre sensibilité intérieure en prenant simplement conscience du caractère essentiel d'autrui. Nous ressortons de nos ravissements plus aptes à saisir l'autre dans son entier car ses désirs se sont, pendant ces expériences, articulés aux nôtres.
Par comment l'Art maintenant, j'entends surtout sous qu'elle forme l'Art se révèle-t-il le plus éprouvant ? C'est là qu'entre en scène Psychologie de l'Art et de l'Esthétique. L'opuscule postule qu'un prérequis génétique oriente nos préférences de telles sortes que nous préférons, par exemple, une harmonie particulière, dépendant d'intervalles de ton particuliers choisis dans toute la tessiture des ondes sonores. Admettons. J'ajouterais à cette condition deux choses. La première dont l'évidence flagrante nous évitera de trop la développer concerne le vécu personnel du spectateur, en qui raisonne sûrement l'oeuvre d'échos plus ou moins inconscients. La deuxième et plus notoire de toutes est un dimension de mon cru que j'appelle authenticité. L'authenticité de l'artiste dans sa démarche m'apparaît comme la condition sine qua non à l'extase esthétique. Ce facteur serait de la sorte directement proportionnel au plaisir ressenti. On pourrait même y inclure une dimension qui s'apparenterait à la sincérité de l'artiste dans sa démarche de créer une oeuvre d'art. Reste toutefois à théoriser ce concept d'authenticité et à mettre au point un moyen de le mesurer qui ne soit pas uniquement dépendant de la subjectivité de chacun si toutefois cela est possible car il est fort probable qu'il se révèle moins inhérent à l'oeuvre qu'au processus de création en lui-même (cf. ci-dessous). Notons à ce propos que cette notion tutoies de près les écrits de Freud. La finalité de cet axiome sera, à terme, de distinguer les imposteurs des « vrais » artistes.
Pour conclure, tout ceci m'incite à croire que oui, l'Art est universel puisqu'il ne dépend en fin de compte que de l'empathie qu'on peut éprouver à la lecture d'une oeuvre. Toutefois, cette lecture est soumise à la maturation de chacun, plus ou moins disposé à la réception de l'oeuvre et subséquemment à vivre en communion avec ses égaux ; ceci expliquerait les divergences que subissent nos points de vue respectifs puisque nous nous montrons du fait de la dimension psychique, plus ou moins sensibles à certaines oeuvres.

22:01 Publié dans Théorie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




Ecrire un commentaire