25.04.2008

Il est interdit d'espérer

La tourmente de l'espoir m'ensorcelle. Mes rêves transcendent la réalité dont les frontières brident mes fantasmes. Bien que fouaillés sous la chicote, ces chimères fumeuses s'ébrouent, tirent sur leurs licous et soulèvent d'intenses et voluptueuses volutes. J'y respire comme l'orque qui glisse péniblement du fond de l'océan à la chaleur saline de l'astre solaire.

Chacune de mes incartades vers l'univers onirique infini m'occasionne une brimade, une déception. Sans parler des escapes, ces courses folles au milieu des spectres nébuleux et insanes qui m'inoculent une liesse irréfrénable ; lesquelles s'achèvent toujours en désastre absolu tant elles ébranlent l'habitacle réel.

Parce que leur immensité outrepassent largement le carcan des modestes bicoques du milieu desquelles je m'envole, mes fantasmes ne s'édifient jamais dans la morne réalité car rien d'assez contenant ne pourrait les y claquemurer. Toujours ils s'étalent sur l'atmosphère, balayant les nues de leurs vagues impétueuses comme tonne l'orage au-dessus des terres.

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La chute n'en est que plus dure. Dès lors qu'ils s'estompent, indignés par mon impudence cupide et orgueilleuse de me saisir du vrai, du matériel. Alors la féerie cesse. Peut-être si je ne me montrais pas aussi infidèle me déposeraient-ils entre leurs ailes, dans le nid molletonné de la vie. Mais irrépressiblement et malgré l'ivresse qu'ils m'apportent, je les trahis.

Pour un instant, j'envie les rieurs invétérés et leur insouciance. Je reluque de loin une marquise qui fleure bon l'amour bouillonnant et prête à entrer en éruption. Et mes rêves s'offusquent de mon outrecuidance mais surtout des désirs dérisoires que je leur confère. Et ils me lâchent, de toute la hauteur de ma vanité.

Une fois tombé, je constate effaré que les receleurs de mon bonheur espéré se sont enfuis, répugnés par ma déchéance. Plus de rieurs, plus de marquise. Il souffle sur mon écorce un vent de désolation si vengeur qu'il effrite mes dernières passions. Je sombre alors, encore une fois, dans les tréfonds de mon âme ; à la recherche des énergies vives qui me permettront de m'envoler à nouveau dans ces sphères ahuries où la douleur ne me plombe pas. Avec mes fantasmes, nous nous élancerons, superbes, dans les cieux moirés et merveilleux. Là, nous étendrons nos ailes d'un bout à l'autre de l'horizon, comme un orage sur ce monde moribond. Et ce monde, je l'oublierai à jamais.

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