29.04.2008

Haine amoureuse

Grattez le vernis de l'affabilité conciliante de l'amabilité gentille et idiote, les odeurs insalubres de la fange insalubre et sordide craquellent votre contenance. A immanquablement l'érailler, la bile immonde se déverse sur vous.

Toi, étoile dans la nuit, souffle sur la vie et diablesse, dans ta robe de vénus, qui égare sournoisement les passants. Belle comme un ange et mortelle comme une rose empoisonnée. Je t'arracherai les tripes, déchiquetant rageusement la toile épidermique et tendue de ton ventre. Je déchirerai tes petits seins insolents dans un froissement indécent de chairs indécentes. Je martèlerai ta tête - décapitée - et son regard ivre qui drape de langueurs les personnages de ton histoire. Ce, jusqu'à déformer entièrement ta fragile et attendrissante boîte crânienne qui ne ressemblera plus qu'à une agrégation de silex avenant et acérés. Tes yeux provocateurs de déesse des abysses, je les broierai. Tes cheveux, avec une rage incommensurable, je les déracinerai un à un pour que ton cuir chevelu, ensanglanté, devienne meuble.

Dans cette violence viscérale, irrépressible, dans ce viol sauvage, dans cet amour destructeur, aux lambeaux de chairs détachés, je te scierai les membres. Tes bras et tes jambes menus, je les mordillerai, je les sucerai de tout leur sang. Je me rassasierai de ton corps défait, de ton corps ravagé.

Dans cette explosion d'érotisme, ce carnage lubrique, dans une ultime étreinte gore, entre deux effusions de ton sang séminal, j'expierai tout ce mal latent et lourd, qui me précipite dans les vertiges de tes organes épars.

Je jouirai de ta douleur autant que tu jouis de ma souffrance.

Toi, qui rejette mes secrètes avances, dont le sourire enjôleur et trompeur s'apparente à la gueule affamée du loup, qui piétine les bourgeons de mes espoirs, qui me répudie comme un mendiant galeux ou léprosé, qui me laisse m'ensevelir sous les éclats que tu fais de moi, qui me regarde imperturbablement m'étrangler, pitoyable et honteux de mon imprudente vanité, je mets ton hymen en vitrine dans cette boucherie.

Seul ton corps, sera capable de ma soulager de mon mal.

27.04.2008

Le sens du non-sens

Une question électriquement philosophique se décharge sur nous aujourd'hui. Quel sens a la vie ? Parcourrons rapidement la pléiade des doctrines qui traitent le sujet. Au menu : préparation du concours d'entrée au paradis, soif insatiable de plaisir et gaudriole pour tous, quête incommensurable de savoir, etc. Je caricature, ce qui me permet de lâcher dédaigneusement : sans commentaire.

Libre à vous d'accueillir à votre domicile, un de ces rejetons philosophiques. Vous n'avez que l'embarras du choix comme dirait l'autre, ce qui fait deux psittacismes dans la même phrase et de moi un perroquet. Vous remarquerez tout de même, que malgré tout, je vais tenter de m'extirper de ces aliénantes lapalissades pour proposer un point de vue absolument novateur, ou presque.

Fort de mon expérience personnelle in vivo, si j'ose dire – jamais deux sans trois qui démontre d'ailleurs par son immanence l'imposture de son signifié (1) – je constate allègrement maintenant que l'inanité de la vie (2). Pourquoi tant de liesse dans cette découverte ? Laquelle devrait au contraire me remplir d'effroi et faire suinter mes chairs tremblotante d'une intangible torpeur. C'est que, voyez-vous, le non-sens de la vie lui donne un sens. L'absurdité incombe à chacun une quête que l'on ne peut accomplir. Tout simplement parce qu'elle est factice. Si vous trouvez un jour quelque chose qui n'existe pas, appelez moi.

Quel meilleur constituant de l'esprit humain que ce besoin, que ce désir irréalisable de sens ? D'une certaine manière le non-sens prend sens en cela qu'il met l'homme à l'abri du non-sens absolu qui lui, n'existe pas même dans l'esprit torturé du plus déshumanisé de tous. Ce raisonnement tautologique est d'ailleurs impossible à concevoir de façon « substantifique » (3). Comment théoriser une chose qui ne dispose d'aucun ancrage autant qu'il se maintient dans la pensée humaine et qui plus est, qui exprime en même temps que lui-même son contraire ? Ce paradoxe maintient au mieux notre équilibre psychique puisque du fait même de son inexistence, il se trouve être absolument inébranlable.

Ainsi Dieu nous jeta dans ce monde, sur cette terre ronde où l'on peut marcher sans jamais rencontrer d'obstacle infranchissable et refaire 1000 fois le même chemin sans savoir quand commence le début et quand commence la fin. Il en va de même pour le sens. Notre quête au final n'aboutira jamais. Elle se révèle vaine. Pourtant sans elle, nous errerions sûrement ou pire nous résiderons inertes et vides à l'orée du monde. Mais, notre recherche universelle, elle nous pousse à l'action, à l'expérimentation. Qu'importe la vérité ou le sens, l'important consiste à agir, à fuir l'immobilité. On ne peut exister que dans le mouvement.

J'en déduis que les agréments de la vie sont « casuels » dans leur contenu, que seule leur présence compte ce qui constitue pour l'Homme, une source intarissable de réconfort. Le sens n'a pas de sens, mais le non-sens oui.


  1. qui comprend cette phrase gagne 1000 euros

  2. aller, je me dévoile, je suis un psychopathe qui aime manier les concepts philosophiques comme un danseur de Saint-Guy opérerait une appendicite

  3. autant que la mort

25.04.2008

Il est interdit d'espérer

La tourmente de l'espoir m'ensorcelle. Mes rêves transcendent la réalité dont les frontières brident mes fantasmes. Bien que fouaillés sous la chicote, ces chimères fumeuses s'ébrouent, tirent sur leurs licous et soulèvent d'intenses et voluptueuses volutes. J'y respire comme l'orque qui glisse péniblement du fond de l'océan à la chaleur saline de l'astre solaire.

Chacune de mes incartades vers l'univers onirique infini m'occasionne une brimade, une déception. Sans parler des escapes, ces courses folles au milieu des spectres nébuleux et insanes qui m'inoculent une liesse irréfrénable ; lesquelles s'achèvent toujours en désastre absolu tant elles ébranlent l'habitacle réel.

Parce que leur immensité outrepassent largement le carcan des modestes bicoques du milieu desquelles je m'envole, mes fantasmes ne s'édifient jamais dans la morne réalité car rien d'assez contenant ne pourrait les y claquemurer. Toujours ils s'étalent sur l'atmosphère, balayant les nues de leurs vagues impétueuses comme tonne l'orage au-dessus des terres.

509623981.jpg

La chute n'en est que plus dure. Dès lors qu'ils s'estompent, indignés par mon impudence cupide et orgueilleuse de me saisir du vrai, du matériel. Alors la féerie cesse. Peut-être si je ne me montrais pas aussi infidèle me déposeraient-ils entre leurs ailes, dans le nid molletonné de la vie. Mais irrépressiblement et malgré l'ivresse qu'ils m'apportent, je les trahis.

Pour un instant, j'envie les rieurs invétérés et leur insouciance. Je reluque de loin une marquise qui fleure bon l'amour bouillonnant et prête à entrer en éruption. Et mes rêves s'offusquent de mon outrecuidance mais surtout des désirs dérisoires que je leur confère. Et ils me lâchent, de toute la hauteur de ma vanité.

Une fois tombé, je constate effaré que les receleurs de mon bonheur espéré se sont enfuis, répugnés par ma déchéance. Plus de rieurs, plus de marquise. Il souffle sur mon écorce un vent de désolation si vengeur qu'il effrite mes dernières passions. Je sombre alors, encore une fois, dans les tréfonds de mon âme ; à la recherche des énergies vives qui me permettront de m'envoler à nouveau dans ces sphères ahuries où la douleur ne me plombe pas. Avec mes fantasmes, nous nous élancerons, superbes, dans les cieux moirés et merveilleux. Là, nous étendrons nos ailes d'un bout à l'autre de l'horizon, comme un orage sur ce monde moribond. Et ce monde, je l'oublierai à jamais.

23.04.2008

Et Dieu créa l'Art...

Dans un billet précédent, j'évoquais ma lecture de Psychologie de l'Art et de l'Esthétique. Il donne l'occasion de lever l'armada de questions que l'Art traîne avec lui et qui ne se dressent que subrepticement devant notre soif inextinguible de jouissance. Si la culture de l'orgasme ébranle irrépressiblement nos corps frêles mais prompts à l'épanchement extatique que ces moments d'abandon total soient relevés par notre entendement. En termes clairs, explorer les intrications de l'origine ainsi que de la nécessité de nos plaisirs esthétiques relèvera sûrement tout instant divin.

Ainsi je bâtis les questions : Pourquoi l'Art ? Comment l'Art ? (Je tenterais aussi dans la suite du texte d'adopter un style foncièrement moins hyperbolique.)

S'il est vrai que nous prenons littéralement notre pied devant les tableaux des maîtres-peintres, que nous suintons l'ivresse mélodiques des sonates hypnotiques, que nous jubilons devant les images moirées, mouvantes et instables du cinématographe, pourquoi tant d'intempérance, de débauche ? Pour esquisser ma réponse je soumettrais au lectorat une autre question : l'Art ne nous apporte-t-il pas une satisfaction proche de celle que nous prodigue la réalité ? Muons cette hypothèse en assertion ; tant elle paraît intuitive je ne juge pas nécessaire de m'y étendre plus longuement. D'une part donc, l'Art nous offre ce que la réalité nous refuse. Il permet aux miséreux de parjurer le mal de vivre, de leur donner un nouveau souffle. Il est de ce fait fort probable que les processus contemplatifs dans ce domaine ne se déroulent que dans la plomberie de l'empathie ; ce qui permet d'expliquer pourquoi se préserve, malgré le plaisir éprouvé esthétiquement, le besoin de réalité. D'autre part et dans la continuité de ce qui vient d'être dit, l'Art nous offre une expérience communielle avec l'artiste, une transmission d'expérience qui nous rapproche autant du créateur que de nous-même. Se faisant, on approfondit notre sensibilité intérieure en prenant simplement conscience du caractère essentiel d'autrui. Nous ressortons de nos ravissements plus aptes à saisir l'autre dans son entier car ses désirs se sont, pendant ces expériences, articulés aux nôtres.

Par comment l'Art maintenant, j'entends surtout sous qu'elle forme l'Art se révèle-t-il le plus éprouvant ? C'est là qu'entre en scène Psychologie de l'Art et de l'Esthétique. L'opuscule postule qu'un prérequis génétique oriente nos préférences de telles sortes que nous préférons, par exemple, une harmonie particulière, dépendant d'intervalles de ton particuliers choisis dans toute la tessiture des ondes sonores. Admettons. J'ajouterais à cette condition deux choses. La première dont l'évidence flagrante nous évitera de trop la développer concerne le vécu personnel du spectateur, en qui raisonne sûrement l'oeuvre d'échos plus ou moins inconscients. La deuxième et plus notoire de toutes est un dimension de mon cru que j'appelle authenticité. L'authenticité de l'artiste dans sa démarche m'apparaît comme la condition sine qua non à l'extase esthétique. Ce facteur serait de la sorte directement proportionnel au plaisir ressenti. On pourrait même y inclure une dimension qui s'apparenterait à la sincérité de l'artiste dans sa démarche de créer une oeuvre d'art. Reste toutefois à théoriser ce concept d'authenticité et à mettre au point un moyen de le mesurer qui ne soit pas uniquement dépendant de la subjectivité de chacun si toutefois cela est possible car il est fort probable qu'il se révèle moins inhérent à l'oeuvre qu'au processus de création en lui-même (cf. ci-dessous). Notons à ce propos que cette notion tutoies de près les écrits de Freud. La finalité de cet axiome sera, à terme, de distinguer les imposteurs des « vrais » artistes.

Pour conclure, tout ceci m'incite à croire que oui, l'Art est universel puisqu'il ne dépend en fin de compte que de l'empathie qu'on peut éprouver à la lecture d'une oeuvre. Toutefois, cette lecture est soumise à la maturation de chacun, plus ou moins disposé à la réception de l'oeuvre et subséquemment à vivre en communion avec ses égaux ; ceci expliquerait les divergences que subissent nos points de vue respectifs puisque nous nous montrons du fait de la dimension psychique, plus ou moins sensibles à certaines oeuvres.

856928128.jpg

 

21.04.2008

Dans une giboulée de mars

Des trombes comme des bombes plombent la terre meule. Au-dessus des têtes la voûte rageusement tracée au fusain inquiète. Les visages anthracites, aux lignes brisées, se terrent dans les recoins quand ils ne disparaissent pas sous l'averse. Les ombres jouent un chassé-croisé silencieux, s'éclipsant l'une après l'autre de la zone dépeuplée.1218729588.jpg

Je suis né dans cette grisaille en même temps que des milliers de gouttes. Mes premiers cris se perdirent dans la fondrière insalubre où rien ne leur faisaient écho, pas même les yeux mornes et dépités de mes parents. Seuls quelques spectres qui erraient là me froissèrent l'échine de leur souffle glacé dans ma nuque.

Mes larmes se fondirent dans la pluie, aussi froides et austères que le coeur vide d'un bébé peut l'être. Par peur de ce déluge effrayant, je tremblais, transi. Une douleur lourde me pesait dans les membres qui, s'éraillant, me forçaient à m'égosiller. Puis, ma venue au Monde me plongea dans une torpeur insurmontable.

Depuis ce jour là, je me débats pour sortir de cette inertie initiale, pour me défaire de cette tétanisation originelle. Seulement le souvenir traumatisant de ma giboulée de mars m'obsède inlassablement. Je résiste contre ce cauchemar d'enfant, cette saucée diluvienne que je ressasse sans cesse avec peine. Chaque matin je me réveille comme à l'aube de ma vie, à l'orée du néant.

L'effroi de la désolation a gardé toute sa virulence. Il revient toujours aussi implacable et violent pour m'acculer au sol, me mettre dos au mur. L'angoisse terrible qui me pétrifia alors me saisit à nouveau et maintenant devient aussi désert qu'hier. Je souffre l'abandon. Je me retrouve là par hasard dans une quête de sens si absurde qu'elle s'avère infinie.

Je m'échine à le repeupler mon monde, mais toujours les couleurs que j'y mets déteignent et derechef le passé m'aspire dans son camaïeu funèbre.

19.04.2008

La beauté castratrice

Mes lectures se portèrent dernièrement sur un ouvrage intitulé : Psychologie de l'Art et de l'Esthétique sur lequel je reviendrais dans un billet prochain. Dans ce livre, dans ce symposium, un chapitre s'attarde sur l'esthétique du corps. Sujet grandement intéressant en cela qu'il irrite un point sensible de notre constitution humaine autant qu'il démange insupportablement l'esprit bien pensant de notre ère. Naturellement, l'auteur du dit chapitre ne soulève pas explicitement ce problème. Néanmoins, il le révèle, peut-être malgré lui. Spécialement pour les lecteurs de ce blog, je m'en vais l'exposer aux regards puritains.
Tout d'abord, il est fort curieux de constater que deux courants s'opposent pourtant d'une frontalité radicale sans que le moindre remous n'ébranle nos braves plébéiens. D'un côté, toute la production « journalistique » chic, des tendances actuelles et dans le vent, qui nous brandissent d'anorexiques égéries en vrac et avec pertes et fracas – d'os. Telle s'établit ainsi l'indication informelle, la norme implicite de l'esthétique du corps : « est beau et désirable, ce qu'on vous présente sur l'autel de nos unes respectives. » Airs rachitiques, membres cassants et creux acérés, voilà les atouts que prônent nos prêcheurs modernes. Je pose la question : pourquoi nos modèles sont-ils ceux-ci ? (1)
1204163451.jpgD'autre part, l'élan populaire, la psychologie naïve comme on dit dans notre jargon, la vision commune des choses veut que – dans le meilleur des cas – l'on prétende que la beauté soit superficielle. Au pire, elle nous énonce que toutes les grâces se valent puisque, implicitement, elles relèvent uniquement de notre subjectivité. Nos goûts nous appartiennent et l'apparente beauté ne s'avère en réalité qu'un leurre dont nous devons nous déjouer. Ainsi se formule la norme, formelle cette fois, : « tu ne succomberas pas à la beauté qui ne doit absolument pas venir interférer dans tes choix. » Alors une fois encore : pourquoi ?
Ne sommes-nous pas hypocrites au possible de laisser s'étreindre de plein fouet deux conceptions si violemment opposées ?
Psychologie de l'Art et de l'Esthétique démontre empiriquement cette aporie devant laquelle nous nous esbignons toujours – par lâcheté ? - pour surtout éviter de la résoudre. Plusieurs expérimentateurs se sont effectivement penchés sur la question. Ils mettent en exergue l'ostracisme évident qui sévit sur la laideur, avançant même l'idée qu'elle détermine, à travers les réactions qu'elle suscite, la constitution d'un individu ; le charme d'une personne lui offrant d'autant plus de possibilités enrichissement personnel que sa beauté est grande (2). Le rapport édifie autant qu'il afflige. Les expériences réalisées permettent d'établir une corrélation indéniable entre beauté, perception d'atouts comme sociabilité, intelligence, magnanimité, etc., et même la possession effective de ces atouts. Autrement résumé : les individus beaux accaparent toutes les aptitudes bénéfiques tandis qu'aux moches on ne laisse que les rogatons. Qualifions la beauté de castratrice car elle s'octroie tout, y compris ce qui sort du domaine de l'esthétique corporelle, et en prive les individus disgracieux qui pourtant le mériteraient autant que les autres.
La cause qu'on me semble pouvoir imputer à cette situation m'apparaît comme la prévalence d'un atavisme de la sélection naturelle. Il existerait une sorte d'instinct qui nous pousserait à nous tourner vers les individus qui reflètent un bon état de santé, ceux-là même qui occupent les pages de nos magasines de mode. Évidement, dans ces journaux médiocres, le prototype ectomorphique, la silhouette longiligne est poussée à l'extrême. C'est parce que nos préférences pour ces archétypes se lisent dans nos gènes et s'expriment sous forme de « pulsion » que nous ne nous scandalisons pas contre l'exclusion que subit la laideur. Contre cette injustice infamante pour nous humaniste. La norme formelle qui s'oppose malgré tout au courant biologique ne s'apparente qu'aux signes avant-coureurs de l'avènement du surhomme, celui qui enfin sera seul maître à bord. Bientôt, nous détiendrons le faire absolu (3), la transcendance ultime – ma quête - et l'utopie prendra finalement forme.

(1)dans le reste du texte, pour des raisons de facilité, il faut entendre beauté comme définie dans ce paragraphe
(2)par exemple, elle pourra s'exercer plus souvent aux relations sociales
(3)concept nietzschéen

17.04.2008

Humus malin

Mes pêchés véniels et mortels je vous chéris. Embrassez votre père mes enfants, ligaturez le, tuméfiez le de vos succions contondantes, que son sang ne coule plus. Je vous hais fils que votre mère La Déveine a mis à bas malgré mes précautions. Orphelins de l'amour paternel, ne châtiez pas votre pauvre géniteur qui babille dans son tourment.

Lisez plutôt sur les contorsions de son visage la repentance de ses impairs. Lâche que je suis, j'ose demander pitié. Mon séjour dans cette géhenne m'inculque, jusque dans le vif de ma chair, les convenances de la bienséance. Ce mal que j'ai dégobillé sur ce monde immonde, je le réingurgite quitte à m'en étrangler. Mais ne me lâchez pas. Je lis bien dans mes aveux toute la vanité indéfectible qui me crotte l'âme. Aimez moi de votre amour filial vampirique, lacérez moi dans vos étreintes et redoublez mon supplice. Bien qu'ayant la conscience claire, l'orgueil me ronge toujours les entrailles comme les ronces les jardins. Je mérite la double peine capitale. A ce prix seul, j'achèterais mon expiation, celui des souffrances de la perte et des souffrances des souffrances.

Dans mon humus malin, dans la pétaudière de mon esprit, grandissent de maléfiques marmots : les enfants de Satan, mes chers adoptés. Dans mon humus malin, l'ange est devenu démon. Des mois de torture où l'une après l'autre je lui arrachais lentement ses ailes, plume par plume avec un plaisir sadique certain. Puis, je le traînais, cet ange, dans les immondices de ma vilenie. Insensible, dans ma folie, à sa douleur insupportable. Mon ange je t'aimais tant.

Je ne mérite pas ton pardon. Un beau jour, tu as vomi sur moi ta bile et planté tes cornes fraîchement soufrées et mon corps s'est brisé sous ses larmes. A ton tour d'être impitoyable, si impitoyable que tes quinquets sans fond se sont fermés et du même coup, l'accès aux abysses de mes langueurs. Tu as retourné la chicote contre moi et t'es enfui avec mon organe génital. Je croyais cette punition indigne mais encore une fois la folie parlait en moi. Je me laissais manipuler, aussi faible qu'une marotte peut l'être. Ma faiblesse mérite cette punition.

Quel pêché plus suprême que la perversion d'un ange ? Sa beauté s'enfonçait au-delà des lignes d'horizon et moi je ne regardais que les exploits de mes pieds qui le battaient. Pauvre ange torturé duquel naquit un démon. Il n'y a pas de dénomination assez infamante pour le lâche que j'ai été. Aujourd'hui il sévit sur toutes les scènes, aussi abject et ignoble que son ascendant. Ses méfaits empuantissent l'air de frustration, il reste sourd à toute forme de raison. Le voilà qui se gausse, hilare même, des impairs d'autrui. Inapte à toute compassion, méfiant comme un loup et honteux comme le lépreux. Il lutte contre le tourment qui le harasse jour et nuit, contre cette injustice que je lui ai faite à tort.

Moi je lutte contre lui, contre sa méchanceté qui, incessante, me brime. Et je paye pour les fautes qu'il commet pour lesquelles je suis seul responsable. Dans cette infortune, mon humus malin putréfie et je dois jour et nuit arracher les racines qui tentent d'envahir mon jardin. Chaque soir la mort me tente et je préfère de loin ses bras glacés à ceux du démon que j'ai crée.

Ma rédemption, je la déroberais à l'usure de mes forces.

15.04.2008

Anxieuse mélancolie [linéaments] [je rame, je rame, je rame]

Comment se hisser au sommet sans franchir l'aval qui précède l'amont ? Je me pose sur ce coteau en situation périlleuse. L'expérience des premiers mètres d'ascension me manque cruellement pour entamer la suite de la montée. Je tergiverse en filant la métaphore car le soubassement documentaire de ce billet sonne creux. Le volatil corpus mnésique dont je dispose ne me pourvoit pas pour l'analyse avertie et perspicace que je souhaiterais livrer. Au risque de me désavouer, je vous livre (pourtant) la réflexion composite du peu de bagage que je possède et de mon expérience personnelle.

On ne rencontre pas de mélancolique dans les rondes habituelles et plébéiennes. Le mystérieux anonyme ne se dévoile que lors d'impromptues déambulations dans les limbes nocturnes. Nous, pauvres mortels, n'accédons pas aux sphères de son errance, trop éloignées de l'ici et maintenant, de l'activité populeuse et prosaïque qui nous entraîne – souvent à notre insu – dans la danse de toujours. Le mélancolique par contre, se saisit de notre monde avec la dextérité de l'horloger. De sa conscience suraiguë, il examine les plus minutieuses mécaniques de notre fonctionnement. Il relève tout ce qui déraille, qui ne va pas de soi. Pour cela, on le reconnaît comme génie mélancolique. Il affûte tant son acuité qu'il en meurtrit ses propres chairs. Le voilà qui rejette la vie commune pour le tourbillon sensoriel de la douceur et du ravissement esthétique. Devenu hypersensible, il se délecte des plus infimes lueurs sur l'horizon autant qu'il souffre du moindre vent troublant sa plénitude.

Concrètement, l'être du mélancolique se dissout dans l'éther cosmique et étoilé. Pour lui il n'existe d'autre réalité que ce qui s'éprouve. Son exil le conduit à se perdre dans les vagues cotonneuses et enivrantes de la passion. La moindre perturbation prend l'ampleur d'un raz-de-marrée bouleversant. Quand elle se présente à lui, il se précipite dans la faille temporelle. Il se retrouve alors en exode perpétuel : anachronique, immatériel et spirituel. Insaisissable. L'immanence ne signifie plus rien quand commence l'exil intérieur ainsi que le rejet du monde extérieur. Le mélancolique n'existe pas.

Les exposés qui m'ont été relaté s'attardent tous très longuement sur la sémiologie du mélancolique. Le cortège des descriptions se mue en fange imbuvable pour celui que l'humeur bileuse n'a jamais inondé. Il ne trouve en lui aucune caisse de résonance pour lui éclaircir les propos sibyllins des experts plus patentés les uns que les autres. Je me demande à ce sujet d'ailleurs s'il existe une indéniable nécessité empirique pour les traités pathologiques ; autant que celle qu'on trouve chez les pondeurs de chefs d'oeuvre.

Mon problème à leur égard s'attarde sur les théories étiologiques. Pour la plupart floues, elles imputent à d'indéfinis événements l'exclusion du mélancolique. Chez ce dernier, les symptômes résulteraient de son statut d'explorateur intemporel ou comment expliquer le comment par le pourquoi. Pour avoir fait personnellement ce genre de voyage, j'aimerais retrousser le raisonnement des auteurs, au moins en ce qui concerne l'anxiété. Imaginons un instant qu'une surcharge stressante transmise du monde extérieur sur la personne, conduise l'individu à plonger dans la mélancolie. La mélancolie découlerait d'une résignation, d'un renoncement. Ceci a le mérite d'expliquer autant les manifestations sémiologiques que l'anamnèse du type. On comprend de cette manière plus clairement d'où émerge l'irrépressible propension du mélancolique à remettre en question sa cosmogonie et son épistémologie. De toutes ses incertitudes qui le rendent inaptes à vivre, provient le caractère effrayant de son errance ainsi que sa nécessité de comprendre les choses plus précisément que n'importe qui. A travers ce besoin de neutraliser par la compréhension les objets angoissants, on saisit qu'elle importance le sujet donne à sa mélancolie. Elle prend sens comme mécanisme de défense. D'autre part, on met ici en relief la satisfaction du désenchanté qui trouve ainsi une solution à ses désagréments : puisque le Monde ne me concerne pas, qu'importe son contenu.

Au final, la mélancolie se choisit aux dépens du désir, ce dernier rendant dépendant le sujet au monde extérieur, exposé à l'échec potentiel de ses vues et donc à l'anxiété.

To be continued.

13.04.2008

La vie d'artiste

« Car il oeuvre dans la solitude et, s'il est assez bon écrivain pour cela, il doit chaque jour affronter l'éternité, ou son absence. »

Cette phrase résonne dans mon crâne assommé. Sa scansion sonne comme une malédiction. Un anathème ! Une prédication ! L'écrivain et l'artiste, Hemingway les présentent comme des voyageurs exilés du monde extérieur comme de leur monde intérieur. Bannis ! Maudits ! Les noms des poètes reviennent me hanter. Apollinaire ! Baudelaire ! Rimbaud ! Une nuée d'albatros qui me mettent en garde et me menacent des pires châtiments.

1438770464.2.jpgMa folie m'oblige à l'incartade, à la sortie de piste. Je pèche pour les merveilles que recèlent ce Monde fangeux et la sentence je la connais d'avance. Ma sentence c'est l'errance. Il pèse sur le ban de l'ostracisme une opprobre qu'inflige inconsciemment le commun des mortels. On croyait qu'Icare fut puni par les dieux, seulement ses ailes ne fondirent que par le feu jaloux des hommes. Leurs yeux mornes jettent le haro sur tous ceux qui entrent dans la légende. Ils hurlent aux ouvreurs de route de ne jamais faire un seul pas en arrière.

Je sais leur passion double. Noble mais masquée, leur première virulence relève de la même ardeur que les explorateurs d'horizon. Ils poussent ces derniers à donner toujours plus d'allant, à tendre la grand voile pour prendre toujours plus de vent, quitte à déchirer la misaine. Seulement les simples mortels répriment cette impulsion naturelle, ils la réprouvent parce qu'elle les frustre et que le courage leur manque pour l'étreindre à corps perdu. Ainsi, en même temps ils ressentent une terrible aversion pour tous les artistes qu'ils excluent sans pitié de leurs cités.

Ceci condamne la témérité de l'artiste qui déjà lui inflige les pires souffrances. Lui qui ne s'épanouit qu'en face de l'absolue beauté, en acceptant de se laisser guider s'expose à vivre d'atroces frustrations. Ses privations et son nomadisme peuvent durer des années, toute une vie. Partout où il arrive, il n'est pas le bienvenu. Son coeur ne peut s'établir nulle part car il ne dispose pas de place pour lui-même.

Sa seule délivrance réside dans la beauté absolue, dans l'être absolu – sur les traces de Platon. Je prend le même départ que tous ces anges déchus qui ont périt dans leur quête du Graal. Je paye mon tribu à la vie : adieu les jouissances simples et multiples. Leur espoir fait vivre mais il ne rend pas heureux. Je reste persuadé que seul l'esthétisme suprême comble l'Homme de tout son saoul. Cette mortification que j'espère temporelle je lui souris. La vérité est à ce prix. La vie dans la mort. Si j'accepte ce trépas intempestif, c'est pour renaître de plus belle.

Afflictions, peines, tourments enchaînez moi en martyr. Que mon supplice me décortique, écorche ma vieille peau usée de fieffé vaniteux. Que j'accouche dans l'agonie et dans la sueur du surhomme. Zarathoustra et vous poètes maudits, déployez vos ailes.

11.04.2008

Le savoir de l'ignorance

Sartre écrivait que l'expérience de l'universel devait déterminer le sens de notre vie. Intuitivement, ces propos évoquent pour moi la nécessité d'agencer ses actes par rapport à la sociabilité de l'Homme. Il faut que nous nous frayons sous les meilleurs auspices possibles. L'expérience de l'universel doit donc conduire à envisager le sens de la vie d'un point de vue humaniste, en plaçant les êtres humains et leurs rapports au centre de cette conception – puisqu'il n'existe a priori pas d'alternative à cette unique possibilité pour tous d'être heureux (ensembles).

Ce point mériterait plus large développement mais le sujet qui m'intéresse s'il s'y apparente ne se confond pas avec lui.

L'expérience de l'universel donc, conduit à s'améliorer sur l'optimum de la qualité des interactions sociales. Puisque cela résume le sens de notre vie – prouvant du même coup la nature sociale de l'Homme, si toutefois un doute persistait, - on peut appeler sagesse les connaissances qui nous permettent d'atteindre le but de notre existence : l'épanouissement dans nos rapports à autrui.

Or, si l'on dévide un peu plus la bobine de ce raisonnement, on en arrive à la conclusion que l'essentiel dans la cohabitation avec nos semblables relève de l'échange, qu'importe sa nature. Tout ce fil philosophique pour en arriver là. Bien prétentieux que j'ai (nous ?) été de croire que la connaissance raffermirait mes liens relationnels. Quelle gageure ! Toutes ces acquisitions en croyant qu'elles me permettraient d'offrir aux autres la lumière sur ce Monde. Finalement l'avènement de ma sagesse annonce son propre suicide. Elle m'apprend qu'elle n'importe pas, que seul compte le désir d'embrasser mes congénères, qu'importe le reste.

Ainsi soit-il. Perdons-nous dans la médiocrité, les bassesses, le futile, le volatil... Traçons des croix sur le subtil, l'intelligent, le réfléchi... Seul compte ce qui s'éprouve, la forme se révélant subséquemment superflue. Cette sagesse indique clairement qu'il faut l'ignorer pour la mettre en pratique. Elle enseigne le savoir de l'ignorance.

Je crois que trop souvent la vie se résume à ce genre de pérégrination. Si l'on n'emprunte pas la route qui nous ramène à notre point de départ, même si l'on sait pertinemment qu'elle fait une boucle, on aura encore et toujours le besoin irrépressible de s'y engager tête baissée. Ce qu'on ne peut vérifier, malgré son évidence incontestable ne nous apparaît pas digne de foi. Il semble que les dispositions de Saint-Mathieu qui ne prétendait croire que ce qu'il voyait soient plus universelles qu'on ne le pensait. Seul l'expérience nous apporte la certitude absolue. En cela le savoir s'apparente bien à de la pure ignorance.

Toutes les notes