01.05.2008
Ferment(s) du navet
Le principe d'authenticité implique l'oecuménisme de l'Art. Si toutefois, on dénote à ce dernier une dimension universelle, des facteurs propres à l'individu l'empêchent parfois d'être perçu tel. Par ailleurs, un tel concept confère à la théorie autant qu'au pragmatisme, l'avantage d'exclure de l'Art les productions satellites qui se prétendent l'objet de leur gravitation (l'Art quoi). Ainsi, on comprend certains décérébrés à la sagacité apathique qui prônent comme valeur suprême seule digne de leur mièvre contemplation : la star académie, par exemple. Autant que ceci explique leur déraisonnable délaissement de l'Art, le vrai.
Le film d'un certain Claude Lelouch, que je nomme ici en espérant que l'animal soit fouaillé en place publique, servira à étayer cette argumentation. Il y a des jours... et des lunes et un navet. A voir ce film, on s'interroge si le savoir-faire du type étrange (susnommé dans ce même paragraphe), ne se résume pas à la manière de trouver des titres accrocheurs. On peut même se demander si ce farceur de Claude n'est pas docteur es techniques de l'engagement, mais c'est un autre débat. Si le titre captive, le résumé déjà fait quelque peu déchanter :
De l'influence de la lune sur quelques personnages pour ce trente et unième film, tourné en trente et un jours pour les trente ans des Films 13. "Une histoire d'amour entre le quotidien et l'irrationnel". Il y a des jours... et des lunes commence avec la séance c'est-a-dire un court métrage de treize minutes intitulé Un coup de foudre normand, suivi d'une minute de publicité et du film lui-même. (1)
On pense évidement de suite à Short Cuts, l'excellentissime et inégalable véritable chef-d'oeuvre de Robert Altman. Le hasard conduit plusieurs destins à se croiser. L'impair du film réside dans l'impression qui tarabuste du début à la fin que le scénario transcende littéralement le film : les personnages et les événements se défilent devant l'histoire impétueuse qui les traîne autant qu'elle les maintient derrière elle. Il est à ce propos, fort curieux de voir que les personnages partagent tous et exactement à l'identique, le même point de vue sur la Lune, ce qui, au passage, déborde de pathétisme tant l'imposture poétique dépasse les bornes. En effet, en dehors du scénario, le reste apparaît comme superflu. On retrouve bien ici le concept d'authenticité, l'art pour l'art, l'histoire pour l'histoire. Ici, le processus de création, la technique utilisée évince tout sens artistique.
Ce raisonnement soulève deux importantes questions : qu'est-ce qui se joue derrière cette « authenticité » et peut-on démontrer sa présence ou son absence ?
Dans le film de Lelouch, on constate tout d'abord un empilement de clichés qui n'enrichissent en rien les ressorts de la pseudo-dramaturgie. Si leur utilisation dérive peut-être d'une volonté de codifier au maximum les personnages pour en extraite l'essence la plus pure, on a plutôt là la sensation d'observer une fresque grossière, en somme assez peu cohérente. La déduction inhérente à cette constatation implique que l'authenticité découle, au moins en partie, d'un facteur qu'on dénommera cohérence ou congruence interne de l'oeuvre. Ainsi, on peut appliquer à l'oeuvre d'Art des critères de jugement qui se rapproche de ceux utilisés pour les doctrines philosophiques. La logique y est fortement mise à profit.
Se faisant, la seconde partie de notre problématique ne s'en trouve pas plus résolue : peut-on démontrer clairement cette cohérence interne ? A-fortiori, dans le cas de Il y a des jours... il y a des lunes ? Cette question restera pour l'instant en suspend, d'autant que si la congruence interne se présente sous une forme continue, il sera nécessaire de la quantifier. Toutefois, pour conclure sur le film de Lelouch, une des hypothèses à poser de ce raté, s'articule de la sorte : plus qu'il ne peint une réalité, il l'explique de manière explicite et donne à voir clairement que chaque personnage fait ceci ou cela parce que ceci ou cela. Le film se dévide donc selon la structure cause-conséquence ainsi qu'un ouvrage scientifique. De ce dernière point, relevons donc que pour être appropriée, la cohérence ou la congruence d'une oeuvre non seulement interne doit s'établir en rapport avec une tranche éprouvée de la réalité.
Mais, encore une fois, comment le démontrer ???
(1) source : allociné
22:02 Publié dans Chronique, Film, Théorie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




Ecrire un commentaire