03.05.2008

Phèdre aux Amandiers

67745926.jpgSénèque ressuscité sur les planches de Nanterre noie les spectateurs dans la déferlante des passions qui secouent ses personnages. Phèdre, tout d'abord, épicentre de la tragédie, par refus de la chasteté monacale que lui impose son mari parti s'éclater dans Les Enfers, en hypersexuelle qui s'assume jette son dévolu sur son beau beau-fils, lequel constitue le dernier phallus et seul approprié à la préserver de la sénescence qui la menace. Seulement Hippolyte, l'adonis en question, se refuse à tout débordement trop physique et préfère s'extasier devant la rigidité verticale de membres plus arboricoles ; autrement dit, l'impuissant se gargarise dans la forêt comme si un désir coupable et indicible le détournait de toute tentation trop réelle... Enfin, le père du damoiseau et accessoirement mari de Phèdre, réapparaît soudainement de la géhenne où on le croyait définitivement inaccessible à toute satisfaction corporelle. De surcroît, le globe-trotter rentre à demeure sévèrement émoustillé par l'orifice de Satan. Il réclame son dû : disposer de l'objet de son contrat matrimonial dans l'immédiateté qui convient à son statut pour répondre au plus vite à son désir importun. Mais la péronnelle s'est mis en tête le bel Hippolyte parti en quête de feuilles forestières pour s'essuyer les coussins postérieurs.

De là, affleure à profusion le complexe d'oedipe ainsi que le mythe de la horde. Phèdre qui livre délibérément le fils à l'ire du père donne place à une parfaite illustration des concepts freudiens : le père punit le fils pour son audace lubrique, établissant une nouvelle fois la loi de l'exogamie dans le but certain d'extraire sa progéniture de son fichu complexe. Mais, le paternel malhabile juge à tort qu'une insignifiante colère des Dieux suffira à châtier l'enfant fautif. Malheureusement pour lui, ils ne lésinent pas sur les moyens, envoyant à la poursuite de sa descendance un monstre merveilleux qui finira finalement par lui bouffer l'éternité, Hippolyte au déjeuner.

Le capharnaüm de la mise en scène souligne la violence des passions. Une narratrice externe à l'histoire, achève de les déposséder de leur destin : les personnages sont attirés dans l'oeil d'un cyclone dévastateur qui les dépossède de tout. Cette tornade, c'est leur nature humaine, peu fiable et défectueuse. Pour l'épanchement des passions, Sénèque est roi. Son texte insiste lourdement sur les états d'âme des protagonistes. Voici une bonne première marche pour découvrir et apprécier la tragédie. Pour les autres, une réactualisation de leurs critères et la jouissance assurée ; mais : licite ou illicite ? Avec le parent de sexe opposé ou pas ? Qui sait...

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