05.05.2008

Prénom Carmen

Un bref billet pour louer les qualités d'un chef-d'oeuvre : Prénom Carmen. Ce film de Jean-Luc Godard reprend la trame de Carmen, la tragédie. Le réalisateur y applique sa conception du cinéma : adapter des histoires réelles avec un langage propre. Le coup de maître ici donne l'impression que l'oeuvre déborde la réalité, d'offrir une réalité plus réelle que la réalité. En effet, le mode discursif employé emprunte à la poésie, à l'art figuratif (les plans de vagues, des musiciens jouant Beethoven) autant qu'à des techniques plus modernes (la mise en abîme du film que souhaitent tourner les personnages ainsi que leur histoire personnelle).1953407704.jpg

Où réside l'intérêt de tant d'artifices ? Pour le côté poétique ainsi que l'art figuratif, ils permettent d'appeler des émotions que l'énonciation simple du récit ne suffirait sûrement pas à susciter. C'est d'ailleurs là, le ressort de la poésie. Celle-ci usant d'images particulières et très précises d'un contexte pour les intégrer à un autre ensemble où, associées à d'autres, elles transmettront au lecteur (1) un affect artificiel, crée par le poète, plus ou moins proche de la réalité, mais qui s'avérera plus efficace qu'une simple description. Dans Prénom Carmen, l'utilisation de cette technique se dévoile particulièrement dans les séquences de ressac qui entrecoupe l'histoire à proprement parler.

En ce qui concerne la mise en abîme citée ci-dessus, elle confère au scénario toute sa couleur particulière. Grâce à ce procédé, on s'imprègne de l'état d'esprit des personnages qui y déteint le plus clairement possible, à travers d'une part leur ambition et d'autre part, une dimension plus importante encore, la force de leur passion qui y est amplifiée au mieux.

Que dire de plus ? Pas l'ombre d'une critique. Un seul regret tout de fois après avoir vu un tel chef-d'oeuvre, comme pour toutes les pièces de génie, le fait que de telles réussites soient si peu nombreuses, ou du moins si méconnues.

A voir de toute urgence pour tous ceux qui recherche en l'Art, leur émancipation personnelle ; ou pas.

 

(1) remarquez que nous ne disposons pas de vocable qui soit vraiment antinomique de l'artiste

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