21.05.2008

Les femmes pratiquent le plaisir masculin

Messieurs, la nouvelle nous arrive à peine. Un complot séculaire menace l'hégémonie de notre communauté de mâles alpha, pourtant impitoyables et virils. Nous croyons l'égide de l'inféodation de nos factotums femelles assez solide pour ne jamais trembler, mais des jours étranges qui s'annoncent l'ébranleront sûrement. Il semble que nos gardes-fous, nos concessions, notre bienveillance conciliante et même nos rudoiements infligés sans parcimonie mais avec l'âcreté contondante de nos battes inébranlables ne suffisent plus à endiguer la mutinerie. Celles-là même que nous claquemurons avec la magnanimité du zigue prévenant et désireux de se garder jalousement et fomenté, un exutoire séminal. Celles-là même que nous préservons de leur propre candeur congénitale, de leur idiotisme congénital, de leur incurie congénitale également. Celles-là que nous occupons aux labeurs les plus idoines à leur fragile constitution, pour les préserver de trop lourdes responsabilités existentielles. Celles-là pour qui, gracieusement, nous organisons en circuit fermé, le parcours de la consommatrice lambda : travail-shopping, pour lui donner l'illusion d'un certain pouvoir. Celles-là mêmes, nous dupent depuis toujours. Nos fourreaux génitaux, ces êtres indignes de nos semences divines, ces êtres-là vous dis-je, ourdissent contre nous la pire des machinations.

En effet, l'heure est grave. Naguère, on pouvait encore les croire asservies à notre supériorité masculine. Aujourd'hui, rien ne nous autorise plus l'insouciance. Ces êtres émasculées s'apprêtent à déverser sur nous leur vilenie. S'il se trouve un mystère que nos cerveaux prolifiques ne résolurent jamais, il s'agit bien de la logique féminine. Sachez que les femmes en question, frappent à la porte de la logique masculine qu'elles se préparent à décrypter. Sans cet atout majeur, comprenez bien que nous sommes perdus, toute notre aristocratie repose sur l'évidence de la prééminence de l'efficience de notre sagacité. Si cette dernière tombe, nous ne disposeront plus d'aucune arme pour nous défendre contre ces furies, impies et insanes qui menacent l'ordre du Monde. Les femmes tentent de s'emparer de leurs licous à coups répétés d'orgasme masculin. Elles jouiront bientôt sans entrave et avec nos propres mains. Bientôt, elles prendront possession du moule qui nous constitue, pour mieux nous dominer. Si terrible que soit la réalité, il s'avère pourtant impérativement nécessaire de l'entendre. Je sais combien insoutenable apparaît cette idée aux yeux de certains. Qu'ils sachent seulement que nous portons la même croix et que, ensemble, il nous faut lutter.

Ce miracle leur provient des propres outils auxquels nous les asservissons. Ces dames rétives et retorses usent pour s'emparer de notre plaisir et aspirer nos souffles de vie de casseroles, de poêles, de saladiers, de verres doseur, de recettes secrètes de sorcellerie, d'éponges et de liquide vaisselle pour se libérer de leur aliénation. Nous qui jugions qu'ainsi nous écartions la menace. Seulement, elles utilisent ses ustensiles comme un homme manie la barre pendant la concupiscence. Tout d'abord, elles se fouaillent en battant les blancs en neige ou par d'autres techniques plus sournoises encore. Ces étapes suivent tout un rituel qui consiste seulement à faire monter le désir, à émoustiller les papilles et stimuler l'appétit jusqu'à ce que le bas-ventre devienne intenable. Ensuite, vient le travail de fond que tout homme connaît bien. Elles lavent, elles récurent, elles astiquent rageusement les assiettes, les surfaces concaves et les surfaces convexes, les pics, les lames et les manches. Ceci, histoire seulement de retarder le plaisir. Qui ne tarde pas à arriver. Lorsque finalement tout a été ingurgité, elles ressentent enfin cette sensation de plénitude, pourtant si éphémère, ce vacillement du corps tandis que le plaisir l'engourdit. Voilà, comment elles apprennent l'orgasme masculin : par la cuisine.

Messieurs, nous ne disposons que d'une seule alternative : il nous faut dans l'immédiateté de ce billet, nous mettre à la cuisine afin de préserver notre intégrité masculine.

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