29.05.2008
Contre tous
La haine on la dégueule
Les brimades
Les boutades
Les séquestrations
Les humiliations
Qu'il est con ce pauvre garçon
Qu'il est con
A remonter à contre courant
Le flot des passants
Il y a du poison dans le fond de nos tripes
Comme l'impression qu'on nous étripe
Cassons leurs dents de requin
Les lâches détaleront comme des porcins
Il y a comme une odeur de souffre
Et une déflagration qui remonte le gouffre
Du monde sous pression
Voilà le ras de marrée
Qui entraînera tout le monde par le fond
Les rois peuvent bien se marrer
On a la main sur la couronne
On a la main sur cette putain de couronne
Et une fureur indicible
Qui nous rend presque invincibles
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27.05.2008
Talons, étalon
Je m'accroche aux cambrures indécentes
De tes jambes concupiscentes
Juchée sur tes talons
Tu me dresses en sulfureux étalon
Pyromane des comptoirs
Gazelle de la savane enflammée
Je me consume lentement à te voir
Sur tes échasses, te déhancher
Tu me dresses en sulfureux étalon
Juchée sur tes talons
Tes formes s'arquent et se tendent
Jument sauvage dont les flancs bandent
Tu embrases mon plexus solaire
Je souffre de ne baiser ton buste impudique
Et tous tes autres trésors lubriques
Sur lesquels je ne saurais me taire
Laisse-moi longer tes lignes érotiques
Traverser monts et vallées
Que j'esquisse dans tes sphéricités
Un émoi critique
De la hauteur profonde de tes cuisses
A tes chevilles vertigineuses, je glisse
Juchée sur tes talons
Tu me dresses en sulfureux étalon
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25.05.2008
Gueule de plomb
Anonyme parmi les cons
L'agonie a soufflé toutes tes paroles
Les esprits futiles s'envolent
Te narguent et t'appellent débile
Mais dans ta gorge une chape
Retient ta bile
Impossible que tu les rattrapes
Tes années se délient et filent
Tu gardes en mémoire des sourires de filles
Mais tes dents restent serrées
Et t'empêches de crier
Le chant des sirènes te fait rêver
Tu te voyais poète aux balcons ensoleillés
Ou faire de beaux discours politiques
Autant de plaisirs soniques
Gueule de plomb
Anonyme parmi les cons
L'agonie a soufflé toutes tes paroles
Et les esprits futiles s'envolent
Tu les regardes s'envoler
Le cœur brisé
Les pieds plantés dans la terre
Tu pries pour qu'on t'enterre
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23.05.2008
Peach vous dit Wii !
A la limite, on pardonnerait nintendo d'attiser nos pulsions sexuelles inconscientes tant que l'incitation reste sourde. Qu'on nous manipule à notre insu en actionnant les ressorts de notre vie psychique, peu importe. Que nintendo confie des phallus à nos chers bambins, réjouissons-nous. L'éveil précoce d'une sexualité objectale, directement en lien avec la sacro-sainte télévision, évitera à toutes les mères les viols oniriques dont raffolent les enfants en pleine œdipe ; et le conflit n'entachera pas les relations familiales. Si toutefois vous surprenez votre progéniture à califourchon sur votre téléviseur, même s'il vous explique qu'il cherche simplement à mieux se positionner par rapport au capteur, sévissez !
Ce qui m'offusque au plus haut point, c'est quand l'évocation devient explicite. Ainsi, les héroïnes nintendo se présentent à vous après un relooking intégral. Toutes, à l'instar de Peach – l'égérie nintendo – ont délaissé les tenues bouffantes. Au panier, les robes à crinoline. Enterrée, la chasteté pré-pubère de ces vestales enfantines. Dans Mario et Sonic aux jeux olympique, Peach s'engonce dans un tout petit shorty très moulant, assorti au débardeur qui convient (le mieux aux rotondités de la princesse – ndlr). Évidement, ce n'est pas encore le shorty-string (mais nintendo nous promet que son héroïne montrera bien ses fesses sur l'héritière de la Wii, sobrement appelée OhWii) et on peut arguer que la robe à crinoline se prête peu au ping-pong ou au trampoline. Recevoir ce prétexte s'envisagerait, si et seulement si la greluche ne s'estomaquait pas constamment par des petits cris plus que suggestifs. Même si nintendo prétend que Peach ne fait qu'énoncer le nom de la console, ne soyons pas naïf. D'autant plus que dans Mario Kart, la même damoiselle réalise écarte les cuisses dans des acrobaties dignes du kama-sutra. Nous venons là de mettre la main sur une incitation dure et longue au coït qu'on pourrait presque juger vulgaire.
Il y a un âge pour la masturbation et un âge pour le rapport physique. Pour préserver nos enfants et éviter qu'ils ramènent plus tard des amis bonobos à la maison, envoyons à nintendo la pétition suivante :
A nintendo,
Nous trouvons inadmissible que Peach trimarde ainsi dans vos jeux. Nous voulons : 1) qu'elle se rhabille, 2) que Mario s'occupe de son cas parce qu'elle a l'air profondément échaudée et que nous craignons qu'elle récidive 3) que tout soit filmé pour que nous soussignés, adultes consentants, soyons en mesure de juger du danger que courraient nos enfants.
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21.05.2008
Les femmes pratiquent le plaisir masculin
En effet, l'heure est grave. Naguère, on pouvait encore les croire asservies à notre supériorité masculine. Aujourd'hui, rien ne nous autorise plus l'insouciance. Ces êtres émasculées s'apprêtent à déverser sur nous leur vilenie. S'il se trouve un mystère que nos cerveaux prolifiques ne résolurent jamais, il s'agit bien de la logique féminine. Sachez que les femmes en question, frappent à la porte de la logique masculine qu'elles se préparent à décrypter. Sans cet atout majeur, comprenez bien que nous sommes perdus, toute notre aristocratie repose sur l'évidence de la prééminence de l'efficience de notre sagacité. Si cette dernière tombe, nous ne disposeront plus d'aucune arme pour nous défendre contre ces furies, impies et insanes qui menacent l'ordre du Monde. Les femmes tentent de s'emparer de leurs licous à coups répétés d'orgasme masculin. Elles jouiront bientôt sans entrave et avec nos propres mains. Bientôt, elles prendront possession du moule qui nous constitue, pour mieux nous dominer. Si terrible que soit la réalité, il s'avère pourtant impérativement nécessaire de l'entendre. Je sais combien insoutenable apparaît cette idée aux yeux de certains. Qu'ils sachent seulement que nous portons la même croix et que, ensemble, il nous faut lutter.
Ce miracle leur provient des propres outils auxquels nous les asservissons. Ces dames rétives et retorses usent pour s'emparer de notre plaisir et aspirer nos souffles de vie de casseroles, de poêles, de saladiers, de verres doseur, de recettes secrètes de sorcellerie, d'éponges et de liquide vaisselle pour se libérer de leur aliénation. Nous qui jugions qu'ainsi nous écartions la menace. Seulement, elles utilisent ses ustensiles comme un homme manie la barre pendant la concupiscence. Tout d'abord, elles se fouaillent en battant les blancs en neige ou par d'autres techniques plus sournoises encore. Ces étapes suivent tout un rituel qui consiste seulement à faire monter le désir, à émoustiller les papilles et stimuler l'appétit jusqu'à ce que le bas-ventre devienne intenable. Ensuite, vient le travail de fond que tout homme connaît bien. Elles lavent, elles récurent, elles astiquent rageusement les assiettes, les surfaces concaves et les surfaces convexes, les pics, les lames et les manches. Ceci, histoire seulement de retarder le plaisir. Qui ne tarde pas à arriver. Lorsque finalement tout a été ingurgité, elles ressentent enfin cette sensation de plénitude, pourtant si éphémère, ce vacillement du corps tandis que le plaisir l'engourdit. Voilà, comment elles apprennent l'orgasme masculin : par la cuisine.
Messieurs, nous ne disposons que d'une seule alternative : il nous faut dans l'immédiateté de ce billet, nous mettre à la cuisine afin de préserver notre intégrité masculine.
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19.05.2008
Amour infantile ou comment savoir si l'on aime vraiment ?
Oui, ce dernier est infantile. Encore une fois non il ne s'agit pas d'inciter à l'amour des enfants, ni de dire que seul l'amour de l'enfant à sa mère est véritable. Du moins pas exactement. Toutefois, on ne peut que se laisser aller à croire que ce lien d'attachement entre l'enfant et la mère établit directement l'énergie amoureuse que l'individu investira dans ses relations ultérieures.
Rien de nouveau direz-vous. Absolument. D'ailleurs les théories psychanalytiques le développent et l'expliquent beaucoup plus précisément et avec beaucoup plus de force argumentative. Ce billet n'apporte ici qu'une preuve empirique, un fait qu'il vous amusera sûrement de constater – ou pas – autour de vous. En dehors des blocs de rigolade que cela suscitera chez vous, vous disposerez de la possibilité de conclure – ou pas – à la sincérité d'une inclination.
Ce fait donc, c'est l'infantilisation. On observe, en effet, que pendant les relations les relations les plus intenses, les partenaires régressent à un niveau de puérilité antérieur. En particulier les garçons, chez qui le phénomène se produit de la manière la plus notable ; à ce-propos si des observations ou des témoignages de ce phénomène chez des dames sont les bienvenus. Ainsi, si autour de vous un ami - une amie – à jouer de façon abusive, se mettant dans des positions que tout être humain sain d'esprit jugerait humiliante, à simuler les situations les plus banales de ce monde – comme par exemple le train qui roule, - ou encore à s'abaisser à des parties effrénées de guiliguilis ou autres comportements saugrenus du même genre, alors vous pouvez affirmer qu'il est amoureux.
Cette détérioration des rapports sociaux qui au final ne constitue que la quintessence de l'enjeu d'une relation constitue bien une infantilisation. Ainsi, l'enfant illustre les forces biologiques qui nous apportent satisfaction et l'infantilisation nous permet de nous rapprocher de nos objets de plaisir. Notons à ce propos combien surprend de voir que la vie d'adulte et le célibat nous éloigne de l'essentiel. Certains philosophes font l'éloge du célibat, de la symbolisation et donc du savoir. Or, de ce point de vue là, on peut dire que le savoir, pour utiliser un raccourci douteux, va à l'encontre de la nature humaine qui est de vivre au plus proche d'autrui. Une question inévitable se pose alors à nos consciences : comment concilier le savoir et notre nature humaine ? Devons-nous utiliser notre savoir contre notre nature humaine ou au contraire l'employer à mieux la satisfaire ?
Je vous exhorterais bien à l'idiotie mais ce serait trancher le débat un peu vite. On a rarement vu plus cossard que les hommes et cette solution représente la solution de facilité. Certains d'ailleurs, et peut-être ont-ils raison, sont déjà bien assez bêtes comme ça. En tout cas, même si le savoir nous éloigne de notre but principal, rien ne nous empêche de le mettre de côté pour atteindre, un temps du moins, ce but tant recherché. Ainsi le savoir consisterait à le mettre lui-même de côté pour parvenir à nos fins. Un sujet qui a déjà été traité, ici-même.
Sur ce, bonne nuit mes enfants.
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17.05.2008
Il faut que ça sorte Stéphanie !
La première chose qui frappe dans ce documentaire (d'autres diront film docu, tant le voyeurisme les excite), c'est le misérabilisme des individus. Le commissaire lui-même, dont, malgré les allures de bonhomie pastorale, l'incongruité de ses cheveux gominés nous interroge, paradoxalement, sur son appartenance à la jaquette, suinte la bassesse humaine et le désespoir. Roubaix, alors, s'apparente alors à une immense fondrière, une fange sordide où le marasme sanctifie la déchéance, où les turpitudes s'intronisent en haut des valeurs sociales, dernier faux-fuyant pour respirer un peu d'air frai avant de sombrer définitivement dans l'oubli.
Chaque rencontre se révèle une ignominie supplémentaire, les journalistes creusent toujours plus profond dans l'avilissement. Une odeur malsaine de souffre et de perversité vient piquer notre sensibilité tandis qu'on avance sur la corde raide. Les policiers se prêtent même au jeu. Ils abusent de leurs prérogatives, se montrent infatués d'eux-même en voulant se poser au-dessus de la bourbe. Au final, ces matamores de Roubaix deviennent les parangons de toute cette vilénie. A coups d'interrogatoires condescendants, ils arrachent des aveux à leurs suspects ; en particulier deux femmes au ban de l'Humanité dont le crime finalement leur apporte compassion, en tant que leurs propres victimes. Tandis que les policiers, qui tentent de se détacher par tous les moyens de l'ensemble finissent plus lâches que les condamnées qu'ils tancent gratuitement. « Il faut que ça sorte Stéphanie ! » Tu es une merde Stéphanie, alors balance tout. Malgré tout, les forces de l'ordre obtiennent les aveux nécessaires, la fonction publique accomplit son devoir, bénie soit-elle.
Mais comment pouvons-nous, spectateurs cossards et incrédules devant cette misère dégoulinante, ne pas éprouver une once d'empathie, à côté de toute la sympathie qu'on ne manquera pas de témoigner pour la victime ? Comment ne pas comprendre qu'Annie et Stéphanie ont tenté une roulette russe salvatrice, un quitte ou double avec la mort, que rejetées de la sorte, plus rien ne les détournait du meurtre facile. Malgré, l'abomination (du crime), rien ne nous ôte l'impression que les deux femmes à l'origine au bord du gouffre ont fait un grand pas en avant, droit dedans (pour paraphraser un célèbre dictateur africain). De plus, on éprouve devant de telles confidences, la sensation d'assister à une renaissance, comme un appel à l'aide, quelqu'un qui implorerait pardon et quémanderait qu'on le réintègre dans la société, pour qu'enfin il puisse vivre et jouir librement.
A l'origine du meurtre, il y a l'exclusion. Le corollaire de cette dernière, c'est le meurtre lui-même. L'appel à l'aide, c'est le meurtre aussi. Je crois qu'un crime compte plus de victimes qu'il ne laisse en dénombrer. Cessons d'attribuer un acte à un être, l'être ne se résume pas un acte. Un acte est condamnable, pas un être. En fin de compte, un meurtrier s'avère toujours une victime de son exaction. Alors on ne doit pas faire payer quelqu'un, on doit le préserver de son crime. Ainsi seulement, justice sera faite.
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15.05.2008
Le vieil homme et la mort
Gourd comme un rocher millénaire, il s'abrutit à compter et recompter son troupeau d'années moutonnantes, et lisse sa barbe grisonnante. Quelques jours encore et ses yeux s'enfonceront dans leurs orbites, et son visage s'enfouira à jamais sous les godets de sa peau flétrie. Et il les dénombre encore, ses bêtes au nombre pourtant incalculable, ses ogres de vie comme il les appelle. Et il en oublie sans cesse et il recommence, encore. Et le temps passe, lentement. Lentement...
Le loup viendra, tôt ou tard. Cette idée l'obnubile, le pétrifie. Il s'interroge. Une seule bouchée suffira-t-il à ce scélérat pour se repaître du troupeau de toute une vie ? Ou l'exécution s'éternisera-t-elle jusqu'à ce qu'il meurt complètement dépouillé ? « Qu'au moins je puisse me bander les yeux, » lâche-t-il péniblement et en soupirant. Le souffle de la mort lui glace le dos des oreilles, et tous ses os émoussés qui l'empêchent de bouger. Il partirait sinon. Loin, très loin, où les aiguilles des horloges tournent à toute vitesse. Alors qu'ici, le temps se traîne tellement qu'on le dirait infini. Les minutes s'égrainent comme les pas du bourreau sur l'échafaud. La mort lui rit au nez et il le sait. C'est pour ça qu'il tremble, dans ce calvaire d'une attente interminable, où le châtiment et à la fois supplice et délivrance. Cette religieuse funeste, à moins de la devancer, il lui faut l'affronter en face et lutter une dernière fois pour emporter avec lui le foyer de souvenirs qui brûle en son sein.
Soudain, à ses narines montent comme un parfum d'antan. La peur le fait délirer, « que de beaux moutons, » s'extasie-t-il pour la énième fois. Puis, sans même qu'il se doute pourquoi, il se confie à lui-même : « Le plus beau, c'est Paulette. » La voilà qui resurgit de nimbes obscures. La vie dans un dernier sursaut lui envoie son amour le plus cher. Sa femme aux cheveux d'ébène tout l'été, puis pendant l'hiver aux cheveux anthracites, comme les siens aujourd'hui. Les amants se rejoignent, enfin. Sans se toucher et contrits tous deux, ils se sourirent ; chacun tenu à l'écart par leur passion douloureuse qu'ils leur faut maintenir pour survivre ainsi que par le respect de la souffrance de l'autre. Presque jusqu'au bout, ils auront vieilli à deux, partageant les mêmes joies et les mêmes peines, le même bonheur et le même malheur. Malgré le temps qui a atténué sa passion, le vieil homme l'aime toujours autant, quelque part derrière son vieux cœur qui bat, indiscipliné, le pincement des premiers émois qui restent très présents dans sa mémoire, et aussi fébrile que lui, l'élance encore. En pensant à Paulette, il s'observe lui. A travers elle, l'homme qu'il a été, celui qu'il est devenu et celui qu'il finira. Il aimerait le rester toujours, autant que rester avec Paulette.
Son corps se met à cliqueter, ébaudi par l'arrivée de ses vieux compagnons. Les larmes lui coulent sur les joues. Il les distingue à peine mais pourtant il les reconnaît bien. « Fernand ! Lucien » et tous les autres ! Tous ses camarades de guerre, les morts y compris, le saluent. Ceux qu'on a enterré juste après l'hécatombe, ceux-là sont les plus chaleureux. Avec eux, le vieil homme a partagé tant d'espoir malgré les bombes qui pleuvaient dru, tant de projets fous ils ont ourdi dans ces maudites tranchées que jamais ces amis là ne purent réaliser. Lui leur a donné de la consistance, avec une telle religiosité qu'il ne les a jamais vraiment quitté. Tous ces espoirs, toutes ces ivresses, en mourant ses camarades les lui ont laissé. C'est comme si malgré tout, ils s'étaient jusque là maintenu en vie. Et lui, de cette façon, leur a offert l'amour que le bonheur qu'eux lui ont offert lui a conféré. Jusqu'à maintenant il les aura honorer, mais maintenant ?
Il parle à ses fils maintenant, ainsi qu'à ses petits-enfants. Les premiers ne ressemblent plus du tout aux nourrissons criards qu'ils étaient au début. Aujourd'hui, ceux sont deux hommes d'âge mur qui comme lui, commencent à se grimer. Le vieil homme n'en revient toujours pas, de se trouver à l'origine d'un tel prodige, de cette chose si ahurissante que représente donner la vie. Que lui, si modeste soit-il, ait pu engendrer d'autres êtres humains. Ils symbolisent un peu l'œuvre de sa vie, sa fierté. La seule chose qui dépasse et de loin, sa petite personne débonnaire mais sans prétention. Et puis il y a ses petits-enfants. Les marmots cabriolent déjà dans tous les sens et ses pauvres jambes peinent à les suivre dans leurs escapades effrénées. Et il les aime tant qu'il se demande souvent pourquoi. Il ne les a même pas fait ceux-là ! Peut-être simplement les aime-t-il parce qu'ils rendent ses propres enfants heureux. Ou alors parce qu'ils lui donnent confiance, qu'ils rassurent, que même quand il sera parti la vie continuera, sans lui. C'est banal à dire, mais il se l'avoue pourtant : ils lui inspirent un sentiment d'immortalité. Et ça l'apaise délicieusement.
Puisqu'il évoque sa famille, forcement viennent ses parents. Comment pourrait-il oublier ses propres parents bien que disparus si longtemps auparavant ? Ses parents nourrissent depuis toujours l'essence même de sa vie, ils alimentent le moteur qui dès le début l'a poussé à mettre un pied devant l'autre. Et toute sa vie leur énergie l'a soutenu, lui a donné la rage d'exister, la volonté de terrasser ses peurs et d'aller au-delà de la fatalité, arracher au ciel un peu de bonheur. Il se rappelle leur union, leur idylle parfaite et cet amour immense, emprunt d'une absolue abnégation, qu'ils lui ont transmis. Comme ils lui manquent ses parents, ils se sont éteints depuis si longtemps que c'est à peine s'il s'en était rendu compte.
Voilà tout ce qui se joue et se rejoue en lui depuis toujours mais plus encore maintenant, à l'heure imminente de sa mort. Qu'on puisse lui prendre tout ça l'afflige profondément. Il se le remémore, encore et encore, pour se rassurer, comme si tout vacillait et qu'au final la réalité des choses se voyait remise en question. Il se sent si impuissant qu'il préfère ne plus bouger. Il écoute ses bêtes bêler autour de lui, on dirait qu'elles chantent pour lui, comme pour lui dire adieu. Il pleure doucement et sourit. En fin de compte, la mort l'inquiète peu. Il espère même qu'elle viendra vite. Ce qui le plonge dans l'effroi c'est la peur que le temps reprenne ce qu'il lui a donné, tous ses souvenirs qu'il garde précieusement au fond de son cœur. Tout ce qu'il redoute, c'est que ses souvenirs disparaissent alors plutôt que de les perdre, il préfère mourir, maintenant.
Que la mort se dépêche de venir, il n'a plus peur.
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13.05.2008
La libération du jouisseur maudit
Ma seule issue, c'est l'extase. Mon seul salut le plaisir. Je brûle de désir, mon fuel à moi, ma méthadone, ma mescaline. Je les ingurgite inlassablement avec une soif inextinguible et l'extase je le dévore avec une faim insatiable. Jusqu'à l'écœurement, je me gave d'érotisme. Je m'étrangle dans l'assiette de vénus, je m'étripe les extrémités dans une douleur aiguë et exquise à l'ombre des charmes des marquises, je me prélasse dans les lits des putains, je vais jusqu'à dessaler et dévoyer vos mères – honteuses quand je leur souffle dans le bas des reins, - je jubile de mes carambouillages, de ces extases éphémères, de pouvoir dérober à toutes ces immondices si intense lumière qui malheureusement ne m'irradie que bien trop précipitamment.
Je cherche dans cette débauche absolue ma libération. Cette lubricité invétérée dans son élixir contient son suc autant que son poison, les baisers me brûlent les lèvres, les embrassades de tous ces corps fous et intempérants me mutilent toujours un peu plus et les étreintes m'arrachent chaque fois un souffle de vie. Je mœurs à petit feu, doucement gargarisé par les délices des chairs et violemment ébouillanté par l'épanchement de ma passion. Je prie secrètement pour que la maladie m'emporte : syphilis, hépatites, sida ! Démones de mes nuits, diablesses en rut, emmenez moi avec vous dans le vide intersidéral.
Je mourrai alors en paix, heureux. Sur mon corps on verra les stigmates du jouisseur, maudit. Seulement alors j'aurais eu tout ce qu'un homme peut désirer : s'épuiser mortellement à éprouver toute l'intensité des limites de son corps, de sa chair, de son être et de son âme. Je ne pourrai partir heureux que dans la plénitude de mon plaisir.
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11.05.2008
Nuits essoufflées
Mon coeur galope dans les méandres océaniques
Dans les collines-mères des ténèbres bleutées
Immaculées de traînées zinzolines et épileptiques
D'ivresse nocturne sous l'oeil lunaire sanglant
On babille comme dans la chaleur utérine de notre moelle
L'épiderme bouillonnant des fantasmes d'antan
Désir immanent et indicible de ton corps qui m'appelle
Prégnante gravité terrestre et charnelle
Poignante étreinte d'êtres qui s'emmêlent
Frissons et stupeurs d'ombres dans la plaine
Aux visages de connaissances anciennes
Facondes séditieuses des langues délitées
Je serre la main de mes frères retrouvés
Dans ce cosmos sans nom
Dans cette chute étourdissante et sans fond
Nos fantasmes à nos pieds et ceints d'extase
L'ancienne vie enfouie sous les poussières stellaires
Renaissance au milieu des zéphyrs
Les armes déposées pour le repos des plaies essoufflées
Adieu douleurs de jadis et idées noires
Adieu vieilles querelles
Bonjour amis de mon âme et fils spirituels
Que dure la danse des sublimes bayadères
Et salut, toi l'éternel absent à jamais disparu
Nous suivons les traces des zébus
En quêtes des palais diaprés et secrets
Où nous nous tairons pour nous entendre parler
Quelle épuisante chasse aux trésors
Pour ces murs qui exhalent des notes liées
Pour toutes nos joies miraculées
Qui nous viennent à travers un grand trou noir
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