02.10.2008
Ah Aaron...
I still feel like a child
I still need you by my side
Deux compères, deux phrases pour deux minutes d'émotion pure, de névrosisme fiévreux, d'infantilisation intense, d'abandon à la cruauté du Monde, de violente espérance et de profond désespoir, de folie douce, d'ivresse fantasmatique et d'insoutenable mélancolie.
Aaron comment conseiller ce groupe mieux qu'en dévoilant mon adoration pour leurs ballades oniriques envoutant jusqu'à l'inconscient qui, sorti de sa tanière, vous entoure de ses bras et vous emmène langoureusement dans les méandres tortueux de votre âme, aux détours desquels désirs et peurs s'enlacent comme des plantes grimpantes ; jamais la mélancolie ne sera aussi ennivrante qu'elle l'est à l'écoute d'Artificial animals riding on neverland.
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05.09.2008
L'ère des prototypes
(suivi de l'avènement du freak puis du règne des freaks)
Dans le monde d'hier, le corps oligarchiques établissait règle sur règle. Des dirigeants qui dictaient les conduites, on ne connaissait pas les noms et certains leur attribuaient même une essence surnaturelle. Des sortes d'entités, des entités complexes que constitueraient plusieurs ensembles eux-mêmes reliés à plusieurs sous-ensembles et ainsi de suite. Pas d'identité précise, juste des mouvances ou de simples tendances que l'entendement ne permet pas de saisir.
Étrangement ou pas, les règles instituées par ces oligarques – que personne n'osait contester – s'orientaient toutes vers la sanctification d'une espèce de sur-homme : d'un prototype. Le modèle parfait de l'être humain, l'être humain idéal et quiconque s'en écarter devenait d'office un hors-la-loi. Au début, les lois du prototype fonctionnaient remarquablement bien. Temps que les élus des lois, les prototypes, se faisaient élire et que les exclus ne représentaient qu'une infime partie de la population, la majeure partie des citoyens trouvait son compte dans ces lois qui les élisaient comme prototypes et leur indiquait qui mettre à l'index. Haro sur les différences, celui qui ne suivait pas ces lois insultait ceux que la loi nommait. Tous semblèrent un jour se ressembler, l'ère des prototypes était née. Quelle direction cette communion prenait-elle ? Il en importait peu du moment qu'elle en prenait une et d'ailleurs cette direction dépendait à 99 % des phénomènes aléatoires. Lorsqu'un épiphénomène d'une amplitude plus grande que la moyenne apparu, la direction fut prise et tous l'empruntèrent.
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23.05.2008
Peach vous dit Wii !
A la limite, on pardonnerait nintendo d'attiser nos pulsions sexuelles inconscientes tant que l'incitation reste sourde. Qu'on nous manipule à notre insu en actionnant les ressorts de notre vie psychique, peu importe. Que nintendo confie des phallus à nos chers bambins, réjouissons-nous. L'éveil précoce d'une sexualité objectale, directement en lien avec la sacro-sainte télévision, évitera à toutes les mères les viols oniriques dont raffolent les enfants en pleine œdipe ; et le conflit n'entachera pas les relations familiales. Si toutefois vous surprenez votre progéniture à califourchon sur votre téléviseur, même s'il vous explique qu'il cherche simplement à mieux se positionner par rapport au capteur, sévissez !
Ce qui m'offusque au plus haut point, c'est quand l'évocation devient explicite. Ainsi, les héroïnes nintendo se présentent à vous après un relooking intégral. Toutes, à l'instar de Peach – l'égérie nintendo – ont délaissé les tenues bouffantes. Au panier, les robes à crinoline. Enterrée, la chasteté pré-pubère de ces vestales enfantines. Dans Mario et Sonic aux jeux olympique, Peach s'engonce dans un tout petit shorty très moulant, assorti au débardeur qui convient (le mieux aux rotondités de la princesse – ndlr). Évidement, ce n'est pas encore le shorty-string (mais nintendo nous promet que son héroïne montrera bien ses fesses sur l'héritière de la Wii, sobrement appelée OhWii) et on peut arguer que la robe à crinoline se prête peu au ping-pong ou au trampoline. Recevoir ce prétexte s'envisagerait, si et seulement si la greluche ne s'estomaquait pas constamment par des petits cris plus que suggestifs. Même si nintendo prétend que Peach ne fait qu'énoncer le nom de la console, ne soyons pas naïf. D'autant plus que dans Mario Kart, la même damoiselle réalise écarte les cuisses dans des acrobaties dignes du kama-sutra. Nous venons là de mettre la main sur une incitation dure et longue au coït qu'on pourrait presque juger vulgaire.
Il y a un âge pour la masturbation et un âge pour le rapport physique. Pour préserver nos enfants et éviter qu'ils ramènent plus tard des amis bonobos à la maison, envoyons à nintendo la pétition suivante :
A nintendo,
Nous trouvons inadmissible que Peach trimarde ainsi dans vos jeux. Nous voulons : 1) qu'elle se rhabille, 2) que Mario s'occupe de son cas parce qu'elle a l'air profondément échaudée et que nous craignons qu'elle récidive 3) que tout soit filmé pour que nous soussignés, adultes consentants, soyons en mesure de juger du danger que courraient nos enfants.
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17.05.2008
Il faut que ça sorte Stéphanie !
La première chose qui frappe dans ce documentaire (d'autres diront film docu, tant le voyeurisme les excite), c'est le misérabilisme des individus. Le commissaire lui-même, dont, malgré les allures de bonhomie pastorale, l'incongruité de ses cheveux gominés nous interroge, paradoxalement, sur son appartenance à la jaquette, suinte la bassesse humaine et le désespoir. Roubaix, alors, s'apparente alors à une immense fondrière, une fange sordide où le marasme sanctifie la déchéance, où les turpitudes s'intronisent en haut des valeurs sociales, dernier faux-fuyant pour respirer un peu d'air frai avant de sombrer définitivement dans l'oubli.
Chaque rencontre se révèle une ignominie supplémentaire, les journalistes creusent toujours plus profond dans l'avilissement. Une odeur malsaine de souffre et de perversité vient piquer notre sensibilité tandis qu'on avance sur la corde raide. Les policiers se prêtent même au jeu. Ils abusent de leurs prérogatives, se montrent infatués d'eux-même en voulant se poser au-dessus de la bourbe. Au final, ces matamores de Roubaix deviennent les parangons de toute cette vilénie. A coups d'interrogatoires condescendants, ils arrachent des aveux à leurs suspects ; en particulier deux femmes au ban de l'Humanité dont le crime finalement leur apporte compassion, en tant que leurs propres victimes. Tandis que les policiers, qui tentent de se détacher par tous les moyens de l'ensemble finissent plus lâches que les condamnées qu'ils tancent gratuitement. « Il faut que ça sorte Stéphanie ! » Tu es une merde Stéphanie, alors balance tout. Malgré tout, les forces de l'ordre obtiennent les aveux nécessaires, la fonction publique accomplit son devoir, bénie soit-elle.
Mais comment pouvons-nous, spectateurs cossards et incrédules devant cette misère dégoulinante, ne pas éprouver une once d'empathie, à côté de toute la sympathie qu'on ne manquera pas de témoigner pour la victime ? Comment ne pas comprendre qu'Annie et Stéphanie ont tenté une roulette russe salvatrice, un quitte ou double avec la mort, que rejetées de la sorte, plus rien ne les détournait du meurtre facile. Malgré, l'abomination (du crime), rien ne nous ôte l'impression que les deux femmes à l'origine au bord du gouffre ont fait un grand pas en avant, droit dedans (pour paraphraser un célèbre dictateur africain). De plus, on éprouve devant de telles confidences, la sensation d'assister à une renaissance, comme un appel à l'aide, quelqu'un qui implorerait pardon et quémanderait qu'on le réintègre dans la société, pour qu'enfin il puisse vivre et jouir librement.
A l'origine du meurtre, il y a l'exclusion. Le corollaire de cette dernière, c'est le meurtre lui-même. L'appel à l'aide, c'est le meurtre aussi. Je crois qu'un crime compte plus de victimes qu'il ne laisse en dénombrer. Cessons d'attribuer un acte à un être, l'être ne se résume pas un acte. Un acte est condamnable, pas un être. En fin de compte, un meurtrier s'avère toujours une victime de son exaction. Alors on ne doit pas faire payer quelqu'un, on doit le préserver de son crime. Ainsi seulement, justice sera faite.
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09.05.2008
Vérité sur la lune
La richesse du film se concentre dans le message philosophique qu'il transmet. Andy Kaufman (le personnage joué par Jim Carrey) se fait, malgré lui peut-être, sage aux enseignements capitaux. Le comique, bravache et fantasque, établit que, pour sa réussite, un spectacle doit devancer son public ; l'authenticité de la représentation importe peu tant que le public y croit. Pendant près de deux heures, on verra donc Andy Kaufman se gausser de ses spectateurs dont il prend un plaisir certain à les tromper délibérément. Par exemple, on assistera à la mise en scène de sa propre déconvenue face au roi du catch ! Voici un énorme pan du film de tombé.
Or, on obtient ainsi un solide prétexte pour extirper des linéaments de cette affaire un précepte philosophique fondamental ; certains diront d'une simplicité déroutante, certes, ils nous donneront l'occasion de forger un nouvel adage clairement inspiré des doctrines stoïciennes : n'est précieux que ce qui a peu de valeur. Autrement dit, en philosophie, l'évidence semble bien plus enrichissante que les théories absconses. Le précepte perturbateur le voilà : la vérité importe peu, du moment qu'on a la crédulité (dans un sens non-péjoratif). Ceci résume le point de vue de Kaufman qui finalement, finira par se prendre à son propre jeu.
Du moment qu'on croit, qu'on y croit, le reste perd de sa valeur. La vie recèle d'exemples qui découlent de ce simple – il est vrai – fait. Par exemple, les miraculés qui guérissent subitement de maladies réputées incurables. Sans parler de la foule des dérangés mentaux qui eux appliquent ce principe sans conditions. Comment croire que leurs croyances ne supplantent pas la réalité ? Plus grave cette fois, le peuple qui élit un dirigeant sans plus se soucier de la plausibilité de ses projets, simplement parce qu'il lui plaît, au peuple, de croire en ses propositions. Plus important encore, la croyance qui nous préserve d'une insupportable réalité, qui nous pousse afin de nous défendre à nous surestimer, à nous favoriser dans toutes sortes de situations. Tant d'autres exemples encore mériteraient d'être cités ici.
Ce pourquoi il est important de tenir compte de l'enseignement d'Andy Kaufman qui veut que la croyance prévale sur la vérité gagne de l'ampleur quand on pense aux exigences viscérales et incorrigibles de nos sociétés modernes qui prônent le tout scientifique, le tout réel, le tout exact... la vérité sur la croyance. Savoir que notre vie ne possède aucun sens en dehors de la reproduction se révèle bien plus angoissant que croire qu'un alter-ego nous attend sagement quelque part. Plus particulièrement, et en extrapolant légèrement, dans une conversation on oublie trop souvent que l'intérêt ne réside pas dans la pertinence des propos qui y sont tenus, mais dans la volonté de partage qui normalement habite les participants. Cette volonté, elle ne ressort que lorsque chacun s'avise de jouer son propre rôle, d'être soi-même, c'est-à-dire de croire en soi. La dimension de la crédulité remplace ici complètement l'idée de vérité qui n'y a absolument aucune emprise. Seule compte : « la vérité de chacun » (philosophes étripaient moi si vous voulez), l'authenticité et le désir de rencontre.
Parce que Man on the moon au final nous interroge sur nous-même : que cherchons-nous vraiment : la vérité ou notre essence personnelle à savoir la croyance en nous-même ? Sommes-nous certains que la vérité puisse nous rapprocher de celui qui nous constitue ? Ce film, pour ces raisons, réclame que l'on s'attarde dessus.
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05.05.2008
Prénom Carmen
Où réside l'intérêt de tant d'artifices ? Pour le côté poétique ainsi que l'art figuratif, ils permettent d'appeler des émotions que l'énonciation simple du récit ne suffirait sûrement pas à susciter. C'est d'ailleurs là, le ressort de la poésie. Celle-ci usant d'images particulières et très précises d'un contexte pour les intégrer à un autre ensemble où, associées à d'autres, elles transmettront au lecteur (1) un affect artificiel, crée par le poète, plus ou moins proche de la réalité, mais qui s'avérera plus efficace qu'une simple description. Dans Prénom Carmen, l'utilisation de cette technique se dévoile particulièrement dans les séquences de ressac qui entrecoupe l'histoire à proprement parler.
En ce qui concerne la mise en abîme citée ci-dessus, elle confère au scénario toute sa couleur particulière. Grâce à ce procédé, on s'imprègne de l'état d'esprit des personnages qui y déteint le plus clairement possible, à travers d'une part leur ambition et d'autre part, une dimension plus importante encore, la force de leur passion qui y est amplifiée au mieux.
Que dire de plus ? Pas l'ombre d'une critique. Un seul regret tout de fois après avoir vu un tel chef-d'oeuvre, comme pour toutes les pièces de génie, le fait que de telles réussites soient si peu nombreuses, ou du moins si méconnues.
A voir de toute urgence pour tous ceux qui recherche en l'Art, leur émancipation personnelle ; ou pas.
(1) remarquez que nous ne disposons pas de vocable qui soit vraiment antinomique de l'artiste
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03.05.2008
Phèdre aux Amandiers
Sénèque ressuscité sur les planches de Nanterre noie les spectateurs dans la déferlante des passions qui secouent ses personnages. Phèdre, tout d'abord, épicentre de la tragédie, par refus de la chasteté monacale que lui impose son mari parti s'éclater dans Les Enfers, en hypersexuelle qui s'assume jette son dévolu sur son beau beau-fils, lequel constitue le dernier phallus et seul approprié à la préserver de la sénescence qui la menace. Seulement Hippolyte, l'adonis en question, se refuse à tout débordement trop physique et préfère s'extasier devant la rigidité verticale de membres plus arboricoles ; autrement dit, l'impuissant se gargarise dans la forêt comme si un désir coupable et indicible le détournait de toute tentation trop réelle... Enfin, le père du damoiseau et accessoirement mari de Phèdre, réapparaît soudainement de la géhenne où on le croyait définitivement inaccessible à toute satisfaction corporelle. De surcroît, le globe-trotter rentre à demeure sévèrement émoustillé par l'orifice de Satan. Il réclame son dû : disposer de l'objet de son contrat matrimonial dans l'immédiateté qui convient à son statut pour répondre au plus vite à son désir importun. Mais la péronnelle s'est mis en tête le bel Hippolyte parti en quête de feuilles forestières pour s'essuyer les coussins postérieurs. De là, affleure à profusion le complexe d'oedipe ainsi que le mythe de la horde. Phèdre qui livre délibérément le fils à l'ire du père donne place à une parfaite illustration des concepts freudiens : le père punit le fils pour son audace lubrique, établissant une nouvelle fois la loi de l'exogamie dans le but certain d'extraire sa progéniture de son fichu complexe. Mais, le paternel malhabile juge à tort qu'une insignifiante colère des Dieux suffira à châtier l'enfant fautif. Malheureusement pour lui, ils ne lésinent pas sur les moyens, envoyant à la poursuite de sa descendance un monstre merveilleux qui finira finalement par lui bouffer l'éternité, Hippolyte au déjeuner.
Le capharnaüm de la mise en scène souligne la violence des passions. Une narratrice externe à l'histoire, achève de les déposséder de leur destin : les personnages sont attirés dans l'oeil d'un cyclone dévastateur qui les dépossède de tout. Cette tornade, c'est leur nature humaine, peu fiable et défectueuse. Pour l'épanchement des passions, Sénèque est roi. Son texte insiste lourdement sur les états d'âme des protagonistes. Voici une bonne première marche pour découvrir et apprécier la tragédie. Pour les autres, une réactualisation de leurs critères et la jouissance assurée ; mais : licite ou illicite ? Avec le parent de sexe opposé ou pas ? Qui sait...
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01.05.2008
Ferment(s) du navet
Le principe d'authenticité implique l'oecuménisme de l'Art. Si toutefois, on dénote à ce dernier une dimension universelle, des facteurs propres à l'individu l'empêchent parfois d'être perçu tel. Par ailleurs, un tel concept confère à la théorie autant qu'au pragmatisme, l'avantage d'exclure de l'Art les productions satellites qui se prétendent l'objet de leur gravitation (l'Art quoi). Ainsi, on comprend certains décérébrés à la sagacité apathique qui prônent comme valeur suprême seule digne de leur mièvre contemplation : la star académie, par exemple. Autant que ceci explique leur déraisonnable délaissement de l'Art, le vrai.
Le film d'un certain Claude Lelouch, que je nomme ici en espérant que l'animal soit fouaillé en place publique, servira à étayer cette argumentation. Il y a des jours... et des lunes et un navet. A voir ce film, on s'interroge si le savoir-faire du type étrange (susnommé dans ce même paragraphe), ne se résume pas à la manière de trouver des titres accrocheurs. On peut même se demander si ce farceur de Claude n'est pas docteur es techniques de l'engagement, mais c'est un autre débat. Si le titre captive, le résumé déjà fait quelque peu déchanter :
De l'influence de la lune sur quelques personnages pour ce trente et unième film, tourné en trente et un jours pour les trente ans des Films 13. "Une histoire d'amour entre le quotidien et l'irrationnel". Il y a des jours... et des lunes commence avec la séance c'est-a-dire un court métrage de treize minutes intitulé Un coup de foudre normand, suivi d'une minute de publicité et du film lui-même. (1)
On pense évidement de suite à Short Cuts, l'excellentissime et inégalable véritable chef-d'oeuvre de Robert Altman. Le hasard conduit plusieurs destins à se croiser. L'impair du film réside dans l'impression qui tarabuste du début à la fin que le scénario transcende littéralement le film : les personnages et les événements se défilent devant l'histoire impétueuse qui les traîne autant qu'elle les maintient derrière elle. Il est à ce propos, fort curieux de voir que les personnages partagent tous et exactement à l'identique, le même point de vue sur la Lune, ce qui, au passage, déborde de pathétisme tant l'imposture poétique dépasse les bornes. En effet, en dehors du scénario, le reste apparaît comme superflu. On retrouve bien ici le concept d'authenticité, l'art pour l'art, l'histoire pour l'histoire. Ici, le processus de création, la technique utilisée évince tout sens artistique.
Ce raisonnement soulève deux importantes questions : qu'est-ce qui se joue derrière cette « authenticité » et peut-on démontrer sa présence ou son absence ?
Dans le film de Lelouch, on constate tout d'abord un empilement de clichés qui n'enrichissent en rien les ressorts de la pseudo-dramaturgie. Si leur utilisation dérive peut-être d'une volonté de codifier au maximum les personnages pour en extraite l'essence la plus pure, on a plutôt là la sensation d'observer une fresque grossière, en somme assez peu cohérente. La déduction inhérente à cette constatation implique que l'authenticité découle, au moins en partie, d'un facteur qu'on dénommera cohérence ou congruence interne de l'oeuvre. Ainsi, on peut appliquer à l'oeuvre d'Art des critères de jugement qui se rapproche de ceux utilisés pour les doctrines philosophiques. La logique y est fortement mise à profit.
Se faisant, la seconde partie de notre problématique ne s'en trouve pas plus résolue : peut-on démontrer clairement cette cohérence interne ? A-fortiori, dans le cas de Il y a des jours... il y a des lunes ? Cette question restera pour l'instant en suspend, d'autant que si la congruence interne se présente sous une forme continue, il sera nécessaire de la quantifier. Toutefois, pour conclure sur le film de Lelouch, une des hypothèses à poser de ce raté, s'articule de la sorte : plus qu'il ne peint une réalité, il l'explique de manière explicite et donne à voir clairement que chaque personnage fait ceci ou cela parce que ceci ou cela. Le film se dévide donc selon la structure cause-conséquence ainsi qu'un ouvrage scientifique. De ce dernière point, relevons donc que pour être appropriée, la cohérence ou la congruence d'une oeuvre non seulement interne doit s'établir en rapport avec une tranche éprouvée de la réalité.
Mais, encore une fois, comment le démontrer ???
(1) source : allociné
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07.04.2008
Last days ou les derniers jours de Kurt Cobain
Last days s'inspire directement de la vie du leader de Nirvana. Pourquoi appeler Kurt Cobain Blake quand le Blake en question se drogue, chante du grunge, vagabonde et se suicide à la carabine ? Gageons que les droits d'auteur ont forcé la main du réalisateur. Mis à part cette entourloupe, Gus Van Sant ne bonimente pas sur son produit. Ce film on le dirait de sa vie tant son style y prend l'ampleur saisissante qu'il n'atteint pas dans Elephant. La caméra qui cherche à saisir l'anormalité de l'inertie à Columbine fait tourner de l'oeil mais lorsqu'elle suit ce fameux Blake dans ses errances, elle colle tant à la peau du personnage qu'elle en devient fascinante.
Le style de ce vieux Gus prend alors toute son ampleur. Il s'institue traqueur en contre-champs, guetteur dans l'inaction de l'inanité latente, seul moyen de filmer Blake périclitant. Là se trouve le génie du maître : tout l'art d'attraper l'insaisissable. En effet, car Michael Pitt se retrouve hors du temps, dans l'intemporalité dépourvu de toute véhémence, enferrée dans une incartade funeste loin de la réalité.
On voit alors de sa désociabilisation à sa désorientation, son égarement existentiel et le dénuement de sens qui l'accompagne. Il porte des lunettes bling-bling, marmotte à peine, joue seul comme un fou comme hors du temps, hors du monde. A un seul moment la douleur éclate et l'âpre humanité, sourde jusqu'à maintenant, se fait entendre : édifiante par sa virulence. Elle se montre dans sa superbe lors du chant, quand Michael Pitt exulte « Death to birth » de son groupe Pagoda – qui s'inspire parfaitement et en ligne directe de Nirvana.
L'incroyable réussite de Gus Van Sant tient dans le fait d'attraper plus que de simples pérégrinations solitaires. Plus qu'un voyage absurde et désordonné, c'est l'état d'esprit, le ressenti et l'incompréhension de Kurt Cobain qu'il nous délivre ici.
Car voilà, Kurt Cobain se définit ainsi, comme une exclusion péremptoire et sans appel. Pour le leader de Nirvana les choses n'allaient pas de soi et lui semblaient plus improbables les unes que les autres. La vie ne faisait pas sens. Ces conditions signifient pour son porteur la condamnation à l'exil, l'inaccessibilité de l'érotico-jubilation et par conséquent : l'incapacité d'être au Monde.
Kurt Cobain se pose comme l'archétype de celui chez qui tout déraille, se désordonne et part tout azimut dans un chaos absolu. Sa rage en fait quelqu'un de touchant. Sa volonté de s'aménager un espace pour éprouver enfin on l'écoute dans ses chansons. Mais malgré toute la force qu'il leur insuffle quelque chose continue de bloquer, de coincer.
Rétrospectivement on pourrait le penser inapte à vivre, perdu dès la naissance (à moins peut-être que l'analyse scrupuleuse de son psychisme nous confie la clé de sa débandade). En tout cas, après plusieurs décennies à lutter, il semble que le dégoût et la solitude le submergent jusqu'à une insupportable suffocation qui achèvera de le faire entrer dans la légende.
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03.04.2008
Édouard Levé (première pierre suicidée)
Son livre posthume se lit d'ailleurs comme un acte de naissance. L'auteur nous livre un témoignage d'outre-tombe dont seul sa position fonde la valeur. Le sujet du livre vise à nous faire prendre conscience qu'il ne peut être appréhendé autrement qu'en regard de la violence de sa genèse : le suicide. Effectivement, à l'ouverture de Suicide, on pense très fort qu'Édouard Levé est mort. On s'apprête à vivre une expérience littéraire unique, peut-être même faudrait-il penser que la mort voulue était une condition sine qua non à sa parution.
Car ce que monsieur Levé cherche à nous prouver ne concerne pas la justification de son acte. Il occulte de manière délibéré le pourquoi de la chose. Et si toutefois à travers son regard dont l'acuité se montre parfois si pénétrante qu'on pourrait derrière celui-ci présumer les raisons du suicide (syndrome du philanthrope désillusionné), le propos du livre ne nous donne en effet à voir que la déconcertante banalité de sa vie.
Dans ce périple, on adopte le point de vue d'un ami du suicidé dont le costume de la fiction ne suffit pas à masquer la véritable personnalité. Cet ami omniscient nous fait part de pléthore de détails qui vont jusqu'aux pensées du défunt. Par cet exercice de narration, Édouard Levé nous fait comprendre toutes les intrications de son geste. Ceci, il le démontre doublement à travers cet ami imaginaire dont la vie se trouve bouleversé après cette mort volontaire qui devient le reflet de notre pensée de lecteur.
Le suicide prend alors vie. Nous voilà dans la tête d'Édouard Levé – et de tous les suicidés sûrement - qui en fin de compte et peut-être de façon impromptue nous permet de réaliser ce qui lui a permis de passer à l'acte : croire que son geste lui fournirait une nouvelle identité qui lui conviendrait mieux que celle dont il disposait de son vivant. On pose le doigt ici sur un des mécanismes du suicide, celui sans lequel la violence contre soi-même serait impossible et grâce auquel même quand la mort est souhaitée elle s'avère ne pas l'être consciemment. Suicide affirme l'impossibilité pour l'être humain de penser la mort. Le livre met en évidence que derrière l'un des actes les plus violents se cache paradoxalement le désir cuisant de la reconnaissance d'autrui.
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