09.05.2008

Vérité sur la lune

Dans Man on the moon, Jim Carrey incarne un comique américain aux conceptions de son métier peu ordinaires. Le film dispose de qualités cinématographiques tout à fait correctes, lesquelles ne méritent pas de dissertation plus approfondie. Après se développement succinct mais amplement suffisant de l'aspect technique, il convient de céder la place au message de Man on the moon.

La richesse du film se concentre dans le message philosophique qu'il transmet. Andy Kaufman (le personnage joué par Jim Carrey) se fait, malgré lui peut-être, sage aux enseignements capitaux. Le comique, bravache et fantasque, établit que, pour sa réussite, un spectacle doit devancer son public ; l'authenticité de la représentation importe peu tant que le public y croit. Pendant près de deux heures, on verra donc Andy Kaufman se gausser de ses spectateurs dont il prend un plaisir certain à les tromper délibérément. Par exemple, on assistera à la mise en scène de sa propre déconvenue face au roi du catch ! Voici un énorme pan du film de tombé.

Or, on obtient ainsi un solide prétexte pour extirper des linéaments de cette affaire un précepte philosophique fondamental ; certains diront d'une simplicité déroutante, certes, ils nous donneront l'occasion de forger un nouvel adage clairement inspiré des doctrines stoïciennes : n'est précieux que ce qui a peu de valeur. Autrement dit, en philosophie, l'évidence semble bien plus enrichissante que les théories absconses. Le précepte perturbateur le voilà : la vérité importe peu, du moment qu'on a la crédulité (dans un sens non-péjoratif). Ceci résume le point de vue de Kaufman qui finalement, finira par se prendre à son propre jeu.

Du moment qu'on croit, qu'on y croit, le reste perd de sa valeur. La vie recèle d'exemples qui découlent de ce simple – il est vrai – fait. Par exemple, les miraculés qui guérissent subitement de maladies réputées incurables. Sans parler de la foule des dérangés mentaux qui eux appliquent ce principe sans conditions. Comment croire que leurs croyances ne supplantent pas la réalité ? Plus grave cette fois, le peuple qui élit un dirigeant sans plus se soucier de la plausibilité de ses projets, simplement parce qu'il lui plaît, au peuple, de croire en ses propositions. Plus important encore, la croyance qui nous préserve d'une insupportable réalité, qui nous pousse afin de nous défendre à nous surestimer, à nous favoriser dans toutes sortes de situations. Tant d'autres exemples encore mériteraient d'être cités ici.

Ce pourquoi il est important de tenir compte de l'enseignement d'Andy Kaufman qui veut que la croyance prévale sur la vérité gagne de l'ampleur quand on pense aux exigences viscérales et incorrigibles de nos sociétés modernes qui prônent le tout scientifique, le tout réel, le tout exact... la vérité sur la croyance. Savoir que notre vie ne possède aucun sens en dehors de la reproduction se révèle bien plus angoissant que croire qu'un alter-ego nous attend sagement quelque part. Plus particulièrement, et en extrapolant légèrement, dans une conversation on oublie trop souvent que l'intérêt ne réside pas dans la pertinence des propos qui y sont tenus, mais dans la volonté de partage qui normalement habite les participants. Cette volonté, elle ne ressort que lorsque chacun s'avise de jouer son propre rôle, d'être soi-même, c'est-à-dire de croire en soi. La dimension de la crédulité remplace ici complètement l'idée de vérité qui n'y a absolument aucune emprise. Seule compte : « la vérité de chacun » (philosophes étripaient moi si vous voulez), l'authenticité et le désir de rencontre.

Parce que Man on the moon au final nous interroge sur nous-même : que cherchons-nous vraiment : la vérité ou notre essence personnelle à savoir la croyance en nous-même ? Sommes-nous certains que la vérité puisse nous rapprocher de celui qui nous constitue ? Ce film, pour ces raisons, réclame que l'on s'attarde dessus.

05.05.2008

Prénom Carmen

Un bref billet pour louer les qualités d'un chef-d'oeuvre : Prénom Carmen. Ce film de Jean-Luc Godard reprend la trame de Carmen, la tragédie. Le réalisateur y applique sa conception du cinéma : adapter des histoires réelles avec un langage propre. Le coup de maître ici donne l'impression que l'oeuvre déborde la réalité, d'offrir une réalité plus réelle que la réalité. En effet, le mode discursif employé emprunte à la poésie, à l'art figuratif (les plans de vagues, des musiciens jouant Beethoven) autant qu'à des techniques plus modernes (la mise en abîme du film que souhaitent tourner les personnages ainsi que leur histoire personnelle).1953407704.jpg

Où réside l'intérêt de tant d'artifices ? Pour le côté poétique ainsi que l'art figuratif, ils permettent d'appeler des émotions que l'énonciation simple du récit ne suffirait sûrement pas à susciter. C'est d'ailleurs là, le ressort de la poésie. Celle-ci usant d'images particulières et très précises d'un contexte pour les intégrer à un autre ensemble où, associées à d'autres, elles transmettront au lecteur (1) un affect artificiel, crée par le poète, plus ou moins proche de la réalité, mais qui s'avérera plus efficace qu'une simple description. Dans Prénom Carmen, l'utilisation de cette technique se dévoile particulièrement dans les séquences de ressac qui entrecoupe l'histoire à proprement parler.

En ce qui concerne la mise en abîme citée ci-dessus, elle confère au scénario toute sa couleur particulière. Grâce à ce procédé, on s'imprègne de l'état d'esprit des personnages qui y déteint le plus clairement possible, à travers d'une part leur ambition et d'autre part, une dimension plus importante encore, la force de leur passion qui y est amplifiée au mieux.

Que dire de plus ? Pas l'ombre d'une critique. Un seul regret tout de fois après avoir vu un tel chef-d'oeuvre, comme pour toutes les pièces de génie, le fait que de telles réussites soient si peu nombreuses, ou du moins si méconnues.

A voir de toute urgence pour tous ceux qui recherche en l'Art, leur émancipation personnelle ; ou pas.

 

(1) remarquez que nous ne disposons pas de vocable qui soit vraiment antinomique de l'artiste

01.05.2008

Ferment(s) du navet

L'éthique des chroniques benjamines établit comme règle informelle d'éviter toute agression frontale des prétendues oeuvres artistiques. Néanmoins, pour tenter de continuer le billet intitulé Et Dieu créa l'Art..., afin aussi de préciser la notion d'authenticité, voici une recherche des causes à l'origine du navet.

Le principe d'authenticité implique l'oecuménisme de l'Art. Si toutefois, on dénote à ce dernier une dimension universelle, des facteurs propres à l'individu l'empêchent parfois d'être perçu tel. Par ailleurs, un tel concept confère à la théorie autant qu'au pragmatisme, l'avantage d'exclure de l'Art les productions satellites qui se prétendent l'objet de leur gravitation (l'Art quoi). Ainsi, on comprend certains décérébrés à la sagacité apathique qui prônent comme valeur suprême seule digne de leur mièvre contemplation : la star académie, par exemple. Autant que ceci explique leur déraisonnable délaissement de l'Art, le vrai.

Le film d'un certain Claude Lelouch, que je nomme ici en espérant que l'animal soit fouaillé en place publique, servira à étayer cette argumentation. Il y a des jours... et des lunes et un navet. A voir ce film, on s'interroge si le savoir-faire du type étrange (susnommé dans ce même paragraphe), ne se résume pas à la manière de trouver des titres accrocheurs. On peut même se demander si ce farceur de Claude n'est pas docteur es techniques de l'engagement, mais c'est un autre débat. Si le titre captive, le résumé déjà fait quelque peu déchanter :

De l'influence de la lune sur quelques personnages pour ce trente et unième film, tourné en trente et un jours pour les trente ans des Films 13. "Une histoire d'amour entre le quotidien et l'irrationnel". Il y a des jours... et des lunes commence avec la séance c'est-a-dire un court métrage de treize minutes intitulé Un coup de foudre normand, suivi d'une minute de publicité et du film lui-même. (1)

On pense évidement de suite à Short Cuts, l'excellentissime et inégalable véritable chef-d'oeuvre de Robert Altman. Le hasard conduit plusieurs destins à se croiser. L'impair du film réside dans l'impression qui tarabuste du début à la fin que le scénario transcende littéralement le film : les personnages et les événements se défilent devant l'histoire impétueuse qui les traîne autant qu'elle les maintient derrière elle. Il est à ce propos, fort curieux de voir que les personnages partagent tous et exactement à l'identique, le même point de vue sur la Lune, ce qui, au passage, déborde de pathétisme tant l'imposture poétique dépasse les bornes. En effet, en dehors du scénario, le reste apparaît comme superflu. On retrouve bien ici le concept d'authenticité, l'art pour l'art, l'histoire pour l'histoire. Ici, le processus de création, la technique utilisée évince tout sens artistique.

Ce raisonnement soulève deux importantes questions : qu'est-ce qui se joue derrière cette « authenticité » et peut-on démontrer sa présence ou son absence ?

Dans le film de Lelouch, on constate tout d'abord un empilement de clichés qui n'enrichissent en rien les ressorts de la pseudo-dramaturgie. Si leur utilisation dérive peut-être d'une volonté de codifier au maximum les personnages pour en extraite l'essence la plus pure, on a plutôt là la sensation d'observer une fresque grossière, en somme assez peu cohérente. La déduction inhérente à cette constatation implique que l'authenticité découle, au moins en partie, d'un facteur qu'on dénommera cohérence ou congruence interne de l'oeuvre. Ainsi, on peut appliquer à l'oeuvre d'Art des critères de jugement qui se rapproche de ceux utilisés pour les doctrines philosophiques. La logique y est fortement mise à profit.

Se faisant, la seconde partie de notre problématique ne s'en trouve pas plus résolue : peut-on démontrer clairement cette cohérence interne ? A-fortiori, dans le cas de Il y a des jours... il y a des lunes ? Cette question restera pour l'instant en suspend, d'autant que si la congruence interne se présente sous une forme continue, il sera nécessaire de la quantifier. Toutefois, pour conclure sur le film de Lelouch, une des hypothèses à poser de ce raté, s'articule de la sorte : plus qu'il ne peint une réalité, il l'explique de manière explicite et donne à voir clairement que chaque personnage fait ceci ou cela parce que ceci ou cela. Le film se dévide donc selon la structure cause-conséquence ainsi qu'un ouvrage scientifique. De ce dernière point, relevons donc que pour être appropriée, la cohérence ou la congruence d'une oeuvre non seulement interne doit s'établir en rapport avec une tranche éprouvée de la réalité.

Mais, encore une fois, comment le démontrer ???

(1) source : allociné

07.04.2008

Last days ou les derniers jours de Kurt Cobain

384907229.jpgLast days s'inspire directement de la vie du leader de Nirvana. Pourquoi appeler Kurt Cobain Blake quand le Blake en question se drogue, chante du grunge, vagabonde et se suicide à la carabine ? Gageons que les droits d'auteur ont forcé la main du réalisateur.

Mis à part cette entourloupe, Gus Van Sant ne bonimente pas sur son produit. Ce film on le dirait de sa vie tant son style y prend l'ampleur saisissante qu'il n'atteint pas dans Elephant. La caméra qui cherche à saisir l'anormalité de l'inertie à Columbine fait tourner de l'oeil mais lorsqu'elle suit ce fameux Blake dans ses errances, elle colle tant à la peau du personnage qu'elle en devient fascinante.

Le style de ce vieux Gus prend alors toute son ampleur. Il s'institue traqueur en contre-champs, guetteur dans l'inaction de l'inanité latente, seul moyen de filmer Blake périclitant. Là se trouve le génie du maître : tout l'art d'attraper l'insaisissable. En effet, car Michael Pitt se retrouve hors du temps, dans l'intemporalité dépourvu de toute véhémence, enferrée dans une incartade funeste loin de la réalité.

On voit alors de sa désociabilisation à sa désorientation, son égarement existentiel et le dénuement de sens qui l'accompagne. Il porte des lunettes bling-bling, marmotte à peine, joue seul comme un fou comme hors du temps, hors du monde. A un seul moment la douleur éclate et l'âpre humanité, sourde jusqu'à maintenant, se fait entendre : édifiante par sa virulence. Elle se montre dans sa superbe lors du chant, quand Michael Pitt exulte « Death to birth » de son groupe Pagoda – qui s'inspire parfaitement et en ligne directe de Nirvana.

L'incroyable réussite de Gus Van Sant tient dans le fait d'attraper plus que de simples pérégrinations solitaires. Plus qu'un voyage absurde et désordonné, c'est l'état d'esprit, le ressenti et l'incompréhension de Kurt Cobain qu'il nous délivre ici.

Car voilà, Kurt Cobain se définit ainsi, comme une exclusion péremptoire et sans appel. Pour le leader de Nirvana les choses n'allaient pas de soi et lui semblaient plus improbables les unes que les autres. La vie ne faisait pas sens. Ces conditions signifient pour son porteur la condamnation à l'exil, l'inaccessibilité de l'érotico-jubilation et par conséquent : l'incapacité d'être au Monde.

Kurt Cobain se pose comme l'archétype de celui chez qui tout déraille, se désordonne et part tout azimut dans un chaos absolu. Sa rage en fait quelqu'un de touchant. Sa volonté de s'aménager un espace pour éprouver enfin on l'écoute dans ses chansons. Mais malgré toute la force qu'il leur insuffle quelque chose continue de bloquer, de coincer.

Rétrospectivement on pourrait le penser inapte à vivre, perdu dès la naissance (à moins peut-être que l'analyse scrupuleuse de son psychisme nous confie la clé de sa débandade). En tout cas, après plusieurs décennies à lutter, il semble que le dégoût et la solitude le submergent jusqu'à une insupportable suffocation qui achèvera de le faire entrer dans la légende.

31.03.2008

Économie psychique à Cold Mountain

Démontrons ici que l'ineptie d'un film de mirliton enrichit autant l'esprit que le chef d'oeuvre et que l'héritage légué par la production ne dépend que de la sagacité de son récepteur.

Oui, Retour à Cold Mountain est un film médiocre qui s'emmêle dans le méli-mélo de son pathos grossier. Son caractère forcé en ferait d'ailleurs une farce abjecte si rarement aussi belle, Nicole Kidman ne sublimait les ratés de ce succédané de drame.

Mais nous n'allons pas ici déplorer les défauts d'un film déplacé ni encore nous gargariser des charmes envoûtants d'une actrice hollywoodienne. Mon propos sera tout autre. Je voudrais galvauder un concept psychanalytique – celui d'économie psychique – pour, à l'appui du scénario de Retour à Cold Mountain, illustrer mon modèle du fonctionnement libidinal en ce qui concerne l'état amoureux.

Pour commencer, permettez-moi de constater combien l'attitude des deux tourtereaux du film peut sembler soit étrange, soit si évidente et si admirable que cela en devient étrange. Plusieurs questions se posent alors à notre analyse. Comment deux individus qui ne se frayent que quelques jours en viennent à se vouer une passion aussi inébranlable qu'elle survit à la guerre alors qu'elle n'a pourtant été qu'hypothétique ? Pourquoi la si belle Nicole Kidman reste entichée de son Apollon qui depuis longtemps a soupé de manger des pissenlits par la racine ?

Point premier. Si nos deux amants intempestifs ne cessent de roucouler (oniriquement ?) et qu'ils ne se décident pas à tourner la page, il s'avère que l'explication ne se trouve pas dans ce que le film – première critique - tente de faire plus ou moins discrètement passer pour leur destinée mais dans la situation. En effet, dans l'indigence qui leur échoit aucune alternative plus rentable ne s'offre à eux pour leur investissement psychique. Ainsi, même défectueux, j'en déduis que le lien qui les unit malgré la peine – deuxième critique – placée en évidence dans la mise en scène leur apporte plus de contentement qu'il ne leur cause de mal ou qu'il en causerait s'il fallait en venir à le rompre.

Je passe sur les retrouvailles, point sur lequel je ne vois rien à redire puisqu'elles montrent très bien (ou presque, restons modérés) les conséquences de leurs économies libidinales en blanc qui les a éloigné de la réalité. Toute leur histoire commune a été imaginée par chacun et ils leur faut le temps nécessaire pour rectifier l'inadéquation qui les tient à l'écart du vrai.

Mais, point second, si j'adhère totalement à l'image moirée de romance et de poésie de cet amour sublime, je ne cautionne absolument pas la factice et implicite raison qu'on nous présente comme le pourquoi du fait qu'ils se rejoignent finalement aux mêmes latitudes. Et paradoxalement, cette même fausse-explication se maintient comme cause de l'éternel et funeste fidélité que Nicole Kidman va vouer à son rogaton le restant de son printemps, jusqu'à ce que la pauvre fleur s'étiole. Or – troisième critique – ce dénouement repose bien autrement sur les mêmes processus que décrits ci-dessus. En fait, si la belle Nicole ne se défait pas du lien l'astreint à la chasteté (quel dommage !) c'est que le négation de sa passion serait pour elle un drame bien plus insoutenable que sa préservation. De là découle une certaine fixité de la libido qui semble en étroite relation avec la situation et non avec les inclinations vaguement divine de chacun qu'on nous prône à hue et à dia.

Cet article je l'écris pour tordre le cou à ces rêves de romantiques, d'adolescents inachevés que la désillusion de ce Monde poussent à sacraliser le sein maternel et la symbiose originelle. De Retour à Cold Mountain, on peut en tirer plusieurs enseignements. Tout d'abord que dans certaines configurations le retrait des sentiments est plus coûteux que leur abandon. Ensuite et surtout, que la rencontre entre deux personnes relève principalement de la situation qui les intrique ainsi que de leur disposition à des propensions communes ; et beaucoup moins de leurs prédispositions personnelles comme les traits de caractères ou autre. Enfin, qu'un film peut se saisir d'un sujet fort judicieux et pourtant passer à côté.

Sus aux mythes et aux chimères !!!

09.03.2008

Alberto express

Alors qu'à Paris, sa femme se prépare à accoucher, des angoisses saisissent Alberto qui commence à appréhender l'arrivée de son premier enfant. Lui revient alors la tradition qui, dans sa famille, se transmet de génération en génération et à laquelle il s'est engagé : rembourser intégralement à son paternel les frais de son éducation au risque de conséquences dramatiques. Face à la peur de la naissance imminente du bébé et à celle de la menace familiale, Alberto saute dans le premier train pour Rome dans lequel il entérinera le saut qu'il s'apprête à faire dans sa vie : devenir père à son tour.

Le sujet du film concerne ce passage capital dans l'existence où l'on transmet la vie. Alberto semble fuir autant son futur que craindre que son passé ne le rattrape. Il tente à la vitesse du TGV de lui échapper, d'amasser la somme qu'il doit à son père afin de tirer un trait sur son passé et pouvoir s'élancer dans la nouvelle vie qui l'attend. Cette course folle tourne comme un mélange d'enterrement de vie de garçon, de reniement du passé et d'échappatoire à l'avenir. Alberto, à ce carrefour, se trouve en prise avec son passé, son présent et son futur, sans vraiment savoir vers lequel se diriger.

D'ailleurs la mise en scène surréaliste du film montre bien que plus que d'essayer de se trouver en adéquation avec la réalité, c'est d'abord l'accord avec lui-même que recherche Alberto. Le personnage d'ailleurs se révèle haut en couleurs, tantôt fantasque, tantôt touchant, on a l'impression d'aborder chaque facette de sa personnalité et de mettre le doigt sur son authenticité qui fait de lui une personne fort sympathique.

Pendant son périple, le voilà embarqué dans plusieurs situations plus ou moins loufoques, de la lointaine camaraderie aux relations avec les ancêtres, en passant par la vieille amante tentatrice à l'appât du gain. En fait, on nous donne à voir la construction de l'identité d'Alberto, dont la volonté d'exister dans cette comédie repose sur la dimension tragique de l'éventuelle perte d'un pan de sa vie, qu'il s'agisse de son passé ou de son futur. Et voilà en quoi Alberto donne à nous émouvoir. D'autant qu'on découvre à chaque instant ses fantasmes et ses peurs.

Au final, on éprouve néanmoins une profonde déception de penser quel dommage que si peu de film possèdent les qualités d'Alberto Express. Arthur Joffé nous livre ici une production créative, drôle, émouvante, intelligente, originale et j'en passe... Le résultat : une superbe fable qui nous décrit peut-être le passage le plus important dans la vie d'un Homme et par conséquent le plus difficile mais aussi le plus important.

Un chef d'oeuvre.