21.05.2008

Les femmes pratiquent le plaisir masculin

Messieurs, la nouvelle nous arrive à peine. Un complot séculaire menace l'hégémonie de notre communauté de mâles alpha, pourtant impitoyables et virils. Nous croyons l'égide de l'inféodation de nos factotums femelles assez solide pour ne jamais trembler, mais des jours étranges qui s'annoncent l'ébranleront sûrement. Il semble que nos gardes-fous, nos concessions, notre bienveillance conciliante et même nos rudoiements infligés sans parcimonie mais avec l'âcreté contondante de nos battes inébranlables ne suffisent plus à endiguer la mutinerie. Celles-là même que nous claquemurons avec la magnanimité du zigue prévenant et désireux de se garder jalousement et fomenté, un exutoire séminal. Celles-là même que nous préservons de leur propre candeur congénitale, de leur idiotisme congénital, de leur incurie congénitale également. Celles-là que nous occupons aux labeurs les plus idoines à leur fragile constitution, pour les préserver de trop lourdes responsabilités existentielles. Celles-là pour qui, gracieusement, nous organisons en circuit fermé, le parcours de la consommatrice lambda : travail-shopping, pour lui donner l'illusion d'un certain pouvoir. Celles-là mêmes, nous dupent depuis toujours. Nos fourreaux génitaux, ces êtres indignes de nos semences divines, ces êtres-là vous dis-je, ourdissent contre nous la pire des machinations.

En effet, l'heure est grave. Naguère, on pouvait encore les croire asservies à notre supériorité masculine. Aujourd'hui, rien ne nous autorise plus l'insouciance. Ces êtres émasculées s'apprêtent à déverser sur nous leur vilenie. S'il se trouve un mystère que nos cerveaux prolifiques ne résolurent jamais, il s'agit bien de la logique féminine. Sachez que les femmes en question, frappent à la porte de la logique masculine qu'elles se préparent à décrypter. Sans cet atout majeur, comprenez bien que nous sommes perdus, toute notre aristocratie repose sur l'évidence de la prééminence de l'efficience de notre sagacité. Si cette dernière tombe, nous ne disposeront plus d'aucune arme pour nous défendre contre ces furies, impies et insanes qui menacent l'ordre du Monde. Les femmes tentent de s'emparer de leurs licous à coups répétés d'orgasme masculin. Elles jouiront bientôt sans entrave et avec nos propres mains. Bientôt, elles prendront possession du moule qui nous constitue, pour mieux nous dominer. Si terrible que soit la réalité, il s'avère pourtant impérativement nécessaire de l'entendre. Je sais combien insoutenable apparaît cette idée aux yeux de certains. Qu'ils sachent seulement que nous portons la même croix et que, ensemble, il nous faut lutter.

Ce miracle leur provient des propres outils auxquels nous les asservissons. Ces dames rétives et retorses usent pour s'emparer de notre plaisir et aspirer nos souffles de vie de casseroles, de poêles, de saladiers, de verres doseur, de recettes secrètes de sorcellerie, d'éponges et de liquide vaisselle pour se libérer de leur aliénation. Nous qui jugions qu'ainsi nous écartions la menace. Seulement, elles utilisent ses ustensiles comme un homme manie la barre pendant la concupiscence. Tout d'abord, elles se fouaillent en battant les blancs en neige ou par d'autres techniques plus sournoises encore. Ces étapes suivent tout un rituel qui consiste seulement à faire monter le désir, à émoustiller les papilles et stimuler l'appétit jusqu'à ce que le bas-ventre devienne intenable. Ensuite, vient le travail de fond que tout homme connaît bien. Elles lavent, elles récurent, elles astiquent rageusement les assiettes, les surfaces concaves et les surfaces convexes, les pics, les lames et les manches. Ceci, histoire seulement de retarder le plaisir. Qui ne tarde pas à arriver. Lorsque finalement tout a été ingurgité, elles ressentent enfin cette sensation de plénitude, pourtant si éphémère, ce vacillement du corps tandis que le plaisir l'engourdit. Voilà, comment elles apprennent l'orgasme masculin : par la cuisine.

Messieurs, nous ne disposons que d'une seule alternative : il nous faut dans l'immédiateté de ce billet, nous mettre à la cuisine afin de préserver notre intégrité masculine.

19.05.2008

Amour infantile ou comment savoir si l'on aime vraiment ?

Ce billet relate un fait empirique constaté par le vécu et par l'expérience. Vous qui pensez que des propos insanes et pédophiles, vous risquez de déchanter en lisant les propos qui suivent qui ne traitent que de l'Amour, l'Amour absolu, le vrai.

Oui, ce dernier est infantile. Encore une fois non il ne s'agit pas d'inciter à l'amour des enfants, ni de dire que seul l'amour de l'enfant à sa mère est véritable. Du moins pas exactement. Toutefois, on ne peut que se laisser aller à croire que ce lien d'attachement entre l'enfant et la mère établit directement l'énergie amoureuse que l'individu investira dans ses relations ultérieures.

Rien de nouveau direz-vous. Absolument. D'ailleurs les théories psychanalytiques le développent et l'expliquent beaucoup plus précisément et avec beaucoup plus de force argumentative. Ce billet n'apporte ici qu'une preuve empirique, un fait qu'il vous amusera sûrement de constater – ou pas – autour de vous. En dehors des blocs de rigolade que cela suscitera chez vous, vous disposerez de la possibilité de conclure – ou pas – à la sincérité d'une inclination.

Ce fait donc, c'est l'infantilisation. On observe, en effet, que pendant les relations les relations les plus intenses, les partenaires régressent à un niveau de puérilité antérieur. En particulier les garçons, chez qui le phénomène se produit de la manière la plus notable ; à ce-propos si des observations ou des témoignages de ce phénomène chez des dames sont les bienvenus. Ainsi, si autour de vous un ami - une amie – à jouer de façon abusive, se mettant dans des positions que tout être humain sain d'esprit jugerait humiliante, à simuler les situations les plus banales de ce monde – comme par exemple le train qui roule, - ou encore à s'abaisser à des parties effrénées de guiliguilis ou autres comportements saugrenus du même genre, alors vous pouvez affirmer qu'il est amoureux.

Cette détérioration des rapports sociaux qui au final ne constitue que la quintessence de l'enjeu d'une relation constitue bien une infantilisation. Ainsi, l'enfant illustre les forces biologiques qui nous apportent satisfaction et l'infantilisation nous permet de nous rapprocher de nos objets de plaisir. Notons à ce propos combien surprend de voir que la vie d'adulte et le célibat nous éloigne de l'essentiel. Certains philosophes font l'éloge du célibat, de la symbolisation et donc du savoir. Or, de ce point de vue là, on peut dire que le savoir, pour utiliser un raccourci douteux, va à l'encontre de la nature humaine qui est de vivre au plus proche d'autrui. Une question inévitable se pose alors à nos consciences : comment concilier le savoir et notre nature humaine ? Devons-nous utiliser notre savoir contre notre nature humaine ou au contraire l'employer à mieux la satisfaire ?

Je vous exhorterais bien à l'idiotie mais ce serait trancher le débat un peu vite. On a rarement vu plus cossard que les hommes et cette solution représente la solution de facilité. Certains d'ailleurs, et peut-être ont-ils raison, sont déjà bien assez bêtes comme ça. En tout cas, même si le savoir nous éloigne de notre but principal, rien ne nous empêche de le mettre de côté pour atteindre, un temps du moins, ce but tant recherché. Ainsi le savoir consisterait à le mettre lui-même de côté pour parvenir à nos fins. Un sujet qui a déjà été traité, ici-même.

Sur ce, bonne nuit mes enfants.

17.05.2008

Il faut que ça sorte Stéphanie !

20H50 sur France 3, mon tube cathodique m'irradie les rétines et m'hypnotise sans vergogne. On notifiera cet événement dans les annales, merci. Mais ce soir, je consens à ingurgiter inconsciemment les immondices qui putréfient les cerveaux patauds de mes coreligionnaires plébéiens. La chaîne française la moins ignare diffuse un reportage modestement intitulé : « Roubaix, commissariat central, » certains esprits facétieux complèteront : bienvenue, chez les ch'tis. Je ne verserai pas ici dans le panurgisme qui aveugle nos chers compatriotes et je vous prierai d'essuyer vos pieds si vous sortez tout droit de ce gourbi intellectuel.

La première chose qui frappe dans ce documentaire (d'autres diront film docu, tant le voyeurisme les excite), c'est le misérabilisme des individus. Le commissaire lui-même, dont, malgré les allures de bonhomie pastorale, l'incongruité de ses cheveux gominés nous interroge, paradoxalement, sur son appartenance à la jaquette, suinte la bassesse humaine et le désespoir. Roubaix, alors, s'apparente alors à une immense fondrière, une fange sordide où le marasme sanctifie la déchéance, où les turpitudes s'intronisent en haut des valeurs sociales, dernier faux-fuyant pour respirer un peu d'air frai avant de sombrer définitivement dans l'oubli.

Chaque rencontre se révèle une ignominie supplémentaire, les journalistes creusent toujours plus profond dans l'avilissement. Une odeur malsaine de souffre et de perversité vient piquer notre sensibilité tandis qu'on avance sur la corde raide. Les policiers se prêtent même au jeu. Ils abusent de leurs prérogatives, se montrent infatués d'eux-même en voulant se poser au-dessus de la bourbe. Au final, ces matamores de Roubaix deviennent les parangons de toute cette vilénie. A coups d'interrogatoires condescendants, ils arrachent des aveux à leurs suspects ; en particulier deux femmes au ban de l'Humanité dont le crime finalement leur apporte compassion, en tant que leurs propres victimes. Tandis que les policiers, qui tentent de se détacher par tous les moyens de l'ensemble finissent plus lâches que les condamnées qu'ils tancent gratuitement. « Il faut que ça sorte Stéphanie ! » Tu es une merde Stéphanie, alors balance tout. Malgré tout, les forces de l'ordre obtiennent les aveux nécessaires, la fonction publique accomplit son devoir, bénie soit-elle.

Mais comment pouvons-nous, spectateurs cossards et incrédules devant cette misère dégoulinante, ne pas éprouver une once d'empathie, à côté de toute la sympathie qu'on ne manquera pas de témoigner pour la victime ? Comment ne pas comprendre qu'Annie et Stéphanie ont tenté une roulette russe salvatrice, un quitte ou double avec la mort, que rejetées de la sorte, plus rien ne les détournait du meurtre facile. Malgré, l'abomination (du crime), rien ne nous ôte l'impression que les deux femmes à l'origine au bord du gouffre ont fait un grand pas en avant, droit dedans (pour paraphraser un célèbre dictateur africain). De plus, on éprouve devant de telles confidences, la sensation d'assister à une renaissance, comme un appel à l'aide, quelqu'un qui implorerait pardon et quémanderait qu'on le réintègre dans la société, pour qu'enfin il puisse vivre et jouir librement.

A l'origine du meurtre, il y a l'exclusion. Le corollaire de cette dernière, c'est le meurtre lui-même. L'appel à l'aide, c'est le meurtre aussi. Je crois qu'un crime compte plus de victimes qu'il ne laisse en dénombrer. Cessons d'attribuer un acte à un être, l'être ne se résume pas un acte. Un acte est condamnable, pas un être. En fin de compte, un meurtrier s'avère toujours une victime de son exaction. Alors on ne doit pas faire payer quelqu'un, on doit le préserver de son crime. Ainsi seulement, justice sera faite.

09.05.2008

Vérité sur la lune

Dans Man on the moon, Jim Carrey incarne un comique américain aux conceptions de son métier peu ordinaires. Le film dispose de qualités cinématographiques tout à fait correctes, lesquelles ne méritent pas de dissertation plus approfondie. Après se développement succinct mais amplement suffisant de l'aspect technique, il convient de céder la place au message de Man on the moon.

La richesse du film se concentre dans le message philosophique qu'il transmet. Andy Kaufman (le personnage joué par Jim Carrey) se fait, malgré lui peut-être, sage aux enseignements capitaux. Le comique, bravache et fantasque, établit que, pour sa réussite, un spectacle doit devancer son public ; l'authenticité de la représentation importe peu tant que le public y croit. Pendant près de deux heures, on verra donc Andy Kaufman se gausser de ses spectateurs dont il prend un plaisir certain à les tromper délibérément. Par exemple, on assistera à la mise en scène de sa propre déconvenue face au roi du catch ! Voici un énorme pan du film de tombé.

Or, on obtient ainsi un solide prétexte pour extirper des linéaments de cette affaire un précepte philosophique fondamental ; certains diront d'une simplicité déroutante, certes, ils nous donneront l'occasion de forger un nouvel adage clairement inspiré des doctrines stoïciennes : n'est précieux que ce qui a peu de valeur. Autrement dit, en philosophie, l'évidence semble bien plus enrichissante que les théories absconses. Le précepte perturbateur le voilà : la vérité importe peu, du moment qu'on a la crédulité (dans un sens non-péjoratif). Ceci résume le point de vue de Kaufman qui finalement, finira par se prendre à son propre jeu.

Du moment qu'on croit, qu'on y croit, le reste perd de sa valeur. La vie recèle d'exemples qui découlent de ce simple – il est vrai – fait. Par exemple, les miraculés qui guérissent subitement de maladies réputées incurables. Sans parler de la foule des dérangés mentaux qui eux appliquent ce principe sans conditions. Comment croire que leurs croyances ne supplantent pas la réalité ? Plus grave cette fois, le peuple qui élit un dirigeant sans plus se soucier de la plausibilité de ses projets, simplement parce qu'il lui plaît, au peuple, de croire en ses propositions. Plus important encore, la croyance qui nous préserve d'une insupportable réalité, qui nous pousse afin de nous défendre à nous surestimer, à nous favoriser dans toutes sortes de situations. Tant d'autres exemples encore mériteraient d'être cités ici.

Ce pourquoi il est important de tenir compte de l'enseignement d'Andy Kaufman qui veut que la croyance prévale sur la vérité gagne de l'ampleur quand on pense aux exigences viscérales et incorrigibles de nos sociétés modernes qui prônent le tout scientifique, le tout réel, le tout exact... la vérité sur la croyance. Savoir que notre vie ne possède aucun sens en dehors de la reproduction se révèle bien plus angoissant que croire qu'un alter-ego nous attend sagement quelque part. Plus particulièrement, et en extrapolant légèrement, dans une conversation on oublie trop souvent que l'intérêt ne réside pas dans la pertinence des propos qui y sont tenus, mais dans la volonté de partage qui normalement habite les participants. Cette volonté, elle ne ressort que lorsque chacun s'avise de jouer son propre rôle, d'être soi-même, c'est-à-dire de croire en soi. La dimension de la crédulité remplace ici complètement l'idée de vérité qui n'y a absolument aucune emprise. Seule compte : « la vérité de chacun » (philosophes étripaient moi si vous voulez), l'authenticité et le désir de rencontre.

Parce que Man on the moon au final nous interroge sur nous-même : que cherchons-nous vraiment : la vérité ou notre essence personnelle à savoir la croyance en nous-même ? Sommes-nous certains que la vérité puisse nous rapprocher de celui qui nous constitue ? Ce film, pour ces raisons, réclame que l'on s'attarde dessus.

01.05.2008

Ferment(s) du navet

L'éthique des chroniques benjamines établit comme règle informelle d'éviter toute agression frontale des prétendues oeuvres artistiques. Néanmoins, pour tenter de continuer le billet intitulé Et Dieu créa l'Art..., afin aussi de préciser la notion d'authenticité, voici une recherche des causes à l'origine du navet.

Le principe d'authenticité implique l'oecuménisme de l'Art. Si toutefois, on dénote à ce dernier une dimension universelle, des facteurs propres à l'individu l'empêchent parfois d'être perçu tel. Par ailleurs, un tel concept confère à la théorie autant qu'au pragmatisme, l'avantage d'exclure de l'Art les productions satellites qui se prétendent l'objet de leur gravitation (l'Art quoi). Ainsi, on comprend certains décérébrés à la sagacité apathique qui prônent comme valeur suprême seule digne de leur mièvre contemplation : la star académie, par exemple. Autant que ceci explique leur déraisonnable délaissement de l'Art, le vrai.

Le film d'un certain Claude Lelouch, que je nomme ici en espérant que l'animal soit fouaillé en place publique, servira à étayer cette argumentation. Il y a des jours... et des lunes et un navet. A voir ce film, on s'interroge si le savoir-faire du type étrange (susnommé dans ce même paragraphe), ne se résume pas à la manière de trouver des titres accrocheurs. On peut même se demander si ce farceur de Claude n'est pas docteur es techniques de l'engagement, mais c'est un autre débat. Si le titre captive, le résumé déjà fait quelque peu déchanter :

De l'influence de la lune sur quelques personnages pour ce trente et unième film, tourné en trente et un jours pour les trente ans des Films 13. "Une histoire d'amour entre le quotidien et l'irrationnel". Il y a des jours... et des lunes commence avec la séance c'est-a-dire un court métrage de treize minutes intitulé Un coup de foudre normand, suivi d'une minute de publicité et du film lui-même. (1)

On pense évidement de suite à Short Cuts, l'excellentissime et inégalable véritable chef-d'oeuvre de Robert Altman. Le hasard conduit plusieurs destins à se croiser. L'impair du film réside dans l'impression qui tarabuste du début à la fin que le scénario transcende littéralement le film : les personnages et les événements se défilent devant l'histoire impétueuse qui les traîne autant qu'elle les maintient derrière elle. Il est à ce propos, fort curieux de voir que les personnages partagent tous et exactement à l'identique, le même point de vue sur la Lune, ce qui, au passage, déborde de pathétisme tant l'imposture poétique dépasse les bornes. En effet, en dehors du scénario, le reste apparaît comme superflu. On retrouve bien ici le concept d'authenticité, l'art pour l'art, l'histoire pour l'histoire. Ici, le processus de création, la technique utilisée évince tout sens artistique.

Ce raisonnement soulève deux importantes questions : qu'est-ce qui se joue derrière cette « authenticité » et peut-on démontrer sa présence ou son absence ?

Dans le film de Lelouch, on constate tout d'abord un empilement de clichés qui n'enrichissent en rien les ressorts de la pseudo-dramaturgie. Si leur utilisation dérive peut-être d'une volonté de codifier au maximum les personnages pour en extraite l'essence la plus pure, on a plutôt là la sensation d'observer une fresque grossière, en somme assez peu cohérente. La déduction inhérente à cette constatation implique que l'authenticité découle, au moins en partie, d'un facteur qu'on dénommera cohérence ou congruence interne de l'oeuvre. Ainsi, on peut appliquer à l'oeuvre d'Art des critères de jugement qui se rapproche de ceux utilisés pour les doctrines philosophiques. La logique y est fortement mise à profit.

Se faisant, la seconde partie de notre problématique ne s'en trouve pas plus résolue : peut-on démontrer clairement cette cohérence interne ? A-fortiori, dans le cas de Il y a des jours... il y a des lunes ? Cette question restera pour l'instant en suspend, d'autant que si la congruence interne se présente sous une forme continue, il sera nécessaire de la quantifier. Toutefois, pour conclure sur le film de Lelouch, une des hypothèses à poser de ce raté, s'articule de la sorte : plus qu'il ne peint une réalité, il l'explique de manière explicite et donne à voir clairement que chaque personnage fait ceci ou cela parce que ceci ou cela. Le film se dévide donc selon la structure cause-conséquence ainsi qu'un ouvrage scientifique. De ce dernière point, relevons donc que pour être appropriée, la cohérence ou la congruence d'une oeuvre non seulement interne doit s'établir en rapport avec une tranche éprouvée de la réalité.

Mais, encore une fois, comment le démontrer ???

(1) source : allociné

27.04.2008

Le sens du non-sens

Une question électriquement philosophique se décharge sur nous aujourd'hui. Quel sens a la vie ? Parcourrons rapidement la pléiade des doctrines qui traitent le sujet. Au menu : préparation du concours d'entrée au paradis, soif insatiable de plaisir et gaudriole pour tous, quête incommensurable de savoir, etc. Je caricature, ce qui me permet de lâcher dédaigneusement : sans commentaire.

Libre à vous d'accueillir à votre domicile, un de ces rejetons philosophiques. Vous n'avez que l'embarras du choix comme dirait l'autre, ce qui fait deux psittacismes dans la même phrase et de moi un perroquet. Vous remarquerez tout de même, que malgré tout, je vais tenter de m'extirper de ces aliénantes lapalissades pour proposer un point de vue absolument novateur, ou presque.

Fort de mon expérience personnelle in vivo, si j'ose dire – jamais deux sans trois qui démontre d'ailleurs par son immanence l'imposture de son signifié (1) – je constate allègrement maintenant que l'inanité de la vie (2). Pourquoi tant de liesse dans cette découverte ? Laquelle devrait au contraire me remplir d'effroi et faire suinter mes chairs tremblotante d'une intangible torpeur. C'est que, voyez-vous, le non-sens de la vie lui donne un sens. L'absurdité incombe à chacun une quête que l'on ne peut accomplir. Tout simplement parce qu'elle est factice. Si vous trouvez un jour quelque chose qui n'existe pas, appelez moi.

Quel meilleur constituant de l'esprit humain que ce besoin, que ce désir irréalisable de sens ? D'une certaine manière le non-sens prend sens en cela qu'il met l'homme à l'abri du non-sens absolu qui lui, n'existe pas même dans l'esprit torturé du plus déshumanisé de tous. Ce raisonnement tautologique est d'ailleurs impossible à concevoir de façon « substantifique » (3). Comment théoriser une chose qui ne dispose d'aucun ancrage autant qu'il se maintient dans la pensée humaine et qui plus est, qui exprime en même temps que lui-même son contraire ? Ce paradoxe maintient au mieux notre équilibre psychique puisque du fait même de son inexistence, il se trouve être absolument inébranlable.

Ainsi Dieu nous jeta dans ce monde, sur cette terre ronde où l'on peut marcher sans jamais rencontrer d'obstacle infranchissable et refaire 1000 fois le même chemin sans savoir quand commence le début et quand commence la fin. Il en va de même pour le sens. Notre quête au final n'aboutira jamais. Elle se révèle vaine. Pourtant sans elle, nous errerions sûrement ou pire nous résiderons inertes et vides à l'orée du monde. Mais, notre recherche universelle, elle nous pousse à l'action, à l'expérimentation. Qu'importe la vérité ou le sens, l'important consiste à agir, à fuir l'immobilité. On ne peut exister que dans le mouvement.

J'en déduis que les agréments de la vie sont « casuels » dans leur contenu, que seule leur présence compte ce qui constitue pour l'Homme, une source intarissable de réconfort. Le sens n'a pas de sens, mais le non-sens oui.


  1. qui comprend cette phrase gagne 1000 euros

  2. aller, je me dévoile, je suis un psychopathe qui aime manier les concepts philosophiques comme un danseur de Saint-Guy opérerait une appendicite

  3. autant que la mort

23.04.2008

Et Dieu créa l'Art...

Dans un billet précédent, j'évoquais ma lecture de Psychologie de l'Art et de l'Esthétique. Il donne l'occasion de lever l'armada de questions que l'Art traîne avec lui et qui ne se dressent que subrepticement devant notre soif inextinguible de jouissance. Si la culture de l'orgasme ébranle irrépressiblement nos corps frêles mais prompts à l'épanchement extatique que ces moments d'abandon total soient relevés par notre entendement. En termes clairs, explorer les intrications de l'origine ainsi que de la nécessité de nos plaisirs esthétiques relèvera sûrement tout instant divin.

Ainsi je bâtis les questions : Pourquoi l'Art ? Comment l'Art ? (Je tenterais aussi dans la suite du texte d'adopter un style foncièrement moins hyperbolique.)

S'il est vrai que nous prenons littéralement notre pied devant les tableaux des maîtres-peintres, que nous suintons l'ivresse mélodiques des sonates hypnotiques, que nous jubilons devant les images moirées, mouvantes et instables du cinématographe, pourquoi tant d'intempérance, de débauche ? Pour esquisser ma réponse je soumettrais au lectorat une autre question : l'Art ne nous apporte-t-il pas une satisfaction proche de celle que nous prodigue la réalité ? Muons cette hypothèse en assertion ; tant elle paraît intuitive je ne juge pas nécessaire de m'y étendre plus longuement. D'une part donc, l'Art nous offre ce que la réalité nous refuse. Il permet aux miséreux de parjurer le mal de vivre, de leur donner un nouveau souffle. Il est de ce fait fort probable que les processus contemplatifs dans ce domaine ne se déroulent que dans la plomberie de l'empathie ; ce qui permet d'expliquer pourquoi se préserve, malgré le plaisir éprouvé esthétiquement, le besoin de réalité. D'autre part et dans la continuité de ce qui vient d'être dit, l'Art nous offre une expérience communielle avec l'artiste, une transmission d'expérience qui nous rapproche autant du créateur que de nous-même. Se faisant, on approfondit notre sensibilité intérieure en prenant simplement conscience du caractère essentiel d'autrui. Nous ressortons de nos ravissements plus aptes à saisir l'autre dans son entier car ses désirs se sont, pendant ces expériences, articulés aux nôtres.

Par comment l'Art maintenant, j'entends surtout sous qu'elle forme l'Art se révèle-t-il le plus éprouvant ? C'est là qu'entre en scène Psychologie de l'Art et de l'Esthétique. L'opuscule postule qu'un prérequis génétique oriente nos préférences de telles sortes que nous préférons, par exemple, une harmonie particulière, dépendant d'intervalles de ton particuliers choisis dans toute la tessiture des ondes sonores. Admettons. J'ajouterais à cette condition deux choses. La première dont l'évidence flagrante nous évitera de trop la développer concerne le vécu personnel du spectateur, en qui raisonne sûrement l'oeuvre d'échos plus ou moins inconscients. La deuxième et plus notoire de toutes est un dimension de mon cru que j'appelle authenticité. L'authenticité de l'artiste dans sa démarche m'apparaît comme la condition sine qua non à l'extase esthétique. Ce facteur serait de la sorte directement proportionnel au plaisir ressenti. On pourrait même y inclure une dimension qui s'apparenterait à la sincérité de l'artiste dans sa démarche de créer une oeuvre d'art. Reste toutefois à théoriser ce concept d'authenticité et à mettre au point un moyen de le mesurer qui ne soit pas uniquement dépendant de la subjectivité de chacun si toutefois cela est possible car il est fort probable qu'il se révèle moins inhérent à l'oeuvre qu'au processus de création en lui-même (cf. ci-dessous). Notons à ce propos que cette notion tutoies de près les écrits de Freud. La finalité de cet axiome sera, à terme, de distinguer les imposteurs des « vrais » artistes.

Pour conclure, tout ceci m'incite à croire que oui, l'Art est universel puisqu'il ne dépend en fin de compte que de l'empathie qu'on peut éprouver à la lecture d'une oeuvre. Toutefois, cette lecture est soumise à la maturation de chacun, plus ou moins disposé à la réception de l'oeuvre et subséquemment à vivre en communion avec ses égaux ; ceci expliquerait les divergences que subissent nos points de vue respectifs puisque nous nous montrons du fait de la dimension psychique, plus ou moins sensibles à certaines oeuvres.

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19.04.2008

La beauté castratrice

Mes lectures se portèrent dernièrement sur un ouvrage intitulé : Psychologie de l'Art et de l'Esthétique sur lequel je reviendrais dans un billet prochain. Dans ce livre, dans ce symposium, un chapitre s'attarde sur l'esthétique du corps. Sujet grandement intéressant en cela qu'il irrite un point sensible de notre constitution humaine autant qu'il démange insupportablement l'esprit bien pensant de notre ère. Naturellement, l'auteur du dit chapitre ne soulève pas explicitement ce problème. Néanmoins, il le révèle, peut-être malgré lui. Spécialement pour les lecteurs de ce blog, je m'en vais l'exposer aux regards puritains.
Tout d'abord, il est fort curieux de constater que deux courants s'opposent pourtant d'une frontalité radicale sans que le moindre remous n'ébranle nos braves plébéiens. D'un côté, toute la production « journalistique » chic, des tendances actuelles et dans le vent, qui nous brandissent d'anorexiques égéries en vrac et avec pertes et fracas – d'os. Telle s'établit ainsi l'indication informelle, la norme implicite de l'esthétique du corps : « est beau et désirable, ce qu'on vous présente sur l'autel de nos unes respectives. » Airs rachitiques, membres cassants et creux acérés, voilà les atouts que prônent nos prêcheurs modernes. Je pose la question : pourquoi nos modèles sont-ils ceux-ci ? (1)
1204163451.jpgD'autre part, l'élan populaire, la psychologie naïve comme on dit dans notre jargon, la vision commune des choses veut que – dans le meilleur des cas – l'on prétende que la beauté soit superficielle. Au pire, elle nous énonce que toutes les grâces se valent puisque, implicitement, elles relèvent uniquement de notre subjectivité. Nos goûts nous appartiennent et l'apparente beauté ne s'avère en réalité qu'un leurre dont nous devons nous déjouer. Ainsi se formule la norme, formelle cette fois, : « tu ne succomberas pas à la beauté qui ne doit absolument pas venir interférer dans tes choix. » Alors une fois encore : pourquoi ?
Ne sommes-nous pas hypocrites au possible de laisser s'étreindre de plein fouet deux conceptions si violemment opposées ?
Psychologie de l'Art et de l'Esthétique démontre empiriquement cette aporie devant laquelle nous nous esbignons toujours – par lâcheté ? - pour surtout éviter de la résoudre. Plusieurs expérimentateurs se sont effectivement penchés sur la question. Ils mettent en exergue l'ostracisme évident qui sévit sur la laideur, avançant même l'idée qu'elle détermine, à travers les réactions qu'elle suscite, la constitution d'un individu ; le charme d'une personne lui offrant d'autant plus de possibilités enrichissement personnel que sa beauté est grande (2). Le rapport édifie autant qu'il afflige. Les expériences réalisées permettent d'établir une corrélation indéniable entre beauté, perception d'atouts comme sociabilité, intelligence, magnanimité, etc., et même la possession effective de ces atouts. Autrement résumé : les individus beaux accaparent toutes les aptitudes bénéfiques tandis qu'aux moches on ne laisse que les rogatons. Qualifions la beauté de castratrice car elle s'octroie tout, y compris ce qui sort du domaine de l'esthétique corporelle, et en prive les individus disgracieux qui pourtant le mériteraient autant que les autres.
La cause qu'on me semble pouvoir imputer à cette situation m'apparaît comme la prévalence d'un atavisme de la sélection naturelle. Il existerait une sorte d'instinct qui nous pousserait à nous tourner vers les individus qui reflètent un bon état de santé, ceux-là même qui occupent les pages de nos magasines de mode. Évidement, dans ces journaux médiocres, le prototype ectomorphique, la silhouette longiligne est poussée à l'extrême. C'est parce que nos préférences pour ces archétypes se lisent dans nos gènes et s'expriment sous forme de « pulsion » que nous ne nous scandalisons pas contre l'exclusion que subit la laideur. Contre cette injustice infamante pour nous humaniste. La norme formelle qui s'oppose malgré tout au courant biologique ne s'apparente qu'aux signes avant-coureurs de l'avènement du surhomme, celui qui enfin sera seul maître à bord. Bientôt, nous détiendrons le faire absolu (3), la transcendance ultime – ma quête - et l'utopie prendra finalement forme.

(1)dans le reste du texte, pour des raisons de facilité, il faut entendre beauté comme définie dans ce paragraphe
(2)par exemple, elle pourra s'exercer plus souvent aux relations sociales
(3)concept nietzschéen

15.04.2008

Anxieuse mélancolie [linéaments] [je rame, je rame, je rame]

Comment se hisser au sommet sans franchir l'aval qui précède l'amont ? Je me pose sur ce coteau en situation périlleuse. L'expérience des premiers mètres d'ascension me manque cruellement pour entamer la suite de la montée. Je tergiverse en filant la métaphore car le soubassement documentaire de ce billet sonne creux. Le volatil corpus mnésique dont je dispose ne me pourvoit pas pour l'analyse avertie et perspicace que je souhaiterais livrer. Au risque de me désavouer, je vous livre (pourtant) la réflexion composite du peu de bagage que je possède et de mon expérience personnelle.

On ne rencontre pas de mélancolique dans les rondes habituelles et plébéiennes. Le mystérieux anonyme ne se dévoile que lors d'impromptues déambulations dans les limbes nocturnes. Nous, pauvres mortels, n'accédons pas aux sphères de son errance, trop éloignées de l'ici et maintenant, de l'activité populeuse et prosaïque qui nous entraîne – souvent à notre insu – dans la danse de toujours. Le mélancolique par contre, se saisit de notre monde avec la dextérité de l'horloger. De sa conscience suraiguë, il examine les plus minutieuses mécaniques de notre fonctionnement. Il relève tout ce qui déraille, qui ne va pas de soi. Pour cela, on le reconnaît comme génie mélancolique. Il affûte tant son acuité qu'il en meurtrit ses propres chairs. Le voilà qui rejette la vie commune pour le tourbillon sensoriel de la douceur et du ravissement esthétique. Devenu hypersensible, il se délecte des plus infimes lueurs sur l'horizon autant qu'il souffre du moindre vent troublant sa plénitude.

Concrètement, l'être du mélancolique se dissout dans l'éther cosmique et étoilé. Pour lui il n'existe d'autre réalité que ce qui s'éprouve. Son exil le conduit à se perdre dans les vagues cotonneuses et enivrantes de la passion. La moindre perturbation prend l'ampleur d'un raz-de-marrée bouleversant. Quand elle se présente à lui, il se précipite dans la faille temporelle. Il se retrouve alors en exode perpétuel : anachronique, immatériel et spirituel. Insaisissable. L'immanence ne signifie plus rien quand commence l'exil intérieur ainsi que le rejet du monde extérieur. Le mélancolique n'existe pas.

Les exposés qui m'ont été relaté s'attardent tous très longuement sur la sémiologie du mélancolique. Le cortège des descriptions se mue en fange imbuvable pour celui que l'humeur bileuse n'a jamais inondé. Il ne trouve en lui aucune caisse de résonance pour lui éclaircir les propos sibyllins des experts plus patentés les uns que les autres. Je me demande à ce sujet d'ailleurs s'il existe une indéniable nécessité empirique pour les traités pathologiques ; autant que celle qu'on trouve chez les pondeurs de chefs d'oeuvre.

Mon problème à leur égard s'attarde sur les théories étiologiques. Pour la plupart floues, elles imputent à d'indéfinis événements l'exclusion du mélancolique. Chez ce dernier, les symptômes résulteraient de son statut d'explorateur intemporel ou comment expliquer le comment par le pourquoi. Pour avoir fait personnellement ce genre de voyage, j'aimerais retrousser le raisonnement des auteurs, au moins en ce qui concerne l'anxiété. Imaginons un instant qu'une surcharge stressante transmise du monde extérieur sur la personne, conduise l'individu à plonger dans la mélancolie. La mélancolie découlerait d'une résignation, d'un renoncement. Ceci a le mérite d'expliquer autant les manifestations sémiologiques que l'anamnèse du type. On comprend de cette manière plus clairement d'où émerge l'irrépressible propension du mélancolique à remettre en question sa cosmogonie et son épistémologie. De toutes ses incertitudes qui le rendent inaptes à vivre, provient le caractère effrayant de son errance ainsi que sa nécessité de comprendre les choses plus précisément que n'importe qui. A travers ce besoin de neutraliser par la compréhension les objets angoissants, on saisit qu'elle importance le sujet donne à sa mélancolie. Elle prend sens comme mécanisme de défense. D'autre part, on met ici en relief la satisfaction du désenchanté qui trouve ainsi une solution à ses désagréments : puisque le Monde ne me concerne pas, qu'importe son contenu.

Au final, la mélancolie se choisit aux dépens du désir, ce dernier rendant dépendant le sujet au monde extérieur, exposé à l'échec potentiel de ses vues et donc à l'anxiété.

To be continued.

13.04.2008

La vie d'artiste

« Car il oeuvre dans la solitude et, s'il est assez bon écrivain pour cela, il doit chaque jour affronter l'éternité, ou son absence. »

Cette phrase résonne dans mon crâne assommé. Sa scansion sonne comme une malédiction. Un anathème ! Une prédication ! L'écrivain et l'artiste, Hemingway les présentent comme des voyageurs exilés du monde extérieur comme de leur monde intérieur. Bannis ! Maudits ! Les noms des poètes reviennent me hanter. Apollinaire ! Baudelaire ! Rimbaud ! Une nuée d'albatros qui me mettent en garde et me menacent des pires châtiments.

1438770464.2.jpgMa folie m'oblige à l'incartade, à la sortie de piste. Je pèche pour les merveilles que recèlent ce Monde fangeux et la sentence je la connais d'avance. Ma sentence c'est l'errance. Il pèse sur le ban de l'ostracisme une opprobre qu'inflige inconsciemment le commun des mortels. On croyait qu'Icare fut puni par les dieux, seulement ses ailes ne fondirent que par le feu jaloux des hommes. Leurs yeux mornes jettent le haro sur tous ceux qui entrent dans la légende. Ils hurlent aux ouvreurs de route de ne jamais faire un seul pas en arrière.

Je sais leur passion double. Noble mais masquée, leur première virulence relève de la même ardeur que les explorateurs d'horizon. Ils poussent ces derniers à donner toujours plus d'allant, à tendre la grand voile pour prendre toujours plus de vent, quitte à déchirer la misaine. Seulement les simples mortels répriment cette impulsion naturelle, ils la réprouvent parce qu'elle les frustre et que le courage leur manque pour l'étreindre à corps perdu. Ainsi, en même temps ils ressentent une terrible aversion pour tous les artistes qu'ils excluent sans pitié de leurs cités.

Ceci condamne la témérité de l'artiste qui déjà lui inflige les pires souffrances. Lui qui ne s'épanouit qu'en face de l'absolue beauté, en acceptant de se laisser guider s'expose à vivre d'atroces frustrations. Ses privations et son nomadisme peuvent durer des années, toute une vie. Partout où il arrive, il n'est pas le bienvenu. Son coeur ne peut s'établir nulle part car il ne dispose pas de place pour lui-même.

Sa seule délivrance réside dans la beauté absolue, dans l'être absolu – sur les traces de Platon. Je prend le même départ que tous ces anges déchus qui ont périt dans leur quête du Graal. Je paye mon tribu à la vie : adieu les jouissances simples et multiples. Leur espoir fait vivre mais il ne rend pas heureux. Je reste persuadé que seul l'esthétisme suprême comble l'Homme de tout son saoul. Cette mortification que j'espère temporelle je lui souris. La vérité est à ce prix. La vie dans la mort. Si j'accepte ce trépas intempestif, c'est pour renaître de plus belle.

Afflictions, peines, tourments enchaînez moi en martyr. Que mon supplice me décortique, écorche ma vieille peau usée de fieffé vaniteux. Que j'accouche dans l'agonie et dans la sueur du surhomme. Zarathoustra et vous poètes maudits, déployez vos ailes.

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